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L’automne dernier, l’une des expositions les plus appréciées à Londres était consacrée aux suffragettes du début du siècle. Les gens se pressaient dans les couloirs exigus du musée de Londres, regardant attentivement les affiches et les pamphlets, silencieux devant le documentaire consacré à ces courageuses pionnières.

A des kilomètres de là, lors d’un tour de ville de Cambridge ou d’Oxford, les guides, hommes ou femmes, soulignaient avec horreur qu’au tout début des années 80, certains collèges de ces prestigieuses universités restaient fermés aux femmes. Il était temps que ca change, s’accordaient-ils à remarquer.

Vu de Grande-Bretagne, on s’étonnait également du débat qui avait cours aux États-Unis quant au rôle que devait jouer Hillary Clinton. L’Amérique a peur des femmes de pouvoir bien plus que l’Europe, analysait-on, car on n’y a pas connu les reines. La Grande-Bretagne, elle, n’a pas manqué de femmes fortes dans son histoire.

Ces anecdotes rassureront la touriste québécoise, surtout si elle a auparavant fait un détour par la France où, non sans surprise, elle s’est retrouvée confrontée à une société tout entière fondée sur la séduction, comme en témoigne la publicité qui se dit sexy mais que nous trouvons sexiste. Rien de tel en Grande-Bretagne, observera la touriste avec soulagement. N’a-t-elle pas lu en plus, dans un entrefilet du Times, que des féministes de Liverpool avaient exigé des ouvriers travaillant à la construction d’un centre de technologie pour femmes de signer un protocole par lequel ils s’engageaient à ne pas siffler les passantes? Un coup audacieux!

Juger de la place qu’une société réserve aux femmes ne peut toutefois se limiter aux entrefilets de journaux ni au succès des femmes à poigne. Et à la lumière d’un examen un peu plus prolongé, la société britannique semble bien loin d’un féminisme vécu sur le terrain. Le harcèlement sexuel en est un bon exemple. On en parle maintenant sans rire. Mais sans agir non plus, comme l’a amèrement constaté une femme d’affaires américaine agressée par son homologue britannique au sortir d’une rencontre professionnelle. Elle a aussitôt porté plainte à la direction de la compagnie qui l’avait invitée. On a pris bonne note, sans plus, à la grande indignation de la jeune femme qui s’est défendue sur la place publique en faisant valoir qu’en Amérique, des politiques contre le harcèlement en milieu de travail, ça existe.

Les garderies font plutôt du surplace. La Grande-Bretagne reste le pays des nannies, solution coûteuse pour familles en moyens. La garderie semble ici l’apanage des mamans au foyer. Dans les grandes villes comme dans les banlieues, la formule Mothers and Todds (Mamans et marmots) réunit le matin ou l’après-midi les mères de famille du quartier qui prennent ensemble le thé pendant que leurs bébés font connaissance. Sympathique mais peu pratique quand maman travaille. Selon les plus récentes données, 43% des mères d’enfants de moins de 5 ans sont dans ce cas. Et 78% des jeunes Britanniques de moins de 35 ans veulent un emploi d’abord, des enfants après. Pour y parvenir, les filles font comme chez nous : elles envahissent massivement les études, y réussissent mieux que les garçons.

Mais on est encore loin de les retrouver partout. Pas de femmes pour conduire les flamboyants autobus rouges de Londres, très peu de femmes invitées à commenter l’actualité le soir aux journaux télévisés. Quant aux femmes de pouvoir, elles semblent souvent taillées sur le modèle de la célèbre Maggie : bien peu d’entre elles, politiciennes ou écrivaines à succès, se montrent redevables envers le mouvement féministe. Au moment où l’Église anglicane reconnaissait enfin aux femmes l’accès à la prêtrise, on a d’ailleurs vu une ministre s’opposer avec virulence à ce geste, disposée à tout faire pour que le Parlement-qui a le dernier mot dans cette affaire-le rejette. « En désespoir de cause, je deviendrai catholique » , a-t-elle lancé!

Par ailleurs, pour une chronique féministe publiée dans un grand journal, les féroces et très populaires tabloïds britanniques rétorquent par des propos méprisants envers tout ce qui ressemble à une militante. Une ministre, mariée à un député conservateur, se plaignait que son courrier lui soit adressé sous le nom de son mari, précédé d’un simple « Madame ». Un chroniqueur lui conseille de retourner à ses chaudrons. Le conservatisme farouche d’un quotidien aussi prestigieux que le Times achève la mise au ban. Le quotidien parle abondamment des féministes, mais pour mieux les dénoncer. Ainsi, en septembre, il s’est fait largement l’écho du pamphlet antiféministe publié par Neil Lyndon, un Roch Côté britannique aux dents encore plus acérées.

Malgré tout, les femmes avancent en Grande-Bretagne. La série télévisée de l’heure cet hiver mettait en scène une détective et la pub affirmait de façon péremptoire : « Elle ne retournera pas dans sa cuisine. Vous ne voulez pas, et nous non plus. » Le message, qui éclatait à pleines pages dans le Times comme ailleurs, avait valeur d’un symbole bien agréable.

Josée Boileau rentre d’un séjour de quatre mois à Londres.

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