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Comment se débrouillent les hommes qui vivent aux cotés d’une femme de la scène publique? La Gazette des femmes a poussé la curiosité jusqu’à interviewer deux volontaires.

« Monsieur » Diane Lemieux

Des femmes comme elle, ça discute bien, ça avance des arguments solides, c’est intense. Pour vivre à leurs côtés, faut être « fait fort »! » « Elle », c’est Diane Lemieux, présidente du Conseil du statut de la femme. Lui, Jocelyn Aubut, son conjoint depuis cinq ans, est chef du Département de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire de Montréal.

Jocelyn Aubut est certainement un roc. Il partage en effet la vie d’une femme qui est non seulement médiatisée, mais qui s’avère aussi une féministe des plus convaincues. La situation ne semble pas perturber le moins du monde le psychiatre. Il a pu, il est vrai, s’adapter progressivement. « Lorsque nous nous sommes rencontrés, Diane était présidente des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel du Québec. Elle était connue certes, mais moins que maintenant. » Reste qu’au départ personne n’aurait donné cher de ce couple en apparence antinomique. « Mon champ d’intervention est le traitement des agresseurs sexuels. Le « défenseur des agresseurs » avec la « chef des victimes »! Nous avons vite réalisé de part et d’autre que tel n’était pas le cas. J’ai immédiatement aimé la grande ouverture d’esprit de Diane ».

Tout de même. « Si ta sécurité personnelle est liée au respect de certaines conventions sociales, tu n’iras pas loin en affaires avec une femme en vue comme elle, juge d’expérience Jocelyn Aubut. Diane est, par exemple, régulièrement retenue ailleurs les fins de semaine. Si je me disais : « Elle n’est pas encore là ce week-end. Mon doux!, elle ne m’aime pas », je serais très malheureux. Il faut avoir des assises solides. Et ne pas être effrayé de se faire brasser dans ses convictions. Cela me convient parfaitement ».

L’amoureux de madame n’échappe pas aux blagues de gars. « Ta femme est présidente du Conseil du statut de la femme? Oh boy! Elle doit vouloir tout mener à la maison! » Sauf qu’une fois franchie l’étape des farces plates, certains me disent avoir déjà lu des articles que signe Diane et apprécié ses positions modérées, son bon sens. Si Diane était une intégriste du mouvement des femmes, nous ne serions pas ensemble. Son féminisme n’est pas obtus ».

Tout n’est pas rose tout le temps bien sûr. « Nous discutons beaucoup, nous confrontons nos visions de la vie avec conviction! Mais ce dialogue est enrichissant. Il me plaît d’autant plus que j’ai deux enfants. J’aime qu’ils aient sous les yeux un modèle de couple où l’homme et la femme sont engagés chacun de leur côté, défendent des points de vue parfois diamétralement opposés mais tolèrent la différence. »

Il faut le dire, le spécialiste jouit lui aussi d’une renommée en béton, y compris à l’échelle internationale. Ce qui n’explique quand même pas tout, au contraire. « Nous pourrions tomber dans le piège de la compétition, pense Jocelyn Aubut. Craindre que l’autre soit plus connu, plus sollicité que soi… Nous ne sommes pas dans ce registre. Peut-être est-ce dû en partie au fait que j’ai 47 ans? Mon ego trip, je l’ai fait avant. Je suis rendu ailleurs. »

Jocelyn Aubut parle d’admiration réciproque. « Un ciment indispensable dans tous les couples. » S’il n’a aucunement l’impression d’être « M. Diane Lemieux », il est par contre très, très fier de sa belle. « Mais ne l’écrivez surtout pas. J’aurais l’air de l’affreux mari paternaliste fier de sa p’tite femme. Que penseraient de moi les féministes? »

« Monsieur » Mélanie Turgeon

« Oublie ça, Mel. Jouer le chum de la vedette, ça m’intéresse pas. » Jean-Phillippe Roux, le conjoint de Mélanie Turgeon, n’a pas mis de gants blancs quand la skieuse olympique lui a suggéré une première fois d’aller plus loin dans l’engagement mutuel. Ce jeune homme de 26 ans n’a pourtant rien d’un complexé, encore moins d’un petit macho. « Pour comprendre mes réticences, il faut connaître le genre de cirque médiatique qui entoure les athlètes de haut niveau, raconte-t-il. Les journalistes, les chasseurs d’autographes, les longs jours loin l’un de l’autre, il faut s’assurer d’être bien armé pour endurer tout ça. Et puis je supportais mal l’idée qu’on me jugerait comme un de ses petits amis qui ne cherchent au fond qu’à s’approprier un peu de sa gloire. » Mais, bon, il a fini par se jeter à l’eau après que Mélanie fut revenue à la charge. « Il faut dire que lorsqu’elle a quelque chose en tête… »

Il faut ajouter que, sous des allures cartésiennes, Jean-Philippe adore sa Mélanie. Il n’y a qu’à voir la finesse psychologique avec laquelle il parle de sa blonde pour se convaincre qu’il a bien pris le temps de la connaître et de la respecter. « Mélanie me fait penser à un petit bélier. Sa première réaction devant un obstacle, c’est de se lancer tête première. Moi, qui suis d’une nature plus posée, je l’amène souvent à y aller d’une seconde réflexion avant de foncer dans le tas. Mais je dois faire attention de ne pas freiner cette formidable énergie qui l’habite et qu’elle sait communiquer à son entourage. »

Si Jean-Philippe ne regrette pas un instant d’avoir choisi, voilà deux ans, d’habiter avec Mélanie une jolie maison dans la banlieue de Québec, il n’en a pas moins réalisé que ses appréhensions du début n’étaient pas tout à fait sans fondement. « Il arrive parfois, dans des réceptions ou des événements médiatiques, que des gens qui passent leur vie à chercher la compagnie des célébrités agissent d’une façon méprisante avec moi. Vous savez le genre « tasse-toi le nobody que je parle à Mélanie. » En général, ce n’est pas une très bonne stratégie, car, aussitôt que Mélanie pige le manège, ce sont eux qui se font tasser ».

Jean-Philippe est ingénieur-géomaticien et mène sa carrière avec succès. Loin de lui porter ombrage, la renommée de sa blonde serait plutôt de nature à le stimuler. « Pas parce que je veux l’égaler de quelque façon que ce soit, mais plutôt parce que ça crée une atmosphère de vainqueur dont je bénéficie. Ce ne serait peut-être pas pareil, je le reconnais, si nous faisions la même chose. » Dans le couple Roux-Turgeon, c’est Jean-Philippe qui incarne la stabilité. « Avant qu’on s’installe, Mélanie vivait un peu comme une apatride, toujours dans les bagages et se souciant peu d’avoir un foyer bien à elle. Le ski, c’était sa vie, toute sa vie. Maintenant, elle découvre le plaisir de décorer un intérieur, de relaxer à la maison, de faire des pique-niques. J’y vois là des éléments de maturité. »

Quand on aborde la question de la disparité salariale dans le couple, Jean-Philippe admet que certaines interrogations surgiront vraisemblablement un jour. Car si Mélanie atteint ses objectifs olympiques, ce dont il ne doute pas une seconde, elle sera probablement très riche avant l’âge de 30 ans. Selon lui, il aura bien eu alors quelques promotions, mais rien pour égaler les sportdollars. « C’est pas de ma génération de me sentir moins bon parce que je gagne moins, mais ce serait irréaliste de nier qu’il faudra qu’on s’adapte. Mais tout ça reste hypothétique. L’important pour l’heure, c’est que Mélanie conserve le plaisir de skier, le goût de gagner et cette façon de mordre dans la vie qui me plaît tant. » Il y a cependant un dernier petit irritant auquel Jean-Philippe a du mal à s’habituer. « Ce n’est pas méchant de leur part, mais certaines personnes font l’erreur de m’appeler M. Turgeon. Ça énerve Mélanie autant que moi! »

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