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En Afghanistan, la voix des femmes, qui semblait s’être tue à jamais, s’élève timidement. En prenant le pouvoir en , les Talibans — islamistes particulièrement radicaux — ont voulu effacer leurs concitoyennes de la vie publique. Recouvertes de leur burka de la tête aux pieds, expulsées des écoles et du marché du travail, privées bien sûr de toute représentation politique, elles ont dû se terrer chez elles. À moins que la pauvreté ne les force à mendier dans les rues la survie de leurs enfants, ce qu’elles font en nombre croissant : l’État, qui a licencié toutes les femmes fonctionnaires, ne donne rien aux mères seules désormais chômeuses.

Mais voilà qu’une poignée de rebelles défient la loi et ouvrent des écoles clandestines pour les filles, à partir de rien, sans aucune ressource. L’appétit d’éducation est immense. Laili, 10 ans, n’a plus besoin de se déguiser en garçon pour s’instruire. Pour l’instant, rapporte le New York Times, les Talibans semblent tolérer ces bravades. À condition que les fillettes n’aient pas plus de 11 ans. Après, elles sont bonnes à marier. On estime qu’au nombre des quelques milliers d’enfants qui fréquentent l’école à Kaboul, ville de deux millions d’habitants, une petite minorité sont des filles, et jamais des adolescentes.

Selon l’Unicef, à peine 5 % des six millions de petits Afghans sont scolarisés, et les filles — tolérées dans les écoles privées — n’ont toujours pas accès aux écoles publiques. « Et tant que cette situation durera, ajoute Louie Georges Arsenault, un Canadien responsable de l’Unicef en sol afghan, nous ne collaborerons pas avec les Talibans. La loi islamique ne justifie pas une telle discrimination. » Pourtant, on pourrait croire que les Talibans se sont adoucis. Après tout, ils ont fêté, pour la première fois, la Journée internationale des femmes le (sic)! En fait, malgré les pressions de l’Occident, ces disciples de la ligne dure de l’islam continuent de violer les droits des femmes. Dans les zones de combat, par exemple, les miliciens enlèvent femmes et fillettes pour les marier de force aux combattants ou les réduire à la prostitution. On tue celles qui essaient de fuir, on lapide, on flagelle, on viole…

Le , l’Organisation des Nations Unies publiait le rapport accablant de leur observateur Kamal Hossain. Un homme impressionnant, qui vit à Dhaka, au Bangladesh. Il est parfois de passage à Montréal, en tant que membre du conseil d’administration du Centre international pour les droits de la personne et le développement démocratique. En entrevue, il raconte les horreurs observées en Afghanistan, les témoignages recueillis dans les camps de réfugiés au Pakistan. Il parle des exécutions sommaires, du travail forcé, de la violence sexuelle, de la chape de plomb jetée sur toute une société — intellectuels, progressistes, femmes. M. Hossain, dont la conjointe et les filles sont des activistes féministes, est révolté par le sort réservé aux Afghanes. « Tout ce que j’ai vu et entendu contredit directement les leaders talibans, qui prétendent respecter les droits des populations civiles. »

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