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Photographie de la marche du mouvement des femmes autochtones.

Agressions sexuelles, violence, corruption, assimilation : depuis longtemps, les femmes autochtones font face à ces maux. Mais plus question de les subir en silence. Elles créent des mouvements, amorcent des actions qui rayonnent à l’extérieur de leurs communautés. Elles avancent, et d’un bon pas.

Autres temps, autres mœurs… Dans les tribus nomades, le rôle traditionnel des femmes autochtones était lié à la cueillette, au dépeçage du gibier, à l’éducation des enfants, à la transmission des valeurs culturelles… mais aussi à la prise des décisions concernant la communauté. « Si le rôle des femmes autochtones différait de celui des hommes, il impliquait quand même de grandes responsabilités, plus que chez les femmes non autochtones », explique Carole Lévesque, anthropologue et professeure titulaire à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). « Les femmes autochtones étaient égales aux hommes, on leur reconnaissait une autorité dans la prise de parole et de décisions. »

Rôle réduit

Divers événements font par la suite perdre aux femmes leur rôle prédominant au sein de leur communauté. Parmi eux : la sédentarisation. À partir du 19e siècle, alors que l’industrie forestière devient le moteur économique du Québec, les Amérindiens sont perçus comme un problème de société : on estime qu’il faut les enraciner et les coloniser. Si la sédentarisation donne l’occasion aux femmes de consolider des liens entre elles et démultiplie leurs responsabilités, selon l’anthropologue, elle ouvre aussi la porte à l’instauration de nouvelles mesures gouvernementales qui ne sont pas à leur avantage.

Photo de Carole Lévesque
« Si le rôle des femmes autochtones différait de celui des hommes, il impliquait quand même de grandes responsabilités, plus que chez les femmes non autochtones »  — Carole Lévesque, anthropologue et professeure titulaire à l’Institut national de la recherche scientifique.

« La Loi sur les Indiens et les formules administratives mises en place par le gouvernement fédéral à la fin du 19e siècle donnent préséance aux hommes, et enlèvent du coup leur statut aux femmes », rapporte Mme Lévesque, qui travaille avec les autochtones du Québec depuis plus de 40 ans. Votée en 1876, la Loi sur les Indiens place toutes les communautés autochtones sous le joug du gouvernement fédéral. Elle est discriminatoire envers les femmes : celles-ci doivent par exemple céder leur statut d’autochtone si elles épousent des Blancs, alors que ce n’est pas le cas pour les hommes autochtones, dont les femmes blanches deviennent autochtones et sont intégrées à la communauté. La loi instaure aussi les conseils de bande, un système patriarcal qui donne le pouvoir politique et économique aux hommes.

Entre 1831 et 1996, plus de 130 pensionnats et écoles résidentielles accueillent des élèves amérindiens. Pour les religieux de l’époque, l’éducation des fillettes autochtones constitue un bon moyen de « civiliser » les prochaines générations. Les sévices infligés dans ces établissements marquent à vie plusieurs autochtones, hommes comme femmes.

Peu à peu, des cas de violence conjugale et psychologique ainsi que d’agressions sexuelles font surface chez les autochtones. « Le fait que les communautés deviennent plus patriarcales, l’instauration du système des chefs et du système colonial, basé sur l’économie et la possession du territoire, les écoles résidentielles et la création des réserves sont autant de facteurs qui contribuent à réduire le rôle de la femme autochtone », explique Ellen Gabriel, activiste autochtone.

Le ressac d’une mobilisation de longue haleine

Dernièrement, la voix des femmes autochtones s’est fait entendre de plus en plus. Pensons à la grève de la faim de Theresa Spence, chef de la nation attawapiskat, en Ontario, qui est au cœur du mouvement Idle No More. Ce dernier s’oppose au projet de loi C-45 du Parti conservateur du Canada, qui vise à modifier des éléments de gouvernance autochtone et des normes environnementales sans que les autochtones aient été consultés.

Photographie de la manifestation

Pourtant, rapporte Ellen Gabriel, « la mobilisation des femmes autochtones n’est pas un phénomène nouveau. Ça fait longtemps qu’on se bat pour se faire entendre ». Carole Lévesque le confirme : « Les femmes autochtones se battent depuis les années 1970 », notamment avec la création, en 1974, de l’organisme Femmes autochtones du Québec, qui défend les droits, la sécurité et le bien-être des femmes autochtones. « C’est juste qu’aujourd’hui, on en entend parler davantage à cause des médias. Les actions posées ont une plus grande visibilité. Certaines femmes s’illustrent également à l’extérieur de leur communauté afin de faire valoir les revendications autochtones dans la société civile », explique la professeure.

Photographie de Mélissa Mollen-Dupuis en train de manifester
« On se réapproprie peu à peu notre place, mais pour ça, il faut s’affranchir de nos mentalités de colonisées »  — Mélissa Mollen-Dupuis, co-initiatrice du mouvement Idle no more au Québec.

C’est le cas de Mélissa Mollen-Dupuis et Widia Larivière, les deux initiatrices d’Idle No More au Québec. Vivant à Montréal depuis plusieurs années, les deux jeunes femmes voient dans le mouvement un moyen de se faire entendre et de sensibiliser toute la population aux enjeux qui concernent les autochtones. « On se réapproprie peu à peu notre place, mais pour ça, il faut s’affranchir de nos mentalités de colonisées », affirme Mélissa Mollen-Dupuis.

Photographie de Widia Larivière
Selon Widia Larivière, co-initiatrice du mouvement Idle no more au Québec, il est important d’avoir des femmes autochtones élues, puisqu’elles ont une vision « sur sept générations » quant à la transmission des savoirs et à la préservation de leur culture.

« Idle No More émane des femmes au départ. Le mouvement reçoit des appuis de partout. Il offre la possibilité d’un ralliement qui transcenderait les frontières, les lois, etc. Espérons que ça perdure. Pour ça, il faudrait une structure plus établie, croit Mme Lévesque. Ce mouvement permet de créer des liens pacifiques à l’échelle du Canada, ce qui est peut-être plus à l’image des femmes. Idle No More témoigne aussi de la présence des autochtones dans les villes. »

Plus d’élues

Des femmes autochtones sont aujourd’hui élues chefs, conseillères politiques, ou ont un rôle d’aînées (conseillères morales, politiques et sociales) au sein de leur communauté, au même titre que les hommes. Carole Lévesque constate « qu’en général, les femmes autochtones sont plus instruites que les hommes, et donc plus aptes à occuper des postes qui demandent certaines aptitudes ». Pour sa part, Widia Larivière croit qu’il est important d’avoir des femmes autochtones élues, car elles ont une vision « sur sept générations » quant à la transmission des savoirs et la préservation de leur culture.

Photographie d'une manifestation
Idle no more (traduction libre : Jamais plus l’inaction) est un mouvement de contestation initié par les femmes autochtones en réaction aux projets de loi du gouvernement Harper, qui réduisent les protections environnementales sur les eaux navigables et modifient la façon de déterminer l’utilisation des terres des réserves. Le mouvement dénonce également les conditions de vie difficiles de nombreux autochtones.

Qu’il s’agisse d’Ellen Gabriel, de Carole Lévesque ou des filles d’Idle No More, toutes sentent un appui de la part des hommes autochtones dans la volonté des femmes d’occuper une plus grande place sur le plan politique et économique. Certes, des résistances dans les relations de pouvoir, dominées depuis longtemps par les hommes, se font sentir dans quelques communautés. Mais les femmes sentent qu’elles reprennent peu à peu une place qu’elles occupaient jadis, notamment en dénonçant la violence et les agressions sexuelles qu’elles subissent. « Nos communautés ne sont pas parfaites, ajoute Mélissa Mollen-Dupuis. Il y a de la corruption, il y a de mauvais chefs, comme dans tout système, dont celui du Québec. »

Les femmes autochtones ont traversé vents et marées pour éliminer les préjugés dont elles sont victimes, dénoncer les abus de leur système politique, sensibiliser la population et les instances gouvernementales aux situations dramatiques qui prévalent souvent dans les réserves (pénurie de logements, crises sociales…). La voie est pavée pour qu’elles retrouvent leur place au sein de leurs communautés… et aux yeux du reste de la population.

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7 Réactions

  1. MYLENE NEPTON

    je suis tout a fait d accord avec ces dames moi-meme en se moment je prepare un gros projet pour les aotochtones

  2. alice

    solitaires , on ne peut pas grand chose.
    solidaires , les femmes changeront le monde

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