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La culture du viol-capsule 1.

Alice Ronfard au pays de l’art et du sacré

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Journaliste indépendante et auteure, elle a collaboré à de nombreux médias (et souvent à la Gazette des femmes) et a contribué à une quinzaine de documentaires québécois. Elle a remporté plusieurs prix pour son travail en journalisme ou en cinéma. Elle a été cofondatrice du magazine féministe La Vie en rose (1980-1987). Elle anime, depuis 25 ans, de nombreux débats publics, colloques, congrès sur des enjeux de société (éducation, santé, immigration, disparités sociales…). Elle est membre du conseil d’administration des Amis de Kaléidoscope, une revue publiée en partenariat avec l’INSPQ. Elle a écrit quelques ouvrages dont le dernier, Les Auberges du cœur, L’art de raccrocher les jeunes (Bayard Canada, 2012) sur les jeunes sans abri ou en difficulté (12-30 ans) à qui les Auberges du cœur tendent la main chaque année au Québec.

Elle a remporté le prix de la meilleure mise en scène en 1989 avec une pièce de Claudel. Elle est en train de monter Billy Strauss de Lyse Vaillancourt à l’Espace Go.

Lors du Festival des Amériques tenu à Montréal en mai dernier, Alice Ronfard a rendu possible ce que plusieurs croyaient inimaginable! A 33 ans, elle dépoussière Claudel et n’hésite pas à faire tournoyer des caméras vidéo dans un lieu sacro-saint, la chapelle du Grand Séminaire de Montréal. Alice Ronfard s’était déjà attaquée avec succès à La Tempête de Shakespeare présentée à l’Espace Go quelques mois auparavant, mais de là à se remettre en selle avec L’Annonce faite à Marie-un texte écrit en 1925-, il fallait le faire!

Assez étonnants cette audace et ce goût pour des auteurs classiques. « En lisant Claudel, nous dit Alice Ronfard, je me sentais en désaccord sur certains points. Mais je n’aurais pas monté Claudel pour dire que c’est un imbécile. Ce qui me touche dans son texte, ce sont d’abord ses réflexions sur l’amour, la réconciliation, les pères, la réalisation des rêves, l’amour des sœurs. »

Revue et corrigée par cette metteure en scène, L’Annonce faite à Marie donne en effet une toute nouvelle dimension aux rêves des Croisades et à la fable du baiser du lépreux issue de l’imaginaire du Moyen Age.

Pour décoder cette fable, pour l’actualiser, Alice Ronfard n’a pas hésité à plonger dans un univers technique complexe et audacieux. Un plateau de 36 mètres de long « où les acteurs ne marchaient plus mais arrachaient chaque pas ». Un chœur de neuf enfants et adolescentes, une scène éclairée uniquement par des projecteurs, huit échafaudages volants, des micros sans fil. Un lieu de théâtre où les spectateurs et les spectatrices sont assis de chaque coté et plus bas que le plateau, où le seul élément de décor est un plancher qui se convertit par le seul pouvoir de l’imagination en portique d’église, route, caverne, maison. Et une caméra vidéo qui tourne autour des comédiens et des comédiennes et envoie leur image sur écran géant aux extrémités du plateau. Cette utilisation de la vidéo avec la complicité de Bénédicte Ronfard, sœur d’Alice, caractérise le travail de cette metteure en scène formée aux arts visuels et aux arts de la scène : « Avec la vidéo, je me suis permis d’aller voir des émotions. J’avais envie de tourner autour des comédiens, mais sans les écraser. En les grossissant sur écran, je rentrais dans leur âme je les surprenais et je les trahissais. J’aimais, entre autres, le contraste entre le savoir, la parole par exemple et le geste, celui des pieds, du visage. »

La relation d’Alice Ronfard avec les comédiens est tout à fait particulière, comme l’explique Solange Lévesque, critique de théâtre à la revue Jeu et qui a aussi assisté Alice dans cette mise en scène : « Ce texte de Claudel, il faut se le mettre en bouche! Alice a fait un travail en profondeur sur la compréhension du texte avec les comédiens. Une des caractéristiques d’Alice est sa capacité d’éveiller chez les gens ce qu’il y a de meilleur en eux. Elle sait susciter le regard de metteur en scène qui existe dans chacun des comédiens. Ceux-ci ont dit qu’ils travaillaient rarement dans des productions où il y avait si peu de problèmes entre les gens. Elle a une force incroyable pour cimenter les énergies. C’est une très jeune metteure en scène et, bien sur, elle est tombée dedans quand elle était petite (n’est-elle pas la fille de Marie Cardinal et de Jean-Pierre Ronfard? ), mais elle a un réel talent. »

Qu’une femme de cette génération se risque à choisir un texte comme celui de Claudel, qu’elle obtienne une si parfaite osmose entre des comédiens comme Gérard Poirier, Françoise Faucher, René Gagnon, Lynda Roy, Sophie Faucher, Denis Bernard, Johanne Fontaine, « chapeau! » ont dit les critiques de théâtre en lui décernant le prix de la meilleure mise en scène de l’année 1989.

Oublié dans un taxi, son trophée se promène peut-être encore dans les rues de Montréal. Cela n’empêche pas la metteure en scène de dormir. Elle participe actuellement à une autre aventure, celle de la mise en scène d’un texte d’une auteure québécoise, Lyse Vaillancourt, une des pionnières du Théâtre expérimental des femmes : Billy Strauss à l’Espace Go du 6 mars au 14 avril.

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