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Tout un art : savoir donner, recevoir et se faire des compliments!

L’autre jour, le responsable de la salle de presse m’a annoncé qu’il était impressionné par mes prestations et je me suis mise à rire, mais à rire… raconte Florence Aussenac, bénévole à la radio communautaire montréalaise CIBL. Ça fait plaisir de se faire dire par un expert qu’on correspond exactement à ce à quoi on s’attend de nous! »

« Les compliments, comme le sourire, sont communicatifs, ajoute la jeune femme. C’est une forme d’élégance dans la relation, une politesse du cœur à ne pas négliger ». Selon la psychologue Diane Dulude, un compliment a deux effets : il rehausse l’estime de soi, le sentiment d’être aimable et aimé; il augmente par ailleurs la confiance en soi et le sentiment d’être capable.

Dans la vie privée, les compliments, même si on a tendance à les oublier dans la routine quotidienne, font partie de la qualité des relations. Lorsque l’homme qu’elle aime déclare : « Tu es resplendissante ce matin », Florence démarre sa journée sur les chapeaux de roue! Inès Suarez, étudiante à temps plein en travail social à l’UQAM, trouve qu’elle a de la chance; son conjoint et ses trois adolescents remarquent les attentions qu’elle a pour eux et ne manquent jamais de la remercier. « Ca fait partie de l’éducation; j’ai toujours répété à mes enfants de dire merci. Moi-même, je souligne les bonnes notes et les efforts pour ranger leur chambre. Et j’aime faire plaisir avec un compliment inattendu ».

Sur le plan professionnel, les compliments sont un puissant renforcement positif qui stimule la motivation du personnel, la performance et la fidélité à l’entreprise. « Reconnaître le travail accompli constitue une récompense très appréciée, estime Lise Marion, psychologue industrielle chez Kraft. Les gestionnaires ne prennent pas toujours le temps de dire quand ça va bien, mais lorsque ça va mal, on le sait! Or, la dynamique est toujours meilleure lorsqu’un patron sait encourager ses employés et souligner le travail bien fait. On constate moins d’amertume; les gens ont envie de se dépasser ».

Mode d’emploi

« Les meilleurs compliments sont simples, sincères et donnés à bon escient, assure Lise Marion. Si on met du crémage sur le gâteau et de la crème fouettée par-dessus, les compliments cachent autre chose ». « La flatterie fonctionne un temps, mais en général, les gens ne sont pas dupes à long terme », juge Jacques T. Godbout, sociologue et auteur de L’esprit du don.

De petits compliments prodigués, de façon régulière et directe, ont davantage de portée qu’une évaluation annuelle positive. Des compliments continuels perdent cependant de leur valeur.

On peut raffiner le merci en personnalisant les compliments et surtout en entrant dans les détails. « Au lieu de dire : « Bravo, vous avez fait du bon travail », je félicite Marie d’avoir pensé à inviter le maire, Odette pour les affiches punchées , Christiane pour les délicieux sandwiches », dit France Cormier, directrice générale du Centre d’action bénévole de la région de Shawinigan.

Certaines personnes éprouvent de la difficulté à émettre un commentaire positif parce qu’elles ont l’impression que complimenter, c’est exprimer des émotions. Or, pour Lise Marion, analyser la qualité du travail accompli et la reconnaître n’a rien d’émotif; c’est une action des plus rationnelles.

Dans la mesure du possible cependant, éviter de joindre systématiquement un commentaire négatif à un compliment pour ne pas en annuler l’effet. Les critiques, elles, sont d’autant mieux acceptées qu’elles concernent un point précis, qu’on nous donne des outils pour nous améliorer. Nombreuses sont les femmes qui se sentent visées personnellement lorsqu’on leur fait une critique. « Il est essentiel d’établir la différence entre ce qu’on fait et qui on est », explique Diane Dulude. « Une personne qui a une bonne estime de soi peut même accepter une critique négative non justifiée en se disant qu’elle a fait de son mieux; elle ne remettra pas sa valeur en question et ne doutera pas d’elle ».

Recevoir un compliment

« Lorsque je reçois un compliment… je le prends très bien! Je réponds : « Je te remercie; je trouve ça l’fun que tu me le dises! », raconte France Cormier. Inès Suarez, quant à elle, apprécie particulièrement les compliments qui concernent des situations où elle a eu à relever un défi. « Je me demandais si j’arriverais à réaliser un projet dans le cadre du cours le plus difficile. Le jour où le professeur m’a dit que le sujet choisi et la façon dont je l’avais traité étaient excellents, je rayonnais! »

« Je suis plus d’une fois sceptique face à des félicitations, avoue Valérie Reuillard, de Sillery, journaliste et professeure au Centre de formation en environnement du Québec. Ca doit être une question d’exigence. Lorsque je vais bien, les compliments, je les crois plus ou moins, l’intransigeance prend le dessus. Mais lorsque ça va moins, ils me font un bien fou! » Les Québécoises ont davantage appris à donner qu’à recevoir. La réaction aux compliments et à la reconnaissance viendrait de notre éducation. Les petites filles à qui on disait autrefois : « 80%, c’est bien, mais tu aurais pu avoir 90% ! » deviennent des femmes qui pensent qu’elles auraient toujours pu faire mieux.

Qui n’a pas répondu à un compliment sur sa toilette : « Oh, mais j’ai cette robe depuis huit ans, et je l’avais payée trois fois rien… » ? Pour Jacques T. Godbout, il est normal de répondre de cette manière. « C’est reconnaître que le compliment ne nous monte pas à la tête. C’est un peu comme recevoir un cadeau et s’exclamer : « Tu n’aurais pas dû! » Cela ne signifie pas qu’on n’apprécie pas le cadeau; au contraire! Il faut prendre cette réaction au deuxième degré ».

Diane Dulude, par contre, trouve qu’on dévalorise son image en répondant : « Je n’ai pas grand mérite ». Pour la psychologue, la meilleure réaction consiste à remercier l’auteur du compliment et à prendre le temps de recevoir et d’intérioriser ce qui est exprimé, de profiter du plaisir que le compliment procure. « Et pourquoi pas en remettre un peu : « Merci, et qu’avez-vous aimé en particulier? » La personne va en dire plus… et cela fera encore davantage plaisir! », soutient Diane Dulude.

Faire valoir ses qualités

« Si j’ai fait un bon coup, j’en parle à mon supérieur, dit Chantal Veillette, directrice des ventes chez Sun Life du Canada à Trois-Rivières. Je ne me prends pas pour une autre, mais j’en parle, comme de mes erreurs ». Valérie Reuillard a le succès plus modeste. « J’ai davantage tendance à me critiquer qu’à me vanter. Je parle de mes bons coups à deux ou trois amies de longue date. Face aux autres, je les tais ».

Le compliment augmente la confiance en soi et suscite de l’assurance.

Lorsqu’on ne reçoit aucune reconnaissance pour le service rendu ou le travail accompli, il ne faut pas hésiter à tendre la perche. « On peut donner à l’autre l’occasion de manifester sa satisfaction, suggère Jacques T. Godbout. Sans l’y obliger, sinon les compliments perdent toute valeur! Et sans travailler uniquement pour la reconnaissance, ce qui nous décevra d’office, à long terme ». « L’homme qui a réussi n’éprouve en général pas de gêne à aller trouver son patron : « Pis, c’est un bon travail, hein! » , constate Diane Dulude. Par contre, plusieurs femmes qui ont intériorisé une éducation de type « Ce n’est pas beau d’être orgueilleuse », « Arrête-donc de te vanter! » éprouvent davantage de difficultés à faire valoir leurs qualités. »

Selon la psychologue, les gens ont tendance à sauter la dernière étape de la stratégie de résolution de problème que constitue l’évaluation. « Se dire : « J’avais ça à faire; j’ai réussi », en éprouver de la satisfaction, en parler avec d’autres, aller prendre un pot pour fêter l’événement suscite une énergie des plus stimulantes ». Le sentiment de compétence et la confiance en soi en ressortent gonflés à bloc. « On sait se critiquer mais il faut aussi parfois s’encourager et se féliciter! », conclut Florence Aussenac qui a appris, au fil des ans, à s’autocomplimenter.

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