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Lorraine Vaillancourt se démène depuis vingt ans pour faire entendre-et réentendre-la voix de la musique contemporaine.

Sur le trottoir, devant la prestigieuse salle de concert Carnegie Hall, la chef d’orchestre Lorraine Vaillancourt est accroupie au milieu de ses troupes et non devant, vêtue d’un complet à fines rayures agrémenté d’un nœud papillon : cette photo immortalise les débuts new-yorkais du Nouvel ensemble moderne.

Dans un monde où les femmes sont encore très minoritaires au pupitre, Lorraine Vaillancourt joue la carte de la détermination et de l’intelligence. « On m’a déjà dit : Comme tu dois être fière de diriger tous ces beaux hommes!, raconte-t-elle avec humour. Je ne les vois pas comme des objets sexuels. Nous travaillons en collaboration. »

Les critiques montréalais ont salué « la discrétion de son comportement sur scène » qui laisse toute la place « à la musique et aux musiciens ». « Beaucoup de gens ont en tête l’image romantique du chef traditionnel qui lance sa baguette à ses musiciens » , commente-t-elle. « Pour diriger, il n’est pas nécessaire de se donner en spectacle. » Son « sens du style » et sa direction musicale « qui conjugue précision, intelligence et sensibilité » ont été soulignés par plusieurs d’entre eux.

Lorraine Vaillancourt est venue à la musique contemporaine presque naturellement. Née dans une famille saguenéenne de musiciens, la jeune femme a étudié au Conservatoire de Québec. Jusque-là, rien ne laissait présager cette orientation de carrière, sinon un penchant marqué pour le répertoire du XXe siècle.

Son diplôme en poche, elle part pour Paris étudier la direction d’orchestre. « Dans mon esprit naïf de 20 ans, Paris représentait la tradition », raconte-t-elle. Dans l’après-mai 68 la musique contemporaine connaît une grande vitalité. « Je m’y sentais à l’aise. Je n’ai jamais été rebutée par la complexité des rythmes ou du langage. J’aime beaucoup le travail de déchiffrage long et complexe qui est nécessaire avant même de jouer une seule note. C’est une question d’attirance. Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir été sacrifiée sur le bûcher de la musique contemporaine. »

Une fois revenue au pays, les choses se sont enchaînées très vite. Entrée à l’Université de Montréal pour étudier et côtoyer ces « deux phares » de la musique québécoise que sont alors Gilles Tremblay et Serge Garant (aujourd’hui décédé), elle travaillera au sein de l’Atelier de musique contemporaine. Elle en assumera la direction à partir de 1974. « Je suis arrivée par la porte d’en arrière » dira-t-elle.

Elle mène de front « ses » carrières d’enseignante, d’interprète et de chef d’orchestre, participant à la création de nombreuses œuvres avec la Société de musique contemporaine et Gropus 7, ainsi qu’à Radio-Canada. Avec les compositeurs Claude Vivier John Rea et José Evangelista, elle fonde en 1978 les Evénements du Neuf, une société vouée à la présentation de la nouvelle musique. De cet ensemble sont d’ailleurs issus plusieurs des membres du Nouvel ensemble moderne mis sur pied en 1989.

La directrice artistique est particulièrement heureuse du statut « permanent » de son orchestre, qui se distingue par là des formations de pigistes regroupés pour un nombre limité d’heures de répétitions avant chaque concert. Le groupe peut ainsi accorder plus de temps au travail de pièces souvent exigeantes et se constituer un répertoire, ce qui permet aux œuvres de ne pas tomber dans l’oubli au lendemain de leur création.

La saison du Nouvel ensemble moderne est particulièrement chargée : présentation d’un forum international de jeunes compositeurs à Montréal; création de deux opéras de Claude Ballif et Michel Gonneville; participation à la semaine du violoncelle, au Festival de Théâtre des Amériques et au Festival new-yorkais Bang-on-a-can, concert d’ouverture du Musée d’art contemporain de Montréal, première tournée européenne, lancement du deuxième disque et enregistrement du troisième.

« Mais notre travail n’est pas axé sur le nombre de concerts, sur la production, affirme Lorraine Vaillancourt. Nous voulons faire aimer ce répertoire et prendre plaisir à le jouer. » Le mandat est de taille, elle en est consciente. La musique contemporaine ne fait pas courir les foules. Or pour que le public s’attache aux œuvres actuelles, il faut qu’il ait l’occasion de les entendre. Trop de gens veulent comprendre la musique contemporaine, au lieu de simplement chercher à se laisser toucher.

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