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Immigrées et Québécoises d’origine ont une fois de plus tenté de reconnaître ce qui pourrait les unir plutôt que les séparer.

Oui, la discrimination basée sur l’origine ethnique existe au Québec. Mais les femmes, fortes de leur expérience du sexisme, sauront-elles comprendre qu’entre discriminées, il faut s’aider mutuellement? Question sous-jacente aux discussions qu’a suscitées le colloque A la recherche de l’équité raciale tenu à Montréal en mai dernier à l’initiative du Collectif des femmes immigrantes.

« Le racisme a toujours été propagé pour diviser des groupes qui auraient pu s’unir ensemble contre leurs exploiteurs. Nous ne devons pas tomber dans ce panneau », met en garde Madeleine Parent, féministe et routière de longue date du syndicalisme québécois. Marraine de l’événement avec Juanita Westmoreland-Traoré, alors présidente du Conseil des communautés culturelles et de l’immigration, Madeleine Parent partage avec cette dernière le combat contre le racisme et la xénophobie.

Si le combat est toujours nécessaire, c’est que le constat d’une discrimination persistante, systématique et souvent systémique, qui s’accroît lorsqu’on appartient à une « minorité visible » et lorsqu’on est femme, s’impose rapidement que ce soit dans les institutions d’enseignement, dans le milieu du travail, en matière de logement, dans les médias et même dans les relations entre groupes de femmes d’origine et groupes de femmes immigrées.

Pas facile de se loger

La preuve n’est plus à faire en matière de logement. C’est pourquoi il faudrait une table de concertation-autre que celle qui existe présentement-qui ferait l’inventaire des ressources sous forme de bottins, mènerait une campagne de sensibilisation à ce phénomène, établirait un mécanisme permettant aux victimes de discrimination d’utiliser les structures de leur communauté culturelle pour déposer une plainte et s’assurer du traitement du dossier sans préjudice pour elles.

Par ailleurs, les critères d’admissibilité aux logements sociaux devraient tenir compte des spécificités des ménages des communautés culturelles. Ce n’est pas la première fois qu’une telle demande est adressée aux responsables gouvernementaux en matière d’habitation.

L’école tiraillée

Dans les institutions d’enseignement, où des drames de racisme éclatent fréquemment-querelles d’élèves, guerres de « gangs » et où la question linguistique est incontournable, les difficultés d’intégration de la population étudiante allophone sont d’autant plus grandes que les mesures appropriées pour les résoudre ne sont pas prises. « Si tout le monde a l’impression d’en faire les frais, les nouvelles et les nouveaux arrivés en paient plus lourdement la note », déplore une participante au colloque.

S’il est nécessaire d’assurer de meilleures communications entre les communautés culturelles et le milieu scolaire par divers moyens (information aux immigrées, composition du personnel enseignant reflétant la réalité multiculturelle), d’autres mesures ont aussi fait l’objet de recommandations : allocation plus substantielle de fonds pour l’amélioration du programme de soutien linguistique, prolongation de la durée des classes d’accueil de dix à vingt mois, embauche de plus d’agents de liaison à temps plein dans les écoles et financement des initiatives des communautés culturelles dans le cadre d’un partenariat avec les commissions scolaires.

La langue, le travail

Aujourd’hui, les risques de mal intégrer les immigrées et les immigrés à la population québécoise sont d’autant plus grands que leur nombre s’accroît, dénatalité faisant loi, et que le bilinguisme canadien place les nouvelles et les nouveaux venus dans une situation de choix qui peut tourner au désavantage des francophones. La question de la langue n’a pas été abordée de front à ce colloque, mais les interventions démontraient bien qu’elle n’est jamais absente des préoccupations de celles qui se soucient de l’intégration des personnes qui ont choisi de s’établir au Québec.

Ainsi en est-il de l’apprentissage du français et de l’accès au marché du travail, deux réalités intimement liées. Même si les gouvernements fédéral et provincial offrent différents programmes de cours, il peut s’avérer difficile de les suivre soit que les immigrées ne sont pas admissibles à l’allocation de survie et aux frais de garde (ou à l’un ou l’autre), soit que les montants alloués sont insuffisants, soit que les programmes ne correspondent pas vraiment aux besoins.

Profitant de cette tribune, Juanita Westmoreland-Traoré dénonce la situation du personnel domestique, constitué en grande majorité d’immigrées qui ne reçoivent même pas le salaire minimum, alors que leur travail favorise l’autonomie professionnelle de celles et de ceux qui les emploient. Dans les autres secteurs, le taux de chômage des immigrées, surtout lorsqu’il s’agit de femmes de couleur, représente le double de celui des Québécoises d’origine. D’ailleurs, même pour celles qui parlent français ou anglais, la discrimination constitue un frein majeur à l’obtention d’un emploi.

On a donc demandé au Collectif des femmes immigrantes, d’intervenir auprès des instances politiques, économiques et syndicales pour faire avancer les dossiers d’équité raciale sur le marché du travail de concert avec les organismes des différentes communautés culturelles.

Collaboration à renforcer

La question des relations entre les organismes qui regroupent des femmes d’autres origines et ceux qui regroupent des Québécoises a suscité les discussions les plus houleuses. Ainsi, présents au colloque, les groupes québécois n’ont pas manqué de rappeler leur collaboration. Le débat a cependant fini par se calmer avec des offres concrètes, comme celle de la présidente des Cercles de fermières qui a ouvert les pages de sa revue aux informations concernant les immigrées. On a résolu de mettre la priorité sur les moyens de rapprochement entre les groupes et sur la solidarité dans les luttes conjointes, comme celle qui a été menée face aux coupures budgétaires du Secrétariat d’État ou celle qui devra l’être pour garantir des cours de français aux immigrées.

La part des médias

Si une information sans préjugé est un outil majeur, à la fois pour faciliter l’intégration et pour enrayer racisme et xénophobie, les médias sont loin du compte par leur façon de faire percevoir « les hordes » d’étrangers « envahissant » le Québec comme source de problèmes plutôt que comme éléments de solutions. L’invisibilité des communautés culturelles au petit écran a aussi été critiquée; bien que certaines chaînes, Radio-Québec surtout, aient fait de réels progrès en imposant des quotas minimum de présence des minorités visibles, celles-ci sont absentes de la plupart des téléromans et émissions de divertissement.

On s’est également interrogé sur les raisons qui empêchent les journalistes d’utiliser les immigrées et immigrés comme personnes-ressources sur des questions qui concernent leur pays d’origine. « L’information internationale, plutôt pauvre actuellement, ne pourrait qu’y gagner », affirme une participante.

« Partager nos expériences interraciales est très enrichissant, conclut une néo-Québécoise au terme de ces deux jours de discussions. « Le sentiment de culpabilité que nous redoutons toujours un peu fait bientôt place à une certaine empathie avec celles que nous pensions si différentes », ajoute une Montréalaise très active dans les discussions. Ce brassage d’idées et d’action devraient permettre tant aux Québécoises d’origine qu’aux néo-Québécoises de reconnaître enfin ce qui les unit plutôt que ce qui les sépare.

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