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Quelque 130 militantes féministes ont passé toute une fin de semaine à peiner sur des propositions très précises d’adhésion des membres, de répartition des votes, de représentation des régions, de définition de mandats. La Fédération des femmes du Québec (FFQ) écrivait son renouveau.

« Nous nous sommes donné des structures pour refléter nos nouvelles préoccupations, afin que ce ne soit pas seulement des mots dans le texte » , expliquait la présidente de la FFQ, Céline Signori, au terme de la fin de semaine.

Selon Mme Signori, après 27 ans d’existence, la Fédération a fait le choix concret d’attirer davantage de groupes de femmes et d’inviter particulièrement les femmes démunies économiquement ou celles qui subissent de multiples discriminations parce qu’elles sont immigrantes, autochtones, lesbiennes, handicapées ou membres de minorités visibles. Cette dernière décision marque un changement majeur dans l’orientation de la FFQ.

L’organisme, au fil des ans, avait perdu la force de frappe de ses débuts, quand Thérèse Casgrain, Simonne Monet-Chartrand et Monique Bégin l’avaient fondé en 1966. Son lobby était devenu fort discret, les finances allaient à vau-l’eau et le nombre de membres avait chuté de façon importante. La FFQ restait un organisme féministe, mais à côté des autres plutôt que directement en lien avec la diversité de plus en plus grande du mouvement des femmes. « Le Québec a changé depuis 27 ans et la mission de la FFQ devait être revue. Ce processus était très important si l’on voulait que la FFQ redevienne vivante et se renforce pour faire face au « backlash » actuel », expliquait Céline Signori.

D’où la volonté de la Fédération de cibler les femmes auprès desquelles il est prioritaire d’agir plutôt que de simplement représenter « le plus grand nombre de femmes possible », comme le précisait la mission d’origine. D’où aussi la volonté d’afficher la FFQ comme un « organisme de pression politique ». Le processus de redéfinition aura duré plusieurs mois. Lors de la tenue du forum « Un Québec féminin pluriel » en mai 1992, où le désir d’avoir un regroupement national de femmes a été exprimé-, l’élection, un mois plus tard, d’un nouvel exécutif majoritairement issu des groupes féministes les plus militants, marquèrent un tournant. Il s’ensuivit une remise en question totale de l’organisme, dont on n’excluait pas même la disparition.

Consultations, conseil général et colloque au printemps 1993 ont permis de s’assurer que la FFQ avait toujours sa place, tant pour les groupes de femmes que pour les féministes. « Qu’elles en soient membres ou non, les femmes voulaient que la FFQ soit ce mouvement rassembleur, un regroupement qui parle haut et fort, comme le National Action Committee le fait au Canada anglais », affirmait Céline Signori.

Le congrès d’orientation de novembre aura permis aux femmes réunies, membres et non-membres, de décider des modifications précises à apporter aux règlements de l’organisme. On a vu, par exemple, à assurer un équilibre entre les membres individuelles-qui traditionnellement dirigeaient la FFQ et les représentantes de groupes et on a aussi créé la nouvelle catégorie de « membres alliées ». Le tout sera entériné d’ici l’été 1994 par l’Assemblée générale annuelle.

Le comité de travail formé pour peaufiner les travaux du congrès a réservé l’un de ses huit sièges à une représentante d’un groupe « doublement discriminé ». Et le congrès a adopté une recommandation sur les démarches à mener auprès des femmes de groupes minoritaires pour négocier avec elles des mesures d’équité au sein de la FFQ.

L’ouverture aux régions, qui fut l’objet d’un important débat au congrès, semble assurée d’un meilleur départ. Parce que le Québec ne se limite pas à Montréal et à la capitale, il était très clair pour toutes que la présence régionale doit être très forte afin que la FFQ jouisse d’une large représentativité. Plutôt que de mettre sur pied une structure régionale propre à la FFQ, les déléguées au congrès ont décidé d’inciter les tables régionales de groupes de femmes à devenir membres de la Fédération. « Certaines ne demandent que ça. Et pour nous, le lien avec les régions, surtout les plus éloignées, est un enjeu majeur qui déterminera l’avenir de la Fédération et fera en sorte que notre mission ne restera pas théorique » , concluait Céline Signori.

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