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Photographie de deux femmes qui s'amusent ensemble

Des amies pour la vie

par 

Éditrice et rédactrice en chef de La Marelle Mag, un calendrier et magazine culturel pour les familles du Grand Montréal, qu'elle a créé en septembre 2011. Journaliste depuis près de 15 ans, elle a travaillé pour différents médias, en France et au Québec, notamment La Presse, Les Affaires, l'Humanité dimanche et Vita. Aurore s'intéresse particulièrement aux problématiques sociales et culturelles.

L’amitié, c’est bon pour la santé… à condition qu’elle soit de qualité. Et comme les femmes savent mieux s’entourer, elles sont les premières à tirer profit de ses bienfaits. C’est prouvé : nos plus chères amies peuvent être notre passeport pour une vie prolongée.

En 2010, à la suite d’une hospitalisation, Nicole Pedneault apprend qu’elle est atteinte d’une forme de leucémie. Son premier réflexe : décrocher le téléphone de sa chambre d’hôpital pour appeler l’une de ses meilleures amies. « Je ne me voyais pas me confier à un membre de ma famille », raconte-t-elle. C’est cette même amie qui l’accompagne quelques semaines plus tard chez son médecin. Le diagnostic tombe : lymphome non hodgkinien, autrement dit cancer du système lymphatique. « J’étais calme. Dans un autre monde. Une fois chez moi, tout a déboulé : l’angoisse, la panique. Je me suis installée à mon ordinateur et j’ai envoyé un courriel à tous les gens que je considérais comme des amis. Je leur ai dit que j’avais besoin de leur soutien, de leur présence. J’ai reçu beaucoup de messages d’affection; de l’aide pratique aussi. C’est grâce à eux que j’ai gardé le moral tout au long de mon traitement et que je vais mieux aujourd’hui. Ces amis-là, c’est mon “kit” de survie! »

Une vitamine du bonheur

L’amitié, ça fait du bien. On le savait déjà. Mais depuis quelques années, de plus en plus d’études scientifiques corroborent l’hypothèse selon laquelle plus nous sommes (bien) entourés, plus nous mettons de chances de notre côté pour rester en bonne santé. Une étude australienne réalisée sur 10 ans, dont les résultats ont été publiés en 2005 dans le Journal of Epidemiology and Community Health, va même jusqu’à révéler qu’un faible réseau amical renforce les risques de mortalité prématurée chez les personnes âgées. Et dans le Guide de santé familiale de l’École de médecine de Harvard, on recense les liens sociaux forts comme l’un des éléments contribuant au maintien d’une basse pression sanguine, ce qui augmente l’espérance de vie.

Une « vitamine essentielle ». C’est ainsi que la psychologue Jacinthe Leclerc décrit l’amitié. « Cette vitamine contribue à prévenir l’isolement, sert d’antidote contre la déprime, la fatigue et l’épuisement, surtout lorsqu’elle est combinée aux vitamines “humour” et “activités de loisirs” », écrit-elle dans une chronique publiée sur le site Web de l’Université de Sherbrooke. En entrevue, la psychologue est formelle : « Les personnes qui consultent lors d’une période de transition, qu’il s’agisse d’une séparation ou d’une douleur liée au deuil, s’en sortent beaucoup mieux si elles sont entourées de bons amis. »

L’explication? « Nos amis influencent notre estime personnelle en nous renvoyant une image positive de nous-même. Ils représentent aussi une source importante de support [sic] émotionnel notamment par leurs rôles de confidents et de conseillers, nous permettant d’évacuer préoccupations et tracas, de nous alléger du poids d’un secret ou de prendre du recul face à une situation. Une carence de cette vitamine peut engendrer un sentiment de solitude, une impression d’avoir une vie terne et un mal-être plus général », poursuit Jacinthe Leclerc dans son texte.

Dans une étude publiée dans The New England Journal of Medicine en 2007, des chercheurs de Harvard soulignent par ailleurs l’effet miroir des comportements de notre entourage sur nos habitudes de vie : tabagisme, exercice physique, alimentation. Ils ont même démontré que l’arrivée d’amis heureux dans notre vie augmentait notre bonne humeur de 9 %, alors que celle d’amis malheureux avait tendance à miner notre moral de 7 %.

Les femmes avantagées

Comme les aliments, l’amitié doit être de qualité pour nous apporter un maximum de bienfaits. Ce qui explique, selon Jacinthe Leclerc, pourquoi les femmes tirent mieux profit de leurs relations. « Quand ils vont mal, les hommes ont tendance à s’isoler ou à faire des activités sportives avec leurs amis. Les femmes, elles, privilégient l’expression de leurs sentiments. Elles vont beaucoup moins somatiser que leurs confrères, qui vont plus souvent souffrir de maux de tête, de douleurs musculaires et d’autres bobos liés à la tension que génère le manque de communication. »

Une étude réalisée en 2003 à l’Université de Californie le confirme : les effets de l’amitié sur la santé sont plus marqués chez les femmes que chez les hommes. L’étude va jusqu’à montrer que le stress chez les femmes provoque la libération d’ocytocine, une hormone qui les pousserait à se rassembler entre elles… ce qui augmenterait encore la production de cette hormone, qui provoque un effet relaxant.

« Il est vrai que les relations d’amitié entre femmes peuvent avoir un effet plus fort sur la santé que celles entretenues par les hommes, affirme William Bukowski, directeur du Centre de recherche en développement humain de l’Université Concordia. Tout simplement parce qu’elles reposent sur des caractéristiques plus positives : loyauté, entraide, respect, etc. »

Et cet effet se mesure très tôt : dans une étude réalisée au Québec auprès de garçons et de filles de 5e et 6e années, publiée l’année dernière dans la revue Developmental Psychology, le chercheur et son équipe démontrent que le cercle amical constitue un rempart contre les expériences sociales négatives, réduit le stress et renforce l’estime de soi. Ce qui, selon William Bukowski, se traduira à l’âge adulte par de meilleures habiletés sociales et moins de troubles de comportement. Élément surprenant : l’étude révèle que les filles qui fréquentent des écoles de filles sont plus sujettes à subir un effet négatif de leur entourage que celles qui sont inscrites à une école mixte. « Les filles ont de plus grandes attentes en ce qui a trait à leurs amies, ce qui peut se révéler négatif lorsque ces amitiés sont utilisées comme des armes. Une déception amicale dans ce contexte d’amitiés exclusivement féminines peut être vécue très difficilement. »

Du soutien autrement

Dans une autre étude réalisée sur plus de 2 800 femmes atteintes du cancer du sein, publiée en 2006 dans le journal de la Société américaine d’oncologie clinique, des chercheurs établissent que les patientes sans amis proches sont quatre fois plus à risque de mourir de leur maladie que celles qui ont 10 amis ou plus. D’où l’importance, en l’absence de réseau amical, des structures de réseautage pour aider les malades à mieux s’en sortir. « On s’est aperçus que les personnes se sentent mieux en nous quittant », dit Lise Lavoie, directrice de l’Organisation québécoise des personnes atteintes de cancer, qui propose des ateliers, des rencontres, des discussions. « Elles reprennent le pouvoir sur leur vie, et disent trouver dans les autres participants un soutien particulièrement efficace. Il est primordial pour les malades, y compris après la guérison, d’avoir des appuis affectifs. » Et, ajoute-t-elle, « s’ils ont un bon réseau d’amis, c’est bien, mais c’est parfois insuffisant, parce que ces personnes ont une compréhension limitée de ce que vit le malade ».

Photographie de Lise Lavoie.
« Le corps médical considère encore très peu l’importance de l’environnement affectif dans l’efficacité du traitement [du cancer]. »  — Lise Lavoie, directrice de l’OQPAC.

L’organisme offre depuis deux ans un service aux personnes en fin de traitement appelé Cancer Transitions. Il vise à prolonger l’accompagnement, par l’intermédiaire de groupes de parole et d’ateliers, pour éviter au patient l’isolement post-traitement. Développé en partenariat avec l’Hôtel-Dieu de Québec, c’est le seul service du genre en français en Amérique du Nord. Depuis peu, tous les services d’oncologie des hôpitaux de la capitale ont embarqué dans l’aventure. « Le corps médical considère encore très peu l’importance de l’environnement affectif dans l’efficacité du traitement. Nous sentons que les jeunes médecins sont plus ouverts, mais le changement s’amorce très lentement », rapporte Mme Lavoie.

Malgré ce manque de considération au sein du corps médical, l’influence de l’amitié sur la santé deviendra certainement un enjeu d’importance au cours des prochaines années, comme en témoigne l’augmentation des études scientifiques sur le sujet. Nicole Pedneault, elle, en mesure déjà pleinement la valeur. « Depuis mes problèmes de santé, je porte une attention d’autant plus particulière à mon entourage. J’en prends bien soin! » 

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Caroline Kilsdonk

    Depuis quelques années,j’ organise annuellement un souper de femmes,toutes celles qui me sont chères,qu’ elles soient amies ou membres de la famille.J’ ai deux buts:qu’ elles se connaissent entre elles et communiquer à nos filles leur appartenance à un grand réseau d’ entraide:celui de la communauté féminine.
    Je suis médecin vétérinaire mais je fais de plus en plus de zoothérapie en CHSLD(majorité féminine).Comme je ne suis pas formellement une soignante ou aidante,j’ ai le sentiment de recréer les bienfaits de l’ amitié.Mes chiens développent des liens très rapidement et les gens se livrent beaucoup à moi;je deviens vite une confidente.Ma grande satisfaction est de voir le bonheur que j’ apporte aux gens.
    Alors que j’entreprends une maitrise en bioéthique, je ne crois pas qu’ il soit à prouver que tout ce qu’ on sent bénéfique à notre bien-être a un effet positif sur notre santé physique…ce n’ est pas miraculeux,mais il me semble évident que ce soit réel.Un ami nous accepte tel qu’ on est, ne juge pas et est présent au besoin. Les chiens peuvent combler certains de ces besoins et si on respecte les leurs,tous s’en porteront mieux.

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