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Face au sida, nous avons encore beaucoup à apprendre sur notre propre vulnérabilité et sur celles des femmes atteintes. En Amérique du Nord et en Europe, la majorité des personnes infectées sont encore des homosexuels, mais sur la scène mondiale, avec 4, 7 millions de femmes atteintes, il ne fait aucun doute que le sida est une maladie transmise aussi par relations hétérosexuelles. Selon la Dre Catherine Hankins directrice du Centre d’études sur le sida de l’Hôpital Général de Montréal, au Québec actuellement, environ 1100 femmes sont infectées par le VIH et 900 d’entre elles sont de la région montréalaise. A Montréal toujours, 1 femme sur 591 qui accouchent est séropositive.

Le nombre de femmes infectées augmente-t-il? « Effectivement, nous voyons plus de femmes qu’avant, reconnaît le Dr Bruno Turmel de la Clinique de l’Alternative à Montréal, mais ce qui change, c’est que nous voyons de plus en plus de femmes qui ne se croyaient pas à risque. Elles sont hétérosexuelles, elles ne prennent pas de drogue, n’ont jamais fait de prostitution et elles se croient à l’abri. Mais un jour, elles apprennent qu’un de leurs anciens partenaires était toxicomane, ou bien en regardant un reportage à la télé, elles prennent conscience qu’elles ont eu quelques partenaires dont elles savent bien peu de choses. C’est ce qui va les amener à passer le test. »

Selon les données fournies par Catherine Hankins, le risque de transmission varie entre 1 sur 1000 et 1 sur 100 lors d’une relation vaginale avec un homme séropositif, risque qui croît en présence d’autres MTS comme la chlamydia et l’herpès. Mais malgré ces statistiques, on reste partagées entre l’insouciance et l’inconfort : d’une part, le sida touche encore peu de femmes, mais d’autre part, ça pourrait tout de même nous arriver.

Une fausse sécurité

Le cas des femmes homosexuelles est particulièrement éloquent à cet égard. « Elles ne se sentent pas concernées affirme Katherine Roston, directrice du Centre d’action sida Montréal (Femmes). Elles ferment les yeux sur le fait que la majorité d’entre elles ont déjà eu des relations avec des hommes, plusieurs ont fait usage de drogue et quelques-unes ont déjà eu des transfusions sanguines. »

Si, à prime abord, elles se sentent peu touchées, au moins sont-elles intéressées. Le Centre d’action sida Montréal offre des ateliers sur les MTS, le VIH et la sexualité. Chez les groupes de lesbiennes, il y a des listes d’attente pour y assister. Le manque d’information est flagrant.

Les pratiques sexuelles des femmes entre elles les mettent-elles réellement à l’abri de l’infection par le sida? D’après les médecins, à toutes fins utiles, elles ne courent pas de risques. Mais le degré de risque zéro n’existe pas. Selon Katherine Roston, il y a cinq cas documentés de femmes infectées par relations homosexuelles. « De plus, poursuit-elle, on ne peut pas se fier à ces statistiques, car lorsqu’une femme passe un test de dépistage, on ne lui demande pas son orientation sexuelle. »

Pour les lesbiennes qui ne se droguent pas ou qui ne sont pas bisexuelles, il y a risque de s’installer dans une fausse sécurité quand elles croient que le danger est pour les autres. « Quand on leur demande si une femme séropositive serait à l’aise de leur parler de son état, ça leur ouvre l’esprit » , rapporte Katherine Roston. Comme le dit si bien Pierrette Sauriol, psychologue travaillant au Comité Sida Aide Montréal (C-SAM) avec des femmes touchées par le VIH : « Le vrai risque, c’est de communiquer intimement avec l’autre. »

Qu’on soit homme ou femme, homosexuelle ou hétérosexuelle, la plus grande difficulté, c’est de parler de ces choses-là. On a beau disposer de tableaux fort explicites qui nous montrent comment passer d’une pratique à risque élevé (pénétration sans condom) à une pratique à faible risque (relations orales-génitales) ou opter pour la plus grande sécurité (masturbation mutuelle), le problème reste entier : comment « négocier ça » en situation amoureuse?

Le risque dans l’amour

Pour Pierrette Sauriol, tant que l’approche préventive se fera par la négative, en utilisant la peur, son effet sera limité dans le temps. « Le risque, c’est tout ce qu’il y a de plus humain, dit-elle. Si on est vraiment honnête, on se rend compte que c’est à peu près impossible de ne pas être à risque. On a tous en soi, hommes et femmes, une place où on est prêt à n’importe quoi pour aimer ou être aimé. Qu’on pense juste à l’expression « avoir quelqu’un dans la peau » . Ça dit tout. Il faut arrêter de parler de comportement à risque, le sida c’est une des nombreuses difficultés dans l’amour. C’est souvent l’histoire d’une difficulté de vie. » Cette psychologue s’identifie à ces femmes qu’elle accompagne, « parfaitement normales », souligne-t-elle. « Elles ont d’abord besoin de dire toute la colère qu’elles ressentent contre les hommes, colère qui, dans un premier temps, passe beaucoup dans le fait qu’elles ont été infectées, mais qui cache la colère sous-jacente de toutes les femmes contre les hommes, colère parce qu’on est différentes, parce que c’est pas évident de s’entendre dans sa sexualité, parce que c’est pénible de négocier le condom. Quand elles reconnaissent que oui, c’est difficile d’être une femme dans un corps de femme, de s’abandonner à ça, alors là elles découvrent le désir d’un amour véritable. Elles se trouvent enfin en paix avec leur besoin d’avoir un homme pour remplir leur vie.

« A partir de ce moment-là, poursuit-elle, elles peuvent faire tout un questionnement sur leur vie antérieure et regarder ce qui les a amenées là : pourquoi ai-je eu tant de partenaires?, pourquoi est-ce que je prends cette drogue? »

Une clientèle farouche

D’autres organismes offrent des groupes de soutien comme celui qu’anime Pierrette Sauriol. Toutefois, le problème est soit de rejoindre la clientèle, soit de la garder. Les femmes sidéennes ou séropositives hésitent à demander de l’aide. Andréa Doyle, travailleuse sociale au CLSC Métro, affirme qu’après un diagnostic positif, les femmes peuvent être quatre ou cinq ans sans donner de nouvelles.

Hélène Légaré, directrice de la maison Luc-Larivée, premier service d’hébergement réservé aux femmes, fait le même constat. « Nous avons dû louer un appartement à un homme dit-elle, parce qu’après trois mois, il n’y avait toujours pas de femme pour le louer. » Selon elle, les femmes se sentent coupables d’être malades, surtout si elles ont un enfant atteint; elles se confinent alors à leur milieu. « Certaines font des demandes de maintien à domicile et c’est à ce moment-là qu’on se rend compte qu’elles vivent isolées depuis des années, n’ayant jamais demandé de services. Elles ne viennent chez nous qu’en bout de course » , dit-elle. Le problème est d’autant plus crucial que lorsqu’une femme tarde à se faire traiter, elle compromet la qualité et la durée de sa survie.

En attendant d’avoir réuni la clientèle pour mettre un groupe sur pied, Andréa Doyle se concentre sur les rencontres individuelles. Sa clientèle est hétérogène. Certaines se sont beaucoup exposées à contacter la maladie, d’autres presque pas. Mais, qu’elles soient toxicomanes, prostituées, ou femmes trompées par leur mari, elles ont toutes des questions douloureuses à explorer, de leurs espoirs et leurs regrets jusqu’à la trahison ou la cruciale question des relations amoureuses.

Pour l’instant, les organismes montréalais que concerne directement la problématique des femmes et du sida se réunissent à tous les deux mois pour traiter de qualité des soins, de recherche, de problèmes psychosociaux. « On échange de l’information entre nous, dit Andrea Doyle, afin de briser notre propre isolement, dans l’espoir de parvenir finalement à rejoindre ces femmes »

En cas d’agression sexuelle test de dépistage nécessaire

La crainte d’avoir contracté le sida ou une autre MTS s’ajoute à la liste déjà longue des conséquences d’une agression sexuelle. Le cas de Margot B. qui demandait au tribunal l’automne dernier de forcer son agresseur à subir un test de dépistage du sida et de l’hépatite B, a amené le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) à prendre position sur cette question.

« A la suite d’un viol, si elle veut vraiment être rassurée, une femme n’a pas le choix, elle doit passer le test, même si ça vient ajouter encore au traumatisme de la situation, affirme Diane Lemieux, coordonnatrice du Regroupement. Le test de dépistage sur l’accusé n’élimine pas tous les doutes. » Un test négatif indiquerait simplement que l’accusé n’était pas contaminé il y a six mois. Par ailleurs, même positif, ce test ne dirait pas si la victime a été contaminée.

« Notre travail, c’est d’aider les femmes à passer au travers de toutes les conséquences d’une agression sexuelle, ajoute Diane Lemieux. Cela implique que nous devrons communiquer avec les ressources sur les MTS de notre région et les sensibiliser à ce que ça signifie d’être agressée sexuellement. ».

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