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Elles tournent et comptent

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Journaliste indépendante et auteure, elle a collaboré à de nombreux médias (et souvent à la Gazette des femmes) et a contribué à une quinzaine de documentaires québécois. Elle a remporté plusieurs prix pour son travail en journalisme ou en cinéma. Elle a été cofondatrice du magazine féministe La Vie en rose (1980-1987). Elle anime, depuis 25 ans, de nombreux débats publics, colloques, congrès sur des enjeux de société (éducation, santé, immigration, disparités sociales…). Elle est membre du conseil d’administration des Amis de Kaléidoscope, une revue publiée en partenariat avec l’INSPQ. Elle a écrit quelques ouvrages dont le dernier, Les Auberges du cœur, L’art de raccrocher les jeunes (Bayard Canada, 2012) sur les jeunes sans abri ou en difficulté (12-30 ans) à qui les Auberges du cœur tendent la main chaque année au Québec.

Au cinéma comme dans leur cuisine, les femmes font des prodiges avec des petits budgets. Et surprise, en plus de viser dans le mille, leurs films se mettent à rafler des prix.

Josée Beaudet aime, vit et mange du cinéma depuis vingt ans. Monteuse, recherchiste, réalisatrice et désormais productrice, elle dirige depuis quatre ans à l’Office national du film (ONF) un département des miracles : le programme Regards de femmes.

Avec un budget dérisoire de 425 000 $ par année, Regards de femmes permet à des cinéastes de traiter de sujets qui préoccupent les femmes « et que les hommes n’abordent pas ou si peu », estime Josée Beaudet.

Et, cela fait chaud au cœur, le milieu cinématographique, encore largement masculin, commence à reconnaître l’apport des femmes cinéastes à la profession. Aux Rendez-vous du cinéma québécois 89, Sylvie Groulx a remporté la palme du meilleur moyen métrage documentaire avec Qui va chercher Giselle à 3 heures 45? . Un film sur le désir d’avoir des enfants et sur l’acrobatie nécessaire pour réussir à les élever dans une société qui se pique d’être démocratique et de souffrir de dénatalité. Une récente recherche montre qu’un peu partout au Canada, même si les femmes font moins de films, avec moins d’argent et moins d’expérience, la proportion de celles qu’on met en candidature à des prix et qui les décrochent est supérieure à leur participation dans l’industrie. Il y a donc là beaucoup de talent.

Vitalité étonnante

« Quand on m’apprend que les cassettes de nos films s’envolent dans les différentes cinémathèques de l’ONF, je me dis que nous avons fait du chemin! Quand on me donne nos excellentes cotes d’écoute à la télévision (entre 500 000 et 700 000 personnes), que ce soit pour La famille recomposée de Nicole Chicoine ou Québec… un peu… beaucoup… passionnément de Dorothy Todd Hénault (en nomination pour un prix Gémeaux 1990), je me dis que nos efforts en valent la peine. Sans Regards de femmes, ces films seraient sans doute demeurés de bonnes idées, mais pas suffisamment alléchantes pour d’autres producteurs. Il en va de même pour les deux films percutants de la réalisatrice Diane Beaudry que nombre d’enseignantes et d’enseignants perplexes et de parents démunis attendaient. Apprendre… ou à laisser et La Double Histoire d’Odile parlent aux adultes et aux enfants, comme on l’a rarement fait, de ce qui freine l’apprentissage scolaire des centaines de milliers de jeunes du Québec. »

Autre exemple : le 7 mars, Radio-Québec diffusera Québec et associées, un premier film de Raymonde Létourneau. Qui d’autre aurait permis à Raymonde Létourneau (50 ans)-même avec son bagage professionnel de femme d’affaires et de monteuse de film-de tenter sa chance dans la conjoncture actuelle du cinéma? « Son film est excellent », affirme Josée Beaudet. Il met en lumière la trajectoire de quatre self-made women-et non pas celle d’héritières de l’entreprise du père ou du mari-devenues des entrepreneures à l’efficacité redoutable et qui gèrent des millions. Des femmes coincées au départ, sans le sou, avec famille et enfants sur les bras qui ont décidé de créer leur emploi et de faire rouler l’économie québécoise. « A Regards de femmes, nous avons fait la preuve, plus de vingt fois en quatre ans, qu’il y a moyen de travailler avec des femmes qui ont plus ou moins d’expérience, sur des sujets pas toujours affriolants, et cela donne de très bons résultats! » Autre élément intéressant : le réseau des groupes de femmes est mis à profit régulièrement pour vérifier l’intérêt de sujets particuliers ou pour mousser la diffusion de certains films.

La vitalité du programme Regards de femmes, malgré son équipe réduite, est étonnante. En 1989, sur les 27 documentaires produits à l’ONF, 13 étaient l’œuvre de femmes et 7 avaient été soutenues par le programme de Josée Beaudet. La fournée sera aussi abondante en 1991, parce qu’un film prend plus d’un an à arriver au monde.

Quelques projets en préparation : un film de Diane Létourneau-qui a réalisé Les Servantes du Bon Dieu-sur l’amitié féminine. Un autre de Michka Saal sur l’intégration des immigrantes et un film de fiction à six sketches-et autant de réalisatrices-qui racontera de manière rigolote et « flyée » les différentes étapes de la vie des femmes, de la petite enfance aux joies de la ménopause. Ça promet, non?

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