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De plus en plus de femmes sont attirées par les voyages en solo. Sauf qu’elles sont tiraillées entre leurs craintes et leur goût de l’aventure. Comment s’y prennent celles qui mettent de côté les hésitations et éprouvent un réel plaisir à voyager de leur propre chef?

À chacune sa façon d’aborder l’inconnu. Pour Paule Racine, coordonnatrice d’un organisme de coopération inter- nationale à Québec, la globe-trotter solitaire ne se différencie pas tellement de son homologue masculin. Qu’il soit question de préparatifs ou d’attitudes à adopter, le bon sens est le même pour les touristes des deux sexes : bien se documenter pour ne pas avoir l’air désorienté; tenir compte des habitudes vestimentaires du pays visité; posséder les rudiments de la langue locale; aller au-devant des autres avec tact; ne pas porter de bijoux; éviter les secteurs à risques; faire confiance aux gens rencontrés au hasard, parce que la plupart sont bien intentionnés, tout en ne relâchant pas sa vigilance pour détecter les terrains glissants. Au besoin, s’inventer un mari ou même toute une famille qui sera là à la descente de l’autobus. Les pays où elle n’irait pas? Ceux qui sont en guerre ou que mine une culture macho. Ses endroits de prédilection? La Thaïlande, le Laos et le Vietnam, pour se sentir à la fois transportée dans un autre monde et en totale sécurité.

Anne McKenna, responsable de l’accueil et de la prise en charge de la clientèle du Château Frontenac à Québec, y va de la même logique, écartant l’idée de la femme vulnérable parce qu’elle voyage seule. Cette globe-trotter qui a visité en solo et en toute confiance les cinq continents, en passant par la Nouvelle-Zélande où elle a enseigné le ski quelques années à la Syrie d’où elle arrive, ne s’est sentie véritablement traquée qu’une seule fois… par la mousson indienne. Elle en garde un souvenir de fortes pluies, de propagation d’infections, d’un séjour prolongé à l’hôpital et du mal du pays. Aussi recommande-t-elle de bien tenir compte des cycles saisonniers, de se constituer une bonne trousse de soins avec seringue personnelle pour parcourir les pays où les services de santé laissent à désirer, de se munir d’une couverture de survie et d’une moustiquaire pour dormir n’importe où.

Somme toute, il n’y a rien d’irréaliste à vouloir voyager seule quelle que soit la contrée. Une bonne partie des risques appréhendés tiendrait davantage de l’imaginaire que de la réalité, pourvu que l’on prenne les précautions nécessaires. C’est là un raisonnement que confirme Pierre Therrien, animateur de l’émission de télévision La Course Destination Monde qui, depuis plus de dix ans, permet à des jeunes dans la vingtaine de jouer les vidéastes autour de la planète. « Cette année, six filles et deux garçons y participent et, comme par le passé, ce sont ces derniers qui ont eu à se défendre pour ne pas se faire voler leur matériel. Ce genre d’incident n’arrive pas aux filles qui, d’instinct, se montrent vigilantes. Mais, pour plus de sûreté, tous et toutes doivent suivre un cours d’autodéfense avant de prendre la route. » Après tout, il ne faut pas oublier qu’une des participantes a déjà dû expulser de sa chambre le patron d’une petite auberge à coup de trépied de caméra…

Le Web à la rescousse T outes les femmes ne font cependant pas preuve de la même assurance, et c’est notamment pour celles qui sont tiraillées entre leurs craintes et leur goût de l’aventure qu’Evelyn Hannon, journaliste ontarienne, diffuse sur le Web une multitude d’informations destinées aux voyageuses solos. On y apprend par exemple qu’une organisation africaine, Tam Tam Femmes, vient en aide à celles qui veulent en savoir plus sur les principaux points d’intérêt en Afrique ainsi que sur les possibilités d’hébergement et de travail temporaire. Une autre ressource, Women Welcome Women, favorise les amitiés internationales et met en contact des femmes de plus de 60 pays pour ce qui est de l’hébergement individuel ou en groupe, des échanges de logements ou encore de la recherche de partenaires de voyage. Pour sa part, l’organisme international Servas s’adresse aux personnes désireuses d’être reçues dans des familles, ce qui permet de voyager en solitaire sans l’être vraiment. Le site fournit aussi, sous forme de babillard commercial, un répertoire des compagnies qui organisent safaris, trekking parmi les gorilles, séjours écoculturels, tours guidés par des femmes dans les Rocheuses.

Selon Evelyn Hannon (voir l’encadré « Nouveaux panoramas »), de plus en plus de femmes sont attirées par les voyages et bon nombre d’entre elles partent seules à la découverte de nouvelles contrées. Elles viennent de terminer des études ou de vivre une séparation ou encore elles prennent goût aux voyages à la suite de déplacements professionnels. D’autres ont, depuis peu, accès à la retraite et au temps libre. Beaucoup n’ont tout simplement pas envie de dépendre des projets de vacances des autres. « Nous cherchons à leur indiquer des façons de voyager de manière autonome tout en pouvant compter sur quelques repères et sur des dizaines de milliers de lectrices de par le monde qui ont recours à notre site Internet pour poser des questions, répondre à d’autres, livrer leurs impressions de voyage, faire part de leur expérience. »

Elle-même dans la soixantaine, Evelyn Hannon a commencé à voyager seule à plus de 40 ans et a, au fil de ses différents périples, mesuré l’importance de certains comportements, réflexes, contacts et trucs qui assurent le confort en voyage. Des exemples? La journaliste insiste, entre autres, sur l’importance de réduire ses bagages au strict minimum, non seulement pour ne pas s’encombrer d’un poids excessif, mais aussi pour se déplacer rapidement, garder une main libre en tout temps et ne devoir compter sur personne pour monter à bord d’un transport en commun. Dans la même veine, explique-t-elle, il est préférable de refuser une chambre d’hôtel si le préposé vient d’en claironner le numéro ainsi que le nom de la cliente, car cela facilite la tâche d’éventuels voleurs. Dans certains pays où il peut être compromettant d’échanger un simple regard avec un homme, le fait de porter des verres fumés aplanit les ambiguïtés. Selon les coutumes locales, les cuisses d’une femme ou le haut de ses bras peuvent être considérés comme les parties érotiques de son corps. La destination la plus indiquée pour voyager seule une première fois? Evelyn Hannon suggère la Hollande : « Le pays est magnifique et minuscule, les transports sont faciles et les gens des plus accueillants. » Des endroits à déconseiller pour faire ses débuts? « Là où la religion ne respecte pas les femmes. »

Le voyage apprivoisé

Dans certaines métropoles, de grands hôtels réservent un étage complet aux femmes. Sous prétexte d’y offrir des attentions spéciales comme le séchoir à cheveux et des produits cosmétiques, l’établissement vend en réalité une impression de sécurité accrue aux voyageuses. Tranquillité d’esprit ou ghetto? À ce type de solution qui, de l’avis de certaines, confine les femmes dans des espaces clos, Lucie Gauthier-Chandonnet, responsable des relations publiques d’un hôtel Hilton, a préféré se faire à l’idée de voyager seule en procédant par étapes. « Pour un premier essai, j’ai choisi d’aller à Paris, une ville que j’avais déjà visitée avec d’autres personnes. Je n’étais donc pas dépaysée par les lieux mais plutôt par le sentiment de ne tenir compte que de mes goûts et de ne pouvoir me fier que sur moi. Une expérience extraordinaire. L’an prochain, je vise Londres, une ville sécuritaire où je n’ai jamais mis les pieds. » Graduellement, le territoire s’étend.

De son côté, Paule Racine rappelle qu’une femme qui voyage seule peut parfois se joindre à un tour guidé pour rompre un certain isolement et rencontrer d’autres voyageuses. Evelyn Hannon évoque la possibilité de contacter l’un ou l’autre regroupement local de femmes. « Les personnes qui y travaillent sont souvent aussi heureuses de faire la connaissance d’une étrangère que celle-ci l’est d’établir de nouvelles relations. »

D’autres pistes intéresseront les voyageuses solitaires dont les Club Med qui peuvent offrir à une cliente de la jumeler à une autre touriste pour partager une chambre au tarif de l’occupation double, ce qui représente une économie et, peut-être, une agréable rencontre. Des sites de vacances en Europe et ailleurs se spécialisent dans certaines activités comme le sport, la musique, les ateliers d’écriture; il y est alors d’autant plus facile de nouer des contacts que l’on partage une passion. Enfin, des agences proposent des voyages de groupe qui n’ont heureusement rien à voir avec l’affligeante réalité des meutes de touristes soumis à un train d’enfer de dix capitales en une semaine. Cette fois, il faut décider seule de partir avec des gens que l’on ne connaît pas et pour une destination non familière en plus. Une autre forme d’audace.

Nouveaux panoramas

« En tant que femme, ma crainte de me trouver confinée dans la maison sans pouvoir relever de nouveaux défis, sans engager de nouvelles conversations ni voir de nouveaux panoramas l’emporte nettement sur toutes les hésitations que je pourrais avoir à voyager seule dans un pays étranger. » La journaliste Evelyn Hannon partage son goût de l’aventure dans un guide qu’elle a récemment publié pour le compte du ministère canadien des Affaires étrangères et du Commerce international. Voyager au féminin : conseils pour la femme qui voyage comprend des trucs pratiques et une intéressante bibliographie (dont les titres sont tous en anglais cependant). Distribuée gratuitement.

Pour en savoir davantage : la collection de guides de voyage des éditions Lonely Planet, dont une partie des bénéfices des ventes est versée à des organisations humanitaires. Publiés en Australie et traduits en français, ces ouvrages offrent descriptions, horaires, tarifs et trajets fréquemment mis à jour.

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