Aller directement au contenu

En acceptant d’entraîner la première équipe nationale féminine de soccer en 1986, Sylvie Belliveau ne se doutait peut-être pas que ses difficultés d’intégration viendraient d’abord et avant tout de ses collègues masculins. Avec eux, elle a rapidement compris que sa capacité technique à dribbler, ses connaissances et sa qualité d’écoute ne pesaient pas lourd dans la balance. Pour la plupart des entraîneurs, le soccer demeure un sport masculin. Et une femme n’y a tout simplement pas sa place. Une bonne partie d’entre eux ont donc délibérément décidé de ne pas tenir compte de sa présence.

Ainsi, pendant plusieurs années, la jeune femme a pris l’autobus pour se rendre dans les camps de formation, alors que ces messieurs se concertaient pour faire du covoiturage. Logée dans un bâtiment séparé, sans contact avec les autres membres du groupe de formation, elle mangeait seule, tandis qu’ils se donnaient rendez-vous pour dîner et souper à l’extérieur. Bien évidemment, ces quelques incidents pris à part l’un de l’autre ne ressemblent en rien aux obstacles qui attendent les femmes de certains pays islamiques qui ne peuvent courir derrière un ballon sans s’encombrer d’un hijab. Mais, la somme de ces faits, à première vue insignifiants, créait un climat malsain.

« Je me sentais exclue au sein des camps d’entraînement et je devais faire constamment un effort pour entrer en contact avec mes collègues, confie Sylvie Belliveau. De plus, lorsque je prenais en charge une équipe, il fallait que je dispose d’une argumentation très solide pour commenter le jeu des joueuses, car elles avaient du mal à me prendre au sérieux au début. » Contrairement à d’autres sports, comme le volley-ball où la présence des femmes est un acquis depuis nombre d’années, le soccer reste encore une activité fortement encadrée par les hommes. La majorité des joueuses s’entraînent donc généralement sous la supervision d’hommes. À titre d’exemple, la ligue provinciale, pour qui Sylvie travaille désormais, ne compte que 6 femmes sur près de 200 entraîneurs.

Selon la jeune femme, ce manque de modèles féminins explique en grande partie la rareté des joueuses au plus haut niveau. De plus, si les filles forment un tiers des 40 000 adeptes canadiens de soccer toutes catégories confondues, elles ont seulement accès à une équipe nationale pour la qualification aux Jeux olympiques et à la Coupe du monde. Un club très sélect d’une vingtaine de personnes. « En général, elles abandonnent la compétition si elles ne font pas partie de la sélection pour joindre cette équipe, note Sylvie Belliveau. Dans chaque province, il existe deux ou trois très bonnes équipes, le reste étant d’un niveau vraiment plus bas. Cela décourage les bonnes joueuses. »

L’entraîneuse de 35 ans, qui siège depuis peu au conseil d’administration de l’Association canadienne de soccer et qui dirige le programme de soccer féminin, souhaite que les instances de ce sport s’appliquent encore plus à promouvoir la carrière des joueuses. Jusqu’à présent, en effet, elles ont plutôt tendance à les considérer comme un poste de dépenses qu’à les voir comme une source potentielle de revenus, car le public se déplace moins lorsqu’il s’agit de matchs féminins. « Je crois pourtant que nous pourrions explorer de nouveaux marchés, remarque Sylvie Belliveau, en démarchant certains commanditaires tels les fabricants de shampoing ou de sous-vêtements. Après tout, aux États-Unis, les petites filles peuvent s’amuser avec une poupée Barbie qui joue au soccer! »

Qu'en pensez-vous?

Aucune réaction

Inscription à l'infolettre