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Pot de verre rempli de sous noir renversé.

Entre le rêve et la réalité

par 

Rédacteur en chef du magazine Premium, qui présente des articles sur le management parus un peu partout dans le monde. Il dirige également le blogue En Tête sur Lesaffaires.com, dont la mission première consiste à permettre à chacun d'être plus épanoui au travail. Il publie à l'occasion différents reportages dans les pages du journal Les Affaires. Olivier a aussi travaillé en France pour différents quotidiens. Il a obtenu à Paris ses diplômes en journalisme et en sciences économiques.

La retraite, normalement, fait rêver. On aura du temps pour soi, pour réaliser ses projets secrets, pour passer de longues journées avec son conjoint. On sera enfin libre de faire tout ce qui nous chante! Malheureusement, souvent, on déchante. Surtout les femmes. Le principal rabat-joie : le manque d’argent.

Les chiffres donnent froid dans le dos… En 2012, 33 % des Québécoises à la retraite vivent avec un revenu de retraite annuel inférieur à 25 000 $, alors que ce n’est le cas que pour 12 % des hommes, d’après l’Institut de la statistique du Québec.

En outre, 60 % des Québécois à la retraite ont des dettes « au coût élevé en intérêts à long terme, ce qui a une incidence directe sur leur revenu », selon Sylvain Vinet, premier vice-président, Est du Canada de la CIBC, l’institution financière à l’origine de ce constat.

Photographie de Mme Carole Henry
Un revenu inférieur aux hommes se traduit par des cotisations insuffisantes pendant la vie professionnelle, ce qui mène tout droit à un revenu de retraite plus modeste, explique Carole Henry, porte-parole de l’association Au bas de l’échelle.

Du coup, 20 % des Québécois manqueront d’argent à la retraite pour maintenir leur niveau de vie, révèle une récente étude de la firme spécialisée en management McKinsey & Company, qui souligne que la situation est surtout préoccupante pour les femmes vivant seules. « Certaines femmes vont par conséquent connaître la pauvreté pour la première fois de leur vie », résume Carole Henry, porte-parole de l’association Au bas de l’échelle, un groupe d’éducation populaire et de défense des droits des personnes non syndiquées.

Pourquoi les femmes risquent-elles plus de se retrouver dans cette situation précaire? Les raisons sont multiples : 

Le travail.

Les femmes ayant occupé des emplois rémunérés ont cumulé les effets des iniquités du monde du travail tout au long de leur carrière. D’après le Portrait des Québécoises en 8 temps publié par le Conseil du statut de la femme en 2011, les femmes ne touchent encore que 66 % du revenu moyen des hommes. Et elles occupent plus souvent les emplois les moins bien rémunérés : 63 % des personnes payées au salaire minimum sont des femmes. « En conséquence, les femmes ont moins cotisé que les hommes pour leur retraite durant leur vie professionnelle, et se retrouvent avec un revenu à la retraite nettement plus modeste », dit Mme Henry.

La famille.

Encore aujourd’hui, les femmes s’occupent majoritairement des tâches ménagères ainsi que des soins et de l’éducation des enfants. Elles consacrent aussi plus de temps à leurs proches et à leur parenté… même à un âge avancé. La preuve : selon l’ouvrage La réalité des aînés québécois, publié par le Conseil des aînés du Québec en 2007, 12 % des femmes prennent leur retraite pour prendre soin d’un membre de leur famille. Et pendant leur vie active, le temps consacré aux autres n’est pas rémunéré, si bien que nombre de femmes se retrouvent avec un revenu de retraite peu élevé.

L’espérance de vie.

En 2012, au Québec, l’espérance de vie à la naissance s’établit à 79,6 ans chez les hommes et à 83,6 ans chez les femmes. Considérant que les femmes prennent leur retraite autour de 60 ans, elles vivent donc sans revenu de travail plus longtemps que les hommes, soit pendant près d’un quart de siècle. « On comprendra dès lors que l’avancement en âge se conjugue avec l’appauvrissement des femmes », note Berthe Lacharité, coordonnatrice de projet à l’organisme de formation, de recherche et de concertation Relais-femmes.

Revenus de retraite

Bref, les femmes gagnent moins d’argent que les hommes tout au long de leur vie, ce qui affecte grandement leur revenu à la retraite, puisque la majorité des régimes de pension sont basés sur le salaire.

Au Québec, le revenu de retraite est constitué de trois paliers : le programme fédéral de la sécurité de la vieillesse; le régime de rentes du Québec; les régimes complémentaires de retraite et l’épargne personnelle.

  1. Le programme fédéral de la sécurité de la vieillesse.

    Il est composé de quatre types de prestations :

    La pension de la sécurité de la vieillesse (PSV)

    Elle est versée sous forme de prestations mensuelles à toutes les personnes de 65 ans et plus. En 2012, elle offre un maximum de 545 $ par mois.

    Le supplément de revenu garanti (SRG)

    Il vise à assurer un revenu supplémentaire aux personnes âgées à faible revenu. Pour en bénéficier, une personne seule devait gagner moins de 16 512 $ par an avant sa retraite. Elle touchera alors un maximum de 740 $ par mois.

    L’allocation au conjoint

    Elle est accordée aux personnes à faible revenu âgées de 60 à 64 ans dont le conjoint de 65 ans et plus bénéficie déjà d’un revenu de retraite. Elle vise à assurer au couple un revenu minimum équivalent à celui de deux conjoints de 65 ans et plus, soit un maximum de 1 035 $ par mois.

    L’allocation au survivant

    Elle a été créée pour les veuves et les veufs à faible revenu âgés de 60 à 64 ans. Elle entend assurer un revenu minimum à ceux qui ne touchent pas encore la PSV. Son maximum mensuel est de 1 160 $.

    « L’ennui, c’est que hormis la PSV, les autres types de prestations ne sont pas versés automatiquement aux bénéficiaires. Il faut en faire la demande. Or, comme elles ne connaissent pas tous ces programmes, un bon nombre de femmes admissibles au SRG, par exemple, ne le reçoivent pas », indique Mme Lacharité. Et de souligner : « C’est tellement dommage! Alors qu’il suffirait, j’imagine, d’automatiser la procédure à l’aide des déclarations de revenus. »

  2. Le Régime de rentes du Québec

    Il est accessible à tous les Québécois dès l’âge de 60 ans. Les prestations s’élèvent grosso modo à 23 % du salaire moyen gagné durant toutes les années d’emploi. Elles dépendent de l’âge où l’on prend sa retraite, du nombre d’années pendant lesquelles on a cotisé au régime et du montant des cotisations prélevées à même ses revenus de travail. Son montant maximum pour celles et ceux qui prennent leur retraite cette année à 65 ans est de 987 $ par mois. Signe des iniquités accumulées par les femmes durant leur carrière : en 2009, les femmes admissibles au régime recevaient en général une rente de 37 % inférieure à celle des hommes, d’après un mémoire sur le régime rédigé par un collectif de 14 organismes de femmes.

    À noter toutefois que le régime permet d’exclure les années où les cotisations étaient basses ou nulles, en raison de la présence d’un enfant de moins de 7 ans. « Cela compense légèrement la perte financière de ces femmes au moment de leur retraite », estime Mme Lacharité.

  3. Les régimes complémentaires de retraite et l’épargne personnelle

    Ces régimes sont ce qu’on appelle communément les « fonds de pension ». Mis à part les emplois du secteur public et parapublic, à peine 25 % des personnes salariées en bénéficient, selon une étude menée en 2010 par deux chercheurs de l’Université de Montréal.

    Quant à l’épargne personnelle, elle est la plupart du temps surtout composée des régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER). Ce qu’il faut savoir à leur sujet, c’est que les sommes retirées au moment de la retraite sont imposables. D’après Ruth Rose, professeure associée de sciences économiques à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), les REER ont le défaut de « mettre tout le fardeau du risque sur l’individu [puisque les placements ne sont pas tous garantis], de coûter très cher en frais d’administration et de donner presque toujours des rendements plus faibles que ceux des régimes collectifs ».

    De surcroît, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (Iris) considère qu’ils constituent « un échec retentissant en matière d’épargne pour la majorité des Québécois — 10 % des ménages les plus riches détiennent à eux seuls la moitié des REER — et risquent même d’appauvrir davantage les moins nantis ».

Cas concrets

Ainsi, les REER ne semblent pas vraiment jouer le rôle de roue de secours pour les Québécois à faible revenu qui souhaitent avoir une retraite décente. Pourquoi? Prenons deux cas concrets pour y voir plus clair, tirés de La retraite. Guide d’information pour les femmes à faible revenu publié cette année par Relais-femmes.

Ginette

Femme au foyer toute sa vie, elle n’a jamais eu de salaire et n’a aucun REER. En 2008, elle touchait 6 204 $ de PSV et 7 830 $ de SRG, si bien qu’elle avait un revenu de retraite annuel de 14 034 $.

Rita

Elle a eu des emplois rémunérés et a mis de l’argent de côté pour ses vieux jours au moyen de REER. En 2008, elle touchait, elle aussi, 6 204 $ de PSV, mais rien en SRG, ayant puisé 15 000 $ dans ses REER. Après impôts et autres cotisations (fonds de santé et médicaments), il lui est resté un revenu de retraite annuel de 19 678 $. Bref, seulement un mince écart de 5 644 $ par rapport au revenu de Ginette.

« Ces exemples montrent que le SRG fédéral fait diminuer le revenu de retraite à mesure qu’augmentent les revenus issus de l’épargne personnelle, comme les REER. Pour cette raison, des économistes comme Michel Lizée, du Service aux collectivités de l’UQAM, estiment que les REER sont des “leurres” pour les personnes à faible revenu, et ne représentent pas nécessairement pour elles la meilleure stratégie d’épargne pour la retraite », relate Berthe Lacharité, coauteure du guide.

La plupart des institutions financières s’accordent pour dire qu’une personne aura besoin d’environ 70 % de son revenu annuel brut pour maintenir un niveau de vie « acceptable » à la retraite. C’est ce qu’on appelle le taux de remplacement du revenu de travail. Or, les revenus des régimes publics couvrent aujourd’hui la moitié des revenus de travail des personnes qui prennent leur retraite à 65 ans, et ce, sur une base salariale annuelle de 40 000 $. Pour parvenir à la cible de 70 %, celles-ci doivent donc compter sur leurs épargnes personnelles ou sur les revenus issus d’un régime de retraite lié au travail, ou sur les deux à la fois.

Mais voilà, 38 % des Québécois ne cotisent pas à un régime complémentaire de retraite, à un REER ou à un autre produit financier destiné à la retraite, selon une étude de M. Lizée. De surcroît, la moitié des femmes de 65 ans et plus reçoivent le SRG, ce qui signifie qu’elles disposent de très faibles revenus. C’est donc dire que « l’objectif des 70 % du revenu annuel brut est et sera encore longtemps un mirage pour bon nombre de Québécoises », conclut Mme Lacharité.

Qu'en pensez-vous?

2 Réactions

  1. maryse

    Merci pour cet excellent article. J’ai 50 ans, je travaille, j’ai un fonds de pension pour la première fois de ma vie. Je cotise à des REER depuis quelques années seulement. Je me rends compte en lisant soigneusement qu’une retraite dorée, dans mon cas, ce sera une utopie. Mais vaut mieux savoir ce qui nous attend pour mieux s’y préparer.

  2. marcelle

    Je me demande si la retraite sera possible.Il faudra tricotter serer.Ou est l’ équité!!!!!!!

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