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Fermez les yeux et imaginez un crack en informatique, un de ces fêlés qui vous découvrent le code d’accès de la NASA en quelques clics. Maintenant, si vous dites que vous voyez un personnage féminin devant l’écran et derrière d’épaisses lunettes, c’est que vous trichez : allez directement en prison et ne réclamez pas 200 $. Les personnes honnêtes, quant à elles, répondront que l’être imaginé était un mâle, boutonneux de préférence.

C’est qu’il est tenace, le cliché. Et qu’il n’est pas très loin de la réalité, acné mise à part (encore qu’il faudrait vérifier). Et si on se fie au nombre d’inscriptions féminines aux programmes d’informatique, ce n’est pas demain la veille que les femmes occuperont une place considérable dans cet univers technologique.

Autant au cégep qu’au premier cycle de l’enseignement universitaire, elles constituent à peine 20 % de l’effectif. Les proportions deviennent tout simplement pathétiques aux deuxième et troisième cycles : à peine 5 % de filles. On spécule beaucoup sur les causes de cette aversion, invoquant tantôt l’aspect mathématique, tantôt l’image asociale du crack ci-dessus mentionné. Mais tout cela demeure vague.

Pourtant, contrairement à d’autres domaines traditionnellement masculins, des femmes furent associées à l’informatique dès le départ. En fait, elles l’ont même précédé : au début des années 40, le terme computer (ordinateur) ne désignait pas un objet, mais plutôt… une femme. Qui, bien sûr, effectuait des calculs. À l’école d’ingénierie de l’Université de Pennsylvanie, par exemple, environ 75 mathématiciennes ont contribué à l’effort de guerre en calculant des trajectoires de bombes et d’autres projectiles. Un travail qu’elles accomplissaient jusqu’à ce qu’on les remplace par un… ordinateur — il y a un commencement à tout.

C’est à cette même époque, plus précisément en 1946, que se fera remarquer pour une première fois une des pionnières de l’informatique, Grace Murray Hopper. Constatant une erreur dans le fonctionnement d’un ordinateur, elle finit par en trouver la cause : un papillon était coincé dans un relais. Un bug (insecte)! C’est de là que vient le terme anglais pour parler d’une erreur en informatique, tout comme sa version française, bogue. Après cette « découverte », Mme Hopper participera, entre autres, à la conception du tout premier ordinateur commercial, baptisé UNIVAC. Et c’est elle qui sera à l’origine du langage de programmation COBOL, le premier qui a permis de communiquer avec un ordinateur au moyen de mots plutôt que de chiffres. Déjà, au milieu du siècle, Grace Hopper et nombre de ses contemporaines ont fait la preuve que les femmes pouvaient s’illustrer dans le domaine de l’informatique. D’ailleurs, elle fut tellement bien acceptée dans le milieu qu’en 1969 la Data Processing Management Association l’a nommée… homme de l’année.

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