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Dans le monde du sport, on dit souvent qu’il est plus difficile de conserver la première place que de la conquérir. Tawney Meiorin serait probablement d’accord. Sauf que, dans son cas, il ne s’agit pas de la première place, mais de SA place : un emploi comme pompière forestière au ministère des Forêts de la Colombie-Britannique.

On n’avait pourtant rien à lui reprocher, à Mme Meiorin. Quarante-neuf secondes ont suffi pour qu’elle perde son boulot. Quarante-neuf secondes, c’est le temps qui lui manquait pour terminer la course de 2,5 kilomètres dans les temps requis, soit onze minutes. Elle avait pourtant réussi les autres épreuves. Mais pas la course. À cause d’un résultat aussi impitoyable, ses trois années de service s’en allaient en fumée.

En fait, on n’en avait pas vraiment contre le manque de vitesse de Mme Meiorin. C’est son VO2 Max qu’on a pointé du doigt, sa capacité aérobique. La norme établie ne lui laissait pas tellement de chances : alors que les deux tiers des hommes réussissaient l’examen au premier essai, seulement un tiers des femmes en faisaient autant.

Comme il fallait s’y attendre, Mme Meiorin a porté plainte et, quatre ans après son congédiement, la Cour suprême a rendu une décision unanime en sa faveur. « Il n’y avait aucune preuve crédible que la capacité aérobique prescrite était nécessaire pour que soit les hommes soit les femmes puissent exécuter le travail de pompier forestier de façon satisfaisante. Au contraire, Mme Meiorin avait bien fait son travail dans le passé, sans présenter de risque apparent pour elle-même, ses collègues ou le public », peut-on lire dans le jugement. Évidemment, il s’en est trouvé d’aucuns pour se scandaliser d’un tel jugement et s’inquiéter subitement du danger que représentent des pompières dont la capacité aérobique serait moindre que « la norme ». À ces gens-là, n’allez surtout pas dire que la majorité des pompiers du Québec n’a jamais subi le test qu’on reproche à Mme Meiorin d’avoir échoué.

Claire Lacoursière est pompière permanente à temps partiel pour la municipalité de Saint-Augustin depuis dix ans. Comme ses collègues, elle a dû passer une série de tests et d’entrevues avant d’obtenir son poste. Mais elle ne se souvient pas d’avoir subi un test de capacité aérobique : « Il n’y avait pas de course; ce n’était pas une question de performance comme aux Jeux olympiques. » N’allez surtout pas le répéter, mais en plus d’être ébéniste, Mme Lacoursière est aussi grand-mère : il y aurait bien un quelconque columnist pour s’inquiéter de son VO2 Max. De toute façon, encore une fois, on s’énerverait pour rien : la bouteille d’oxygène qui alimente ses collègues pendant 30 inutes, elle peut s’en contenter pendant 15 minutes de plus. « Ma performance aux appareils respiratoires est meilleure que celle de la majorité de mes confrères, parce que j’ai appris à contrôler ma respiration. »

Et aux romantiques comme Elizabeth Bromstein du journal The Gazette qui imaginent les pompiers comme « une bande de gars bien baraqués dont la vocation est d’être héroïques », elle offre une définition de son métier un peu plus réaliste : « C’est sûr que ça prend beaucoup d’endurance physique, mais c’est un travail d’équipe. Ça ne prend pas des hercules. S’ils m’envoient avec une scie à béton qui est lourde sans bon sens, il y a de grosses chances que j’aie de la misère à monter dans l’échelle. Mais c’est à l’officier en devoir à utiliser son monde comme il faut. »

Encore une question de jugement!

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