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Cheerleaders des Cowboys de Dallas

Cheerleading : entre l’image et la réalité

par 

Étudie en communication publique à l’Université Laval. Présentement collaboratrice à la Gazette des femmes, elle envisage de mener une carrière qui lui permettra d’assouvir son désir d’engagement dans divers enjeux sociaux.

Certains clament que le cheerleading est un sport à part entière. D’autres estiment qu’il s’agit d’une activité à connotation sexiste, qui exploite le corps féminin. Derrière les pompons, la Gazette des femmes a essayé de voir plus clair.

La foule est en délire. Une trentaine de filles choisies pour leur corps athlétique et leurs courbes rebondies font leur entrée sur le terrain. Pompons, maquillage, sourire fendu jusqu’aux oreilles et tenue qui laisse peu de place à l’imagination… Elles s’agitent, dansent, pirouettent pour le bonheur des spectateurs venus assister au match.

Une équipe masculine de cheerleading de 1940 animant une foule
Chicago, Illinois,  : l’équipe masculine de cheerleading de la Leo Catholic High School anime la foule.

Qu’on les appelle pom-pom girls, cheerleaders ou meneuses de claques, elles font activement partie de l’univers du sport. Phénomène récent ? Pas du tout. La première équipe de cheerleading a vu le jour en à l’Université du Minnesota. Elle était composée exclusivement… de garçons ! Ces meneurs de claques créaient des slogans et divertissaient les nombreux partisans de l’équipe de football de l’université. La pratique s’est vite répandue dans les universités américaines. Les premières fraternités de cheerleaders sont apparues au début du 20e siècle.

Ce n’est qu’en que les femmes ont commencé à s’investir dans les groupes d’animation de foule. Rapidement, elles intègrent gymnastique et figures acrobatiques dans les routines, qui deviennent de plus en plus spectaculaires.

Photo des cheerleaders de l'Iowa 1945
Trois cheerleaders prêtes à encourager l’équipe de football des Cyclones de l’Université d’État de l’Iowa en .

Il faut attendre les années pour voir arriver les troupes professionnelles de meneuses de claques au sein des équipes de la Ligue nationale de football américaine (NFL). Avec les années, les hommes cheerleaders perdent du terrain, les jupes des filles raccourcissent, les figures se complexifient et… les stéréotypes sexuels gagnent en force. Si les meneuses de claques des équipes de sport professionnel ont d’abord été vues comme les « America’s sweethearts », ou les « bonnes filles américaines » — prudes et représentant les valeurs chrétiennes et conservatrices — , les médias ont largement contribué à les faire valoir d’une autre manière.

La pirouette des stéréotypes

En , le film pornographique The cheerleaders renverse les stéréotypes existants pour les remplacer par d’autres. Le mythe des meneuses de claques superficielles, stupides, nymphomanes, obsédées par la beauté et prêtes à tout pour réussir fait son entrée dans la culture populaire. Un mythe qui sera ensuite renforcé par leur représentation dans différents films et séries télé, et par des tenues toujours plus provocantes. Aujourd’hui, on est loin de la jupe aux genoux et du pull à manches longues d’antan !

Dans l’univers des cheerleaders, les stéréotypes sexuels ne sont jamais loin, alimentés entre autres par des jupes très courtes, des maillots qui dévoilent le nombril et le décolleté. Les filles doivent présenter une image impeccable : coiffées, maquillées, pailletées et, bien entendu, très souriantes. Les chorégraphies qu’elles exécutent intègrent des mouvements suggestifs. Et les candidates sont triées sur le volet, selon leurs habiletés, certes, mais surtout pour leur apparence physique.

Non seulement le cheerleading dans le sport professionnel véhicule de nombreux stéréotypes sexuels et sexistes, il permet aussi aux dirigeants des équipes d’engranger en moyenne un million de dollars par saison en exploitant l’image corporelle de ces femmes lors de prestations, d’apparitions publiques ou par la vente de produits dérivés. Et le salaire des principales intéressées ? En général, 50 $ par match. Selon Vanessa Bernier, responsable des sports de groupe à la Fédération de gymnastique du Québec, « les meneuses de claques constituent un complément publicitaire à une équipe de football. Leur présence n’est pas essentielle, mais elle permet, en étant très appréciée par un certain public, de s’assurer un auditoire ».

Pour les amateurs de football américain, les performances des pom-pom girls durant les matchs sont devenues une véritable tradition. Contre toute attente, en , pour la première fois de l’histoire du Super Bowl, les Steelers de Pittsburgh et les Packers de Green Bay se sont affrontés sans pompons ! Ces deux équipes jouent désormais sans meneuses de claques. Une dérogation à la coutume qui en a réjoui certains… et choqué plusieurs.

Adieu pompons, bienvenue compétition !

Photo du film Bring it on
Paru en , le film Bring it on (Le tout pour le tout) a influencé l’engouement pour le cheerleading de compétition.

Depuis la sortie, en , du film Bring it On (Le tout pour le tout), qui met en scène deux équipes rivales de meneuses de claques, un puissant engouement est apparu pour le cheerleading de compétition, tant aux États-Unis qu’au Canada. S’astreignant à un entraînement acharné, celles qui le pratiquent sont de véritables athlètes qui exécutent des figures acrobatiques époustouflantes. Rien à voir avec les pompons ! « Cette activité demande de la force, de l’endurance, de la flexibilité, du cardio, de la coordination », précise Vanessa Bernier. Elle croit aussi qu’il s’agit d’un art au même titre que la danse, puisqu’on exige des numéros qu’ils soient « créatifs, originaux et expressifs sur les plans corporel et facial ». Mais les préjugés sont tenaces. Les athlètes polyvalentes que sont les cheerleaders sportives demeurent encore dans l’ombre des meneuses de claques de spectacle, et souffrent par conséquent des stéréotypes qui persistent à l’égard de ces dernières.

Photographie de Mme Vanessa Bernier

« Les filles ou les garçons qui se dirigent vers le cheerleading de compétition désirent d’abord et avant tout pratiquer un sport. »

— Vanessa Bernier, Fédération de gymnastique du Québec

Mme Bernier évolue dans cet univers depuis 15 ans. Elle a entendu maintes remarques désobligeantes envers des membres de son équipe ou elle-même. « Les tenues sexy, le maquillage à outrance, les pompons : tout ça vient de l’image typique de la meneuse de claque de spectacle américaine. »

Au Québec, le cheerleading sportif est beaucoup plus populaire que celui de spectacle. « Les filles ou les garçons qui se dirigent vers la variante de compétition désirent d’abord et avant tout pratiquer un sport, explique Mme Bernier. Dans les programmes québécois d’évaluation de compétitions, il y a des critères stricts à respecter. Si l’uniforme est trop court ou la musique trop vulgaire, l’équipe perd des points. Même chose en ce qui concerne le maquillage ou l’expression faciale. On veut développer l’aspect sportif de l’activité et on essaie réellement de déconstruire les stéréotypes liés aux meneuses de claques. »

Lilly Demers, cheerleader de qualification mondiale, croit aussi qu’il ne faut pas confondre les deux disciplines. « Les porte-étendard d’équipes sportives de haut niveau exercent des chorégraphies dansées plutôt qu’acrobatiques. Mais aucune discipline n’est à dénigrer », affirme la jeune femme, qui souhaiterait que le cheerleading de compétition soit reconnu comme sport olympique dans les prochaines années.

Photographie de Mme Lilly Demers
La cheerleader Lilly Demers vêtue de l’uniforme des Flyers All Starz lors du Championnat mondial de cheerleading tenu en Floride en .

Pour elle, il est clair que cette activité demande plus de capacités athlétiques (sauts, pyramides et cascades sont pratique courante), de force et d’habiletés physiques. Malgré tout, elle insiste sur le fait que tous les types de cheerleading devraient être considérés comme sportifs, à des degrés différents, peu importe la longueur de la jupe. « Malgré tous les stéréotypes qui s’accrochent aux meneuses de claques de spectacle, ces femmes suent et s’entraînent elles aussi! »

Vanessa Bernier, qui a aussi agi comme entraîneuse de cheerleading de compétition, ne partage pas cet avis. « Même si le cheerleading de spectacle demande une certaine endurance physique, son objectif principal reste le divertissement du public. » Pour distinguer les deux types d’activité, la Fédération de gymnastique du Québec a décidé de nommer le cheerleading de compétition « acrobatie de groupe ».

Mais qu’on la pratique dans un gymnase ou sur un terrain de football, force est de constater que cette activité ne cesse de gagner en popularité. Au cours de la dernière décennie, plusieurs associations et écoles de cheerleading ont ouvert leurs portes à des milliers de jeunes filles et de jeunes garçons partout en Amérique du Nord. Le Québec n’échappe pas à la tendance. En , la Fédération de cheerleading du Québec comptait plus de 10 000 membres, comparativement à 4 000 en 2007. Une augmentation colossale.

Mais une question demeure : les jeunes participantes rejoignent-elles les rangs des meneuses de claques par attrait pour les projecteurs, les pompons et les paillettes, ou parce qu’elles recherchent une activité sportive de groupe motivante ? La Gazette des femmes s’est rendue sur le terrain pour savoir ce qu’en pensent les principales intéressées.

  • * La photo en tête de texte illustre les cheerleaders de l’équipe américaine Les Cowboys de Dallas de la National Football League.

Deux minutes dans l’univers du cheerleading

Représentation des meneuses de claques au cinéma de à aujourd’hui

  • The Cheerleaders () : film érotique dans lequel des cheerleaders passent la nuit avec les adversaires de leur équipe pour qu’ils soient épuisés le jour du match.
  • Satan’s Cheerleaders () : film d’horreur dans lequel un concierge sataniste kidnappe une équipe de cheerleaders pour en faire des sacrifices humains.
  • Cheerleader Camp () : film d’horreur dans lequel un tueur en série décime une équipe de meneuses de claques.
  • A Friend to Die For () : drame dans lequel une jeune fille victime des moqueries de ses camarades se venge en tuant une cheerleader.
  • Bring it On () : comédie dans laquelle deux équipes rivales de cheerleading s’affrontent lors d’une compétition. Bring it On 2, 3, 4 et 5 suivront.
  • Sugar & Spice () : comédie dans laquelle une meneuse de claque tombe enceinte et décide de voler une banque pour s’assurer un avenir dans le luxe.
  • Fab Five: The Texas Cheerleader Scandal () : drame inspiré d’une histoire vraie dans lequel cinq cheerleaders terrorisent les jeunes d’une école secondaire.
  • Jennifer’s Body () : film d’horreur dans lequel une séduisante meneuse de claque possédée tue ses camarades de classe masculins.

Qu'en pensez-vous?

3 Réactions

  1. Alain

    Ma fille pratique, pour le plaisir de tous, le cheerleading à son collège pour encourager leur equipe de rugby. Vous faites bien de donner un autre nom, ‘accrobatie de groupe’, à ce qui ressemble plus à de la gym sportive de competition que du cheerlaeding qui allie danse, claque et joyeuse discipline pour soutenir une équipe et défendre l’image de son école. C’est pas le même ‘spirit’ je dirais même que c’est assez excessif. Car contrairement aux stéréotypes, il y a des filles de tous types dans le groupe. Il s’agit plus de transpiration joyeuse et enthousiaste que de mannequins de compétition qui se crêpent le chignon pour ‘être la plus meilleure’! lol !

  2. Rose

    Je trouve que lorsque l’on parle de cheerleading comme un sport extremeet tout, on montre toujours des équipes de compétition et tout. Mais, il n’y a pas quand compétition qu’on s’entraine fort et qu’on fait des acrobaties. Par exemple, moi je suis cheerleaders à mon école seconadaire pour l’équipe de football et on s’entraine plusieurs fois par semaine et on ne fait pas que de la danse et des chants comme: who’s gonna win ? we are we are! Goooooo les lions! On fait aussi des sauts, de la gymnastique et des stunts ( pyramide) spectaculaire! Je trouve qu’on ne parle que du cheer de compé alors qu’a la base, c’est pour encouragé l’équipe et pour divertire le public qu’on faisait du cheerleading!

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