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Ils ont fait des petits et ils ont goûté au bonheur d’être « plus qu’un simple passant dans la vie de leur enfant». Souhaitons que ce soit maintenant leurs témoignages qui « fassent des petits » pour nous permettre d’être plus nombreuses à profiter d’un meilleur partagé des tâches et des responsabilités.

Mario est devenu acrobate, Normand et Sylvain, récidivistes. Jean se définit plutôt comme un bon vivant pratico-pratique, tandis que l’autre Mario joue à l’extra-terrestre.

Leur point commun? Des sourires dans la voix lorsqu’ils parlent de leur congé parental. Et des rires quand on leur demande s’ils se sont ennuyés de leur travail. Tous ont témoigné lors de l’enquête sur le congé parental menée par le Conseil du statut de la femme à l’automne 1994. On voulait ainsi connaître leurs motivations, l’influence du congé sur le partage des tâches, ses conséquences financières, la perception de leur entourage et les conditions de leur retour au travail.

Un partage des tâches moins traditionnel étant déjà de mise pour la plupart d’entre eux, le congé n’a guère bouleversé leur perception des responsabilités familiales et domestiques. N’était la quasi incontournable cure d’amaigrissement du portefeuille qui les fait tiquer à divers degrés, tous semblent d’accord avec le principe de la réduction du temps de travail. Ainsi, estiment-ils, on donnerait plus d’ouverture sur le marché du travail aux femmes et aux jeunes. . . tout en permettant aux hommes de mieux profiter des joies de la famille. Bref, de l’ensemble de leurs réponses ressort un constat évident : ils ont a-do-ré leur expérience!

De l’acrobate à l’extra-terrestre

Avec l’arrivée simultanée de Benjamin, Jérémie et Nicholas, Mario Hould, de Victoriaville, n’a eu d’autre choix que de « prêter main forte à sa conjointe » (sic), Sylvie Carrier. Malgré les cours de puériculture et l’aide du CLSC, faire boire trois bébés relève davantage de l’acrobatie que du simple sport. «Dix semaines de congé, ça n’est pas assez», précise ce père de 34 ans qui, à l’arrivée de ses fils, avait déjà une Émilie de trois ans. « Les pères de jumeaux devraient en avoir 15 et ceux de triplés de 20 à 30! Sans blague. Ça passe tellement vite! » Heureux de ne pas avoir eu de problèmes lors du retour au travail (36 heures réparties sur quatre jours), il estime que le congé permet au père d’être « plus qu’un simple passant dans la vie de ses enfants».

Le « récidiviste » Normand Therrien, 39 ans, de Sainte-Dorothée, rêvait lui aussi d’un contact étroit avec sa femme et son garçon, dès le stade du « petit mousse au nombril pas encore sec». Un premier congé de quatre mois l’a convaincu d’en prendre un second, même si son patron lui a reproché d’avoir surchargé ses collègues de travail. « Les premiers sourires, les premiers « ga-ga-ga». . . la majorité des pères ne voient pas ça! C’est dommage : côté rapports humains, c’est l’expérience la plus riche que j’aie jamais vécue! », souligne-t-il. Néanmoins, lorsque l’allergie du couple à la garderie pour un bébé trop jeune s’est manifestée, ils ont choisi de « garder temporairement » la mère à la maison, quitte à ce que le père travaille un peu plus pour compenser le manque à gagner.

Évaluation tout aussi favorable de son expérience-dix sur dix! -pour Sylvain Légaré, 31 ans, de Sainte-Agathe-des-Monts. «Ma femme, propriétaire de son entreprise, ne pouvait prendre bout à bout un congé de maternité et un congé parental, explique-t-il. Et moi, je le voulais. Une fois pris le rythme du bébé, ça va bien, même si c’est contraignant. L’expérience permet de l’aimer davantage, de nous sentir plus important pour lui. En réalité, ça ne fait pas longtemps que Claire lui donne son bain! » Lors de la récidive, prévue pour le début 1996, Sylvain souhaite étaler ses dix semaines sur une plus longue période. Il veut ainsi se prémunir contre le drôle de sentiment auquel il a eu à faire face au retour du premier congé : sans qu’il y ait eu de conflit avec son patron, son espace semblait avoir quelque peu rétréci, un collègue ayant eu, par la force des choses, l’occasion de se faire valoir. . .

Hédoniste pratico-pratique et pratiquant, Jean M., 32 ans, a lui aussi voulu retarder le moment de conduire son enfant à la garderie, tout en se « payant du bon temps», pendant que son épouse, professionnelle à son compte, reprenait le travail. Le congé de trois mois lui a paru d’une durée raisonnable et le fait que l’employeur compensait pour le manque à gagner lié aux prestations de chômage n’a certes pas nui au plaisir qu’il a pris à cette expérience. «Je me suis trouvé tellement privilégié que j’aurais été très heureux de recommencer à l’arrivée de notre second bébé», souligne-t-il. «Mais la situation professionnelle de ma conjointe, combinée à mes nouvelles responsabilités au travail, a malheureusement constitué un obstacle infranchissable».

Si ces pères ont pu obtenir à la fois le soutien de leur conjointe, de leur famille et de leurs amis proches, il n’en a pas toujours été de même avec l’employeur ou les collègues, et ce, même s’ils se prévalaient simplement des possibilités offertes dans leur convention collective de travail. Ainsi, certains confrères de Jean, plus âgés que lui, ne semblaient pas comprendre ses motivations. «Mais leurs remarques selon lesquelles ils n’avaient pas eu droit à ça m’ont fait supposer qu’il y avait peut-être aussi un peu de jalousie dans leur attitude».

Quant à Mario Labbé, 29 ans, qui vit maintenant à Amos, il a senti que certains hommes le considéraient comme un extra-terrestre. C’est une offre d’emploi adressée à sa compagne Chantal qui l’a amené à se prévaloir du congé. Lui aussi aurait bien recommencé à l’arrivée du second bébé; mais, entre-temps, Chantal avait ouvert une petite garderie et, de ce fait, lui avait « volé son travail». Plus proche de Frédérique, deux ans et demi, que de son fils Marc âgé de neuf mois, Mario se sent un peu « comme un satellite en orbite autour du duo Chantal-Marc. J’ai gardé un souvenir impérissable du temps passé avec ma fille, qui a favorisé la création d’un lien solide qui va durer toute la vie. Il m’a aussi permis de remettre la mienne en perspective. Et il y a même l’idée d’un troisième dans l’air. . . » Pour ce couple, l’humain importe plus que le matériel : «Une auto neuve perd de la valeur la première année; un enfant en gagne. Quiconque souhaite ne pas perdre les vraies valeurs de vue devrait profiter de l’occasion pour se remettre les pieds sur terre». Aussi, devant les copains qui se montraient un rien sarcastiques, se disait-il souvent que l’extra-terrestre n’est peut-être pas celui qu’on pense. . .

Pour l’expansion des oiseaux rares

Comme nous l’indiquent, à plusieurs signes, nos pères-témoins, fort représentatifs au demeurant des résultats de l’enquête du Conseil du statut de la femme, les hommes qui prennent un congé parental ne vivent pas, comme on aurait pu le penser (ou le souhaiter? ! ), un renversement des rôles sexuels. De toute évidence, leur conjointe demeure le parent principal. Néanmoins, en faisant le choix de renoncer temporairement à leur emploi pour s’engager dans le quotidien de la famille, ils font une entorse majeure (et indélébile, nous soulignent-ils) au rôle traditionnel de pourvoyeur.

Un changement qu’on ne doit pas mésestimer, même s’il se fait. . . à dose homéopathique! En effet, entre octobre 1992 et octobre 1993, 1925 Québécois ont commencé à recevoir des prestations pour congé parental contre 43. 728 Québécoises.

Parce que le CSF est convaincu qu’un recours au congé parental mieux partagé entre les parents est porteur de plus d’égalité entre les hommes et les femmes en plus de favoriser la conciliation travail-famille, il a pris soin de proposer quelques pistes pour l’améliorer et pour susciter un rapprochement entre les hommes et les enfants.

Le Conseil du statut de la femme suggère notamment d’augmenter le taux et la durée des prestations et, à l’instar de la Suède, de réserver aux pères une portion du congé. S’adressant au milieu du travail, le Conseil recommande aussi de créer des conditions favorisant la prise du congé par les pères : il indique nommément la limitation du temps supplémentaire et le remplacement du personnel en congé. Enfin, le Conseil souligne la nécessité d’une meilleure information sur la question, particulièrement auprès des hommes; les cours prénatals pourraient constituer un véhicule de choix à cet effet.

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