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Photographie de Jade Marquis.

Déconstruire les stéréotypes par le mouvement

par 

Étudie en communication publique à l’Université Laval. Présentement collaboratrice à la Gazette des femmes, elle envisage de mener une carrière qui lui permettra d’assouvir son désir d’engagement dans divers enjeux sociaux.

Commissaire invitée chez Tangente, la chorégraphe Jade Marquis explore le thème de l’empowerment féminin en décortiquant les clichés liés au corps, à la séduction et au désir de plaire dans sa nouvelle création, Miss.

Rapprochements physiques, essoufflement, sueur, mouvement, transmission d’émotions à l’aide du corps : étroitement liée à la séduction et à l’érotisme, la danse possède une symbolique sexuelle indéniable. Au cours des années 1990, la popularité grandissante des vidéoclips approfondit le lien entre danse et sexualisation des corps. Avec des tenues qui laissent voir de plus en plus de peau, des mouvements lascifs et des plans de caméra impudiques, les Britney Spears, Jennifer Lopez et consorts ont créé bien des remous juste avant l’an 2000.

Souvent décrit comme une version stéréotypée et édulcorée du girl power plutôt agressif du tournant des années 1990, le courant des babes — les « femmes-objets-fières-de-l’être » — influence toute une génération d’adolescentes, au grand dam de plusieurs féministes. C’est dans ce contexte que naît l’intérêt de la chorégraphe Jade Marquis pour la danse. « J’ai commencé à danser sérieusement parce que j’ai été marquée par la danse dans les vidéoclips, quand j’étais ado, affirme-t-elle. De fil en aiguille, ça m’a menée vers la danse contemporaine. »

Des années plus tard, en 2011, la chorégraphe rédige, en codirection avec le Département de sexologie de l’UQÀM, son mémoire de maîtrise sur un sujet qui l’intéresse depuis un moment : l’hypersexualisation et la danse dans les vidéoclips. Lors de ses recherches pour ce travail, présentement en évaluation, la chorégraphe remarque que plusieurs de ses questions restent sans réponse. « Je m’interrogeais sur le fameux girl power des Spice Girls et sa commercialisation. J’ai eu envie de creuser le sujet, d’en savoir plus sur cet empowerment qui serait acquis à partir de la sexualisation du corps dans l’espace public. » C’est ce questionnement qui a fait germer sa nouvelle création, Miss, qui s’inscrit dans le spectacle Dialogues incarnés.

Explorer les clichés

Présenté par Tangente — un lieu montréalais de diffusion et de développement doublé d’un centre de documentation et d’archives en danse contemporaine —, Dialogues incarnés est présenté en trois temps. Tout d’abord, la proposition de Jade Marquis, Miss, suivie de celle de la contorsionniste Andréane Leclerc, Mange-moi, puis de tables rondes avec le public. « Dialogues incarnés est une occasion de susciter la réflexion du spectateur et appelle à la nuance dans le discours sur la sexualisation du corps dansant », résume la chorégraphe.

Myriam Bastien
« Je m’interrogeais sur le fameux girl power des Spice Girls et sa commercialisation. J’ai eu envie de creuser le sujet, d’en savoir plus sur cet empowerment qui serait acquis à partir de la sexualisation du corps dans l’espace public »  — Jade Marquis, chorégraphe et danseuse

Sa création, Miss, se veut une critique de l’utilisation du corps sexualisé dans l’espace public comme outil de valorisation. « J’ai choisi le titre à la fois pour évoquer les concours de Miss et parce que c’est le mot anglais pour le manque. Je trouvais ça ironiquement représentatif de ce que je voyais dans l’envie de se sentir reconnue en exploitant son corps. À cette manière de rechercher la valorisation, j’ai superposé d’autres expériences plus communes, plus clichés, comme les jeux de séduction dans les bars. »

La chorégraphie d’Andréane Leclerc, Mange-moi, met quant à elle en scène le rapport de domination entre le regardeur et le regardé. « Je n’ai pas encore vu sa proposition, admet Jade Marquis, mais je crois bien qu’on se dirige toutes les deux vers cette critique de l’objectification du corps. »

Pouvoir imprécis

Pour la chorégraphe, l’un des défis de la mise sur pied de Dialogues incarnés a été de trouver une définition précise du mot empowerment, difficile à cerner et pouvant être exploré sous plusieurs angles. Elle en est finalement arrivée à trois termes : autonomisation, responsabilisation et affirmation. Elle ne croit cependant pas que la sexualisation du corps dans l’espace public peut être une façon de parvenir à l’une de ces trois formes d’empowerment. « Ce girl power est un peu vain, du moins quand il est fait d’une façon mise en scène, chorégraphiée, préfabriquée. »

Cette question sera assurément au cœur de la réflexion lors des tables rondes qui suivront les représentations. Membres du public, chorégraphes, interprètes ainsi qu’un panéliste invité — différent chaque soir — seront conviés à une discussion inclusive au sujet des messages proposés et perçus dans les chorégraphies. « Je crois que chaque spectateur sera en mesure de tirer des conclusions différentes, car chacun vivra une expérience unique, souligne Jade Marquis. L’important n’est pas que tout le monde en vienne à un consensus, mais plutôt que des discussions intéressantes soient amorcées. » Des discussions qu’elle espère « riches, ouvertes et honnêtes », loin de la dénonciation. 

Dialogues incarnés est présenté du 20 au 22 mars à 19 h 30 et le 23 mars à 16 h, au Studio Hydro-Québec du Monument-National, à Montréal.

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Ninia

    Bon article, mais pourquoi paraît-il si tard après la présentation du spectacle?

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