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La ligne de vie des Québécoises, du ba-be-bi-bo-bu de l’école jusqu’aux bobos de la vieillesse. Productrices agricoles ou architectes, elles ont étudié dans un établissement reconnu. Citadines, elles vivent leurs amours sur différents modes et la moitié d’entre elles donnent naissance à leur enfant sans être mariées. Elles ont eu l’embarras du choix quand elles ont rencontré leur chum, qui commençait tout juste à goûter aux joies du célibat après son divorce. Ces femmes de l’ère postmoderne, d’où viennent-elles? De la Suède, du Danemark? Pas nécessaire d’aller si loin. Elles sortent tout droit d’une étude du Conseil du statut de la femme. Les Québécoises déchiffrées, qui paraîtra sous peu, trace la ligne de vie des Québécoises, du ba-be-bi-bo-bu de l’école jusqu’aux bobos de la vieillesse.

Le Québec se décline au féminin car, en 1991, on comptait 3. 518. 295 femmes et 3. 377. 675 hommes. Après Montréal, où vivent plus du quart des Québécoises, c’est dans les régions de la Montérégie, de Québec et de la Mauricie-Bois-Francs qu’on trouve le plus de femmes.

« Il n’y a plus d’hommes », déplorent nos copines célibataires. Pourtant, à l’échelle du Québec, les femmes sont proportionnellement moins nombreuses que les hommes parmi les personnes seules de 20 à 44 ans. D’où vient donc cette soi-disant pénurie d’hommes? Il faudrait bien que Jannette Bertrand pose la question à Guy Corneau un jour…

Des bûcheuses, aux études comme au travail

Plus scolarisées qu’il y a vingt ans, les femmes accumulent les succès, du secondaire jusqu’à l’université. Même si une sur quatre quitte l’école secondaire sans diplôme, les filles décrochent moins que les garçons. D’autre part, le nombre de diplômées a plus que triplé au collégial, comme à l’université.

Si bonnes élèves soient-elles, les femmes n’ont pas la partie facile lorsqu’elles arrivent sur le marché du travail. Selon qu’elles soient diplômées du collégial ou du secondaire, elles gagnent de 90 $ à 50 $ de moins que les hommes par semaine.

Depuis le début du siècle, la proportion des femmes dans la main-d’œuvre n’a pas cessé de grimper pour atteindre 44, 4% en 1993. Cependant, concentrées dans quelques groupes professionnels, elles sont surtout employées de bureau, travailleuses spécialisées dans les services ou travailleuses de la santé. Néanmoins, on peut espérer qu’un jour, on rencontrera sa banquière plutôt que son banquier. Entre 1981 et 1991, les femmes ont investi le groupe traditionnellement masculin des directeurs, gérants et administrateurs, enregistrant une hausse de 164, 3% . Durant la même période, elles ont aussi envahi d’autres fiefs masculins : le nombre de travailleuses en sciences naturelles, en génie et en mathématiques a augmenté de 122% .

Va-t-il falloir transformer les deux dernières semaines de juillet en « vacances des filles de la construction »? La proportion de femmes a gagné 4 points de pourcentage dans le secteur de la construction, pour atteindre 12%, tous types d’emplois confondus. Quant au secteur de l’agriculture, il compte désormais 33% de femmes, comparativement à 22%, il y a dix ans.

En 1993, la majorité des femmes en emploi étaient des salariées et se retrouvaient principalement dans le secteur privé. Fait à noter, le marché force les travailleuses autonomes à avoir le vent dans les voiles : de 1986 à 1991, leur nombre a fait un bond de 60% . En matière de travail, les changements enregistrés par les femmes sont pour le moins spectaculaires.

Mais elles ne connaissent pas que des succès. Ainsi, le travail à temps partiel demeure une affaire de femmes, plus exactement pour le quart de celles qui détiennent un emploi. Dans plus de 40% des cas, c’est évidemment un boulot à temps plein qu’elles auraient voulu trouver.

Par ailleurs, les femmes héritent plus souvent qu’à leur tour de la fièvre du petit dernier ou des problèmes de garderie. Sur une semaine normale, elles sont donc deux fois plus susceptibles que les hommes de s’absenter du travail pour des obligations personnelles ou familiales.

Les Québécoises se sortiraient mieux que les hommes de la récession : elles acceptent davantage qu’eux des emplois précaires, à temps partiel et peu rémunérés. Leurs secteurs traditionnels d’activité étant moins affectés, le taux de chômage des femmes était inférieur à celui des hommes en 1993, alors que, jusqu’en 1990, il lui avait été supérieur pendant des années.

La vie privée

Les Québécoises sont les championnes de l’union libre qui, en 1991, ralliait une conjointe sur cinq. Comparativement au reste du Canada, le Québec se distingue, car plus de 40% des couples ayant choisi l’union libre y résident. Le nombre de couples mariés a chuté de moitié entre 1970 et 1992, et si la tendance se maintient, seulement 38% des femmes célibataires se marieront avant l’âge de 50 ans. La première cause du divorce étant le mariage, le nombre de divorces diminuera forcément dans l’avenir.

Etre femme signifie encore pour la majorité être mère. Soixante-dix-sept pour cent des Québécoises peuvent s’attendre à avoir au moins un enfant durant leur vie féconde. Conséquence de la popularité de l’union libre, dans presque la moitié des cas, ces enfants naîtront hors des liens du mariage.

On associe, avec raison, la monoparentalité aux femmes puisqu’elles forment 81% des quelque 270 000 parents seuls du Québec. Ce qu’on sait moins, c’est que la proportion des 49 000 pères seuls avec au moins un enfant de 6 à 14 ans ou dont tous les rejetons ont de 15 à 17 ans, est supérieure à celle des femmes dans la même situation.

Quoi qu’il en soit, la recherche de Louise Motard et de Lucie Desrochers révèle que, bien souvent, les Québécoises d’aujourd’hui vivent leur vie de couple et élèvent leur famille d’une façon que leur mère n’aurait même pas pu imaginer.

Les dessous de la carte-soleil

Les habitudes de vie des femmes dénotent une préoccupation pour leur santé : elles boivent moins que les hommes et fument moins qu’eux (l’écart tend cependant à diminuer). En outre, même si trois femmes sur quatre souhaitent perdre du poids, plus de la moitié des Québécoises affichent un poids normal. Leur recours plus fréquent aux services médicaux est relié en partie à des événements naturels de leur vie (grossesse, accouchement, ménopause) et à leur longévité.

Certes, l’espérance de vie à la naissance des Québécoises nées en 1991 est de 80, 6 ans. Mais l’augmentation de la durée de vie moyenne des femmes s’accompagne d’une hausse des maladies chroniques et des problèmes d’incapacité. Fort souvent, leur conjoint ne pourra pas soigner leurs bobos, l’espérance de vie des hommes en 1991 étant de sept ans plus courte que celle des femmes. L’avantage pour les femmes de vivre plus longtemps que les hommes est donc atténué : les années en surplus ne sont pas toujours de belles années.

Les Québécoises sont sur-représentées dans trois types de maladie : l’arthrite et les rhumatismes, les troubles mentaux et les maux de tête. En dépit de l’attention qu’elles portent généralement à leur santé, elles ne sont pas toujours récompensées pour leurs efforts. La plupart des femmes doivent s’en remettre aux bons soins d’un cardiologue ou d’un cancérologue. En effet, chez elles, les maladies de l’appareil circulatoire et le cancer sont les deux principales causes de décès. Entre 45 et 64 ans, les cancers de la trachée, des bronches et des poumons frappent mortellement la même proportion de Québécoises que le cancer du sein, soit 13% . Si ce dernier cancer a connu une légère baisse depuis 1972, celui des poumons, en revanche, est monté en flèche. En raison de l’augmentation du tabagisme chez les femmes, cette tendance devrait se maintenir encore pour plusieurs années. C’est ainsi qu’après avoir vécu d’une façon que leur mère n’aurait pas pu imaginer, les Québécoises meurent des suites d’une maladie que leur grand-mère n’aurait même pas pu concevoir. Conseil du statut de la femme, Les Québécoises déchiffrées-Portrait statistique, rédigé par Louise Motard et Lucie Desrochers, Les Publications du Québec. 1995.

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