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Si les filles sont plus critiques face à leur existence, en bout de ligne, elles sont plus fortes, elles se protègent mieux.

Croyez-le ou non, près de 80% des 12-18 ans s’alimentent correctement, se sentent plutôt bien dans leur peau, entretiennent une bonne relation avec leurs parents et réussissent à s’adapter à l’école… bref, se portent bien merci. Et vlan! Aux oubliettes, les sonnettes d’alarme agitées régulièrement par les médias sur l’état lamentable dans lequel pataugent « les jeunes»!

Plutôt étonnants et encourageants ces résultats, non? Richard Cloutier, directeur de l’École de psychologie de l’Université Laval et coresponsable d’une récente étude du ministère de l’Éducation, Les habitudes de vie des élèves du secondaire, s’empresse de mettre un bémol à l’optimisme. « Oui, effectivement, notre sondage conclut que pour la majorité, tout va bien. Mais cette nouvelle rassurante ne doit absolument pas faire oublier l’autre grande conclusion : à l’autre bout, un petit groupe vit plusieurs problèmes, se porte même très mal. »

Voilà, selon le psychologue, ce qu’il faut surtout retenir de ce vaste sondage tenu au printemps 1991 qui a permis à près de 6000 élèves de 12 à 18 ans de se livrer au jeu du « cochez oui, cochez non ».

Un questionnaire pour permettre de faire le point sur les habitudes de vie oui, mais plus encore : en fait, on aurait également pu l’intituler « Certaines habitudes de vie associées aux toxicomanies et au suicide chez les 12-18 ans au Québec » .

Pas pareilles, les filles?

L’étude a permis de démontrer, une fois de plus, que filles et garçons ne perçoivent pas l’existence de la même manière.

Pour eux, c’est l’École qui constitue la pierre d’achoppement. Rien n’est simple : ils s’y sentent moins à l’aise, obtiennent plus souvent des résultats au-dessous de la moyenne, travaillent moins d’heures et leurs ambitions scolaires sont moins élevées.

Pour elles, le versant noir de l’existence se concentre davantage dans leur vie personnelle : elles sont moins bien dans leur peau, plus stressées, moins satisfaites d’elles-mêmes… En général, elles portent un jugement plus sévère sur leurs relations avec leurs parents.

Le rayon consommation maintenant. Quatre jeunes sur cinq ne fument pas et près de 45% ne prennent ni alcool, ni drogue. Des indices éclairants : la moitié de celles et de ceux qui ont essayé la cigarette n’ont pas persévéré; les deux tiers de celles et de ceux qui ont touché à la drogue ont cessé; et si on a pris de l’alcool… on continue habituellement de le faire.

Encore ici, les sexes se démarquent. Les adolescentes sont plus nombreuses à se déclarer fumeuses que leurs vis-à-vis masculins (23% contre 15% ), mais grillent moins de cigarettes qu’eux par semaine (27 cigarettes contre 37). Elles sont un peu plus nombreuses à consommer de l’alcool occasionnellement (26% contre 22% ), mais elles boivent moins souvent seules (13% contre 17% ).

Au chapitre de la drogue, les pourcentages féminins et masculins se rapprochent : environ 5% des jeunes en prennent de temps à autre, moins de 1% régulièrement.

Le suicide? « Vingt pour cent de l’ensemble avouent y avoir pensé, 5, 3% disent avoir tenté de le faire; je trouve que ces chiffres sont inquiétants », affirme Richard Cloutier. Redifférence : les filles y pensent deux fois plus et font trois fois plus de tentatives. « On retrouve sensiblement le même portrait dans la population adulte, poursuit le psychologue. Pourtant, quel que soit le groupe d’âge, le suicide fait davantage de victimes au masculin qu’au féminin. »

Le psychologue poursuit la comparaison : « Maintenant que les filles et les garçons ont un mode de vie semblable, ces derniers me semblent être un peu plus « jusqu’au-boutistes » , dans leurs expériences, négativement s’entend. Les filles elles, sont plus critiques face à leur existence, mais en bout de ligne elles sont plus fortes, elles se protègent un peu mieux. »

Y a-t-il des indices qui permettent d’entrevoir tel ou tel comportement ultérieur? Pour la consommation d’alcool et de drogues, un entourage d’amis qui consomment et de nombreuses absences de l’école sont les meilleurs prédicteurs. Pour la pensée suicidaire un bien-être personnel faible, le sentiment d’être malheureux, des problèmes avec les parents et des pairs qui font usage de drogue devraient mettre la puce à l’oreille.

Un « noyau dur»

De cet ensemble, autant chez les filles que chez les garçons, se détache un « noyau dur » sur lequel se cristallisent tous les facteurs de risque, en cercles concentriques.

Richard Cloutier parle, lui, d’une « empilade » de problèmes : chez ces jeunes, la vie personnelle, familiale et scolaire est loin d’être au beau fixe; en plus, ils font partie des 16% de ceux qui déclarent se saouler souvent, boire en solitaires, prendre de la drogue. Enfin, on les retrouve également parmi ceux qui ont pensé au suicide ou qui ont tenté de le faire. A preuve, 18% de ceux qui boivent moins d’une fois par semaine, ne se saoulent pas ou ne boivent pas seuls ont pensé à se suicider. Chez les consommateurs de drogues, la proportion atteint près de 45% .

Le « noyau dur » regrouperait 5% des jeunes. C’est peu, direz-vous. Mais 5%, c’est une personne sur vingt, et une personne sur vingt, c’est environ un ou une élève par classe…

Les habitudes de vie des élèves du secondaire : une étude remplie d’information mais avare d’interprétations. C’est voulu. Aux personnes qui travaillent auprès des jeunes de tirer leurs propres conclusions.

  • Les habitudes de vie des élèves du secondaire, sous la supervision de Guy Legault, Direction de la recherche du ministère de l’Éducation, et de Richard Cloutier, Centre de recherche sur les services communautaires, Université Laval, 75 p., 1991.

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