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L’économie ne pourrait rouler sans le travail non rémunéré. Pourtant, les statistiques demeurent muettes. Mais plus pour longtemps…

Pour la première fois, lors du recensement du Canada qui se déroulera d’un océan à l’autre ce printemps, trois questions seront consacrées à mesurer la valeur du travail non rémunéré. Quand on connaît l’engagement tenace de l’Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFÉAS) en vue de la reconnaissance du travail non rémunéré des femmes, on imagine la satisfaction de Mme Jacqueline Nadeau, présidente de cette organisation.

« En rendant visibles toutes les facettes de la contribution des femmes, en accordant une valeur équivalente au travail rémunéré et non rémunéré, on franchit un pas important. Pour nous, c’est l’aboutissement de nombreuses années de consultations et d’échanges avec Statistique Canada, d’une part et, d’autre part, des groupes de femmes, dont la Coalition Work is Work à laquelle nous participons, et Condition féminine Canada. Bien sûr, tout n’est pas gagné. Par exemple, la formulation des questions n’est pas comme nous l’aurions souhaité, entre autres parce qu’elle ne permet pas de rendre compte du chevauchement des tâches, tellement fréquent dans le travail domestique et les soins aux personnes. De même, on ne doit pas s’attendre à ce que le travail non rémunéré soit intégré dorénavant au produit national brut : au préalable, il faudrait avoir complètement revu notre vision de l’économie. Mais c’est tout de même une première étape majeure » .

Pour Mme Nadeau, il ne fait pas de doute que les données ainsi recueillies révéleront avec une acuité inégalée que l’investissement en travail de l’un et l’autre sexe n’est pas payé de retour dans des proportions correspondantes au moment du partage des richesses. Ce tableau plus clair des iniquités entre les sexes donnera un meilleur appui pour revendiquer une reconnaissance tangible de la contribution non rémunérée des femmes. Cela pourrait se traduire, selon la présidente de l’AFÉAS, par l’accès à un régime de retraite ou d’assurance-accident en proportion de la contribution à l’économie, marchande et non marchande. De même, en systématisant la collecte de données sur les tâches effectuées par les femmes hors du marché du travail, on pourrait soutenir la reconnaissance des acquis expérientiels et faciliter d’autant le passage au marché du travail.

En introduisant des mesures du travail non rémunéré dans ses outils statistiques, le Canada fait figure de pionnier. Et non seulement s’y engage-t-il, mais il s’en est même fait le propagandiste au plan international. Déjà, en 1993, le gouvernement canadien prenait l’initiative d’une Conférence internationale sur la mesure et l’évaluation dont l’un des objectifs était justement de s’entendre sur une méthode de collecte et de compilation du travail non rémunéré. De plus, lors de la Conférence de Beijing, la délégation canadienne a été des plus actives pour que soit intégré au Plan d’action un engagement des pays à se donner des moyens de comptabiliser le travail des femmes pour en connaître et reconnaître plus justement la valeur. La question n’est pas anodine : selon des estimations rendues publiques à Beijing, la valeur du travail non rémunéré atteindrait 13 milliards de dollars par année. De ce montant faramineux, 11 milliards seraient imputables au travail des femmes. Et pendant ce temps, elles continuent de mourir, avec leurs enfants, des conséquences de la pauvreté…

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