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Que faut-il donc faire pour attirer davantage les femmes au gymnase, à la piscine ou sur le court?

Lyne était le garçon manqué du coin. Petite, elle grimpait aux arbres et jouait au baseball. Aujourd’hui graphiste à la pige, elle monte à cheval quatre fois par semaine et passe ses week-ends en ski ou à voile. Doris, elle, a toujours préféré rester à la maison. L’an dernier, des copains l’ont invitée à faire une randonnée de canot-camping, elle a refusé… parce qu’elle n’avait pas de pantalon!

Deux types de femme, deux réalités. Rien de surprenant, puisqu’une étude récente de Kino-Québec a justement permis d’établir que l’intérêt-ou le non-intérêt-des femmes envers l’activité physique se dessine généralement dès la tendre enfance pour laisser une empreinte indélébile.

Chez les femmes « actives » -celles qui ont toujours été motivées par le sport-, le besoin d’activité physique est ancré dans le quotidien. Elles n’ont pas peine à reprendre l’activité physique après une interruption (la maternité, par exemple); dans bien des cas, elles ne l’abandonnent d’ailleurs jamais complètement. Les autres, les « inactives », ont une tendance tout à fait inverse : peu sportives dans leur jeunesse, elles oublient toute espèce d’activité physique régulière à l’âge adulte.

De nature autonome, les actives planifient leur emploi du temps et misent sur le partage des tâches afin de pouvoir concilier responsabilités familiales et activités personnelles. Les inactives adoptent davantage une attitude traditionnelle. Elles se sentent coupables lorsqu’elles échappent à leurs obligations pour s’accorder du « temps pour soi » -un temps généralement peu valorisé et associé à des occupations futiles. Et si sport il y a, elles y participent bien plus volontiers s’il s’exerce dans une atmosphère familiale.

Quant aux facteurs biologiques pouvant expliquer le manque d’intérêt des femmes envers les sports, ils ne pèsent pas lourd dans la balance… « Les différences biologiques ont trop souvent été citées comme des raisons limitant la participation des femmes dans les sports, affirme Normand Gionet, directeur de l’École d’éducation physique et de loisir à l’Université de Moncton. Or il est nettement faux de dire que toutes les femmes sont plus petites et plus faibles, ont moins de force et d’endurance et sont incapables de faire aussi bien que les hommes. » D’ailleurs, le record mondial de nage de longue distance n’est-il pas détenu par une femme?

Les associations : un stimulus?

L’automne dernier, lors du colloque Femmes, sport et activité physique, on s’est demandé quelle influence pourraient avoir les associations sportives sur la présence des femmes dans les sports. « Pour attirer les femmes, signale Denis Hainault de la Fédération québécoise de hockey sur glace (FQHG), nous avons mis sur pied une campagne de promotion offrant aux filles l’occasion de pratiquer le hockey dans les mêmes conditions que les garçons. Nous avons également demandé aux associations régionales de nommer des responsables de hockey féminin au sein des associations de hockey mineur. Et, pour la première fois cette année, une équipe de hockey féminine représentera le Québec aux Jeux d’hiver du Canada . » Malgré tout, la FQHG est loin de voir les filles et les femmes se précipiter à ses portes.

Même son de cloche du côté de la Fédération de tennis de table du Québec (FTTQ) : « A peine 30 % de nos membres sont des femmes, déplore Jacques Plamondon, le directeur administratif. Pourtant ce sport-ne misant pas sur la force musculaire mais sur la vitesse et la souplesse-nous paraît tout à fait accessible aux femmes. » Pour intéresser la clientèle féminine, la FTTQ a fait les choses en grand : « Nous avons instauré la mixité complète dans toutes les catégories de tournoi sauf celle des 12-14 ans, précise Jacques Plamondon. Nous avons distribué une affiche mettant une fille en vedette et nous avons accordé plus de responsabilités aux femmes au sein de notre organisation. » Les visites « sur le terrain » effectuées par la Fédération ont permis de constater une chose : si le tennis de table se pratique maintenant au point où quelque 40 clubs récréatifs ont été créés depuis quatre ans, les sphères de la compétition ne semblent guère attirer les filles.

La compétition? Pouah!

On a longtemps trouvé normal que la petite fille joue sagement à la poupée tandis que frérot affrontait les autres au baseball. Dans ce contexte, que les filles soient généralement absentes des sports de compétition n’est pas vraiment étonnant. « Il faut augmenter le nombre d’entraîneuses de la pratique sportive, lance Jacques Plamondon de la FTTQ. Offrir des modèles féminins aptes à inciter les filles à s’intéresser à la compétition. »

Est-ce vraiment ce que veulent les femmes? Doutons-en. A preuve le récent sondage effectué par le Regroupement québécois du loisir municipal (RQLM). Les municipalités membres devaient mentionner les activités sportives et physiques organisées particulièrement pour les femmes dont la réalisation s’est avérée un succès. Les résultats obtenus montrent que l’appât du trophée est loin de faire courir les femmes… Danse aérobique, cours pré et postnatals en piscine, nage synchronisée, tournoi de tennis mère-fille et danse-exercice viennent en tête de liste. Par contre, les activités qui se sont soldées par un échec sont toutes-à une exception près-axées sur la performance : autodéfense, course populaire, hockey, ballon sur glace, balle molle, ringuette.

Ce même sondage fait par ailleurs état de services connexes qu’offrent certaines municipalités pour favoriser la participation des femmes aux activités sportives : service de garderie sur place, mini-parc adjacent aux activités, heures d’activités appropriées. On veut négocier de meilleures ententes relativement à l’utilisation des locaux : fini les « heures de glace » de ringuette au beau milieu de la nuit! On veut mettre sur pied des programmes de lunch-exercice, d’activités multisport, des programmes mère-enfant.

La part des médias

Les médias, puissants outils de transformations des attitudes, sont loin d’accorder autant d’importance et de respect aux femmes qu’aux hommes dans le sport. « L’analyse de journaux québécois a révélé que 60 % des titres d’articles sont consacrés aux athlètes masculins, alors que 60 % des titres d’entrefilets portent sur des athlètes féminines », affirme Suzanne Laberge, professeure en sociologie du sport à l’Université de Montréal. Claudine Douville, chroniqueuse sportive au Réseau des sports, confirme ce déséquilibre dans le traitement : Aux Jeux olympiques, on garde les finales masculines pour les meilleures heures d’écoute, tandis que la finale féminine peut être diffusée en pleine nuit.

Il ne faut surtout pas croire que la présence d’une femme au micro changera illico notre perception du merveilleux-monde-du-sport : « Bien sûr, ça fait bien d’avoir une femme aux sports!, affirme Marie-Josée Turcotte, ex-athlète et commentatrice sportive à Radio-Canada. Toutefois, je ne crois pas que cette présence modifiera le traitement de la nouvelle : ce n’est pas le sexe du journaliste mais sa personnalité qui modifie la vision du monde qu’il tente de communiquer. »

La morale de cette histoire nous serait-elle offerte par le Comité pour l’avancement de la femme dans l’activité physique de Moncton? Celui-ci affirme carrément que « les femmes doivent prendre l’initiative pour connaître leurs besoins, leurs intérêts et leurs mécontentements et elles doivent jouer un rôle de leadership dans la promotion d’une vie active pour toutes. » Et ça, les filles, ça va être du sport!

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