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Regards croisés

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Formée en droit à Montréal et en sciences politiques à Paris, elle a travaillé plusieurs années à Radio-Canada. Journaliste indépendante, elle sillonne désormais la planète pour écrire des reportages destinés à la presse québécoise ainsi que pour donner des conférences. Elle s’intéresse à la politique internationale et à la condition des femmes dans le monde. Elle a publié deux ouvrages de fiction aux éditions Serpent à Plumes : Eaux et La Femme du peintre.

Valérie Ascah, étudiante québécoise

Étudiante en cinéma à l’Université de Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), Valérie Ascah vit dans la capitale française depuis 18 mois. « Ma grande découverte, vous allez rire, c’est la drague. Les Français draguent d’une manière très sentie, ce que ne font pas les Québécois. Ou pas aussi ostensiblement. Mes amies françaises venues au Québec se posaient même des questions sur leur look! « Suis-je laide ou quoi? », me demandaient-elles ».

« Dans mon monde idéal, il y aurait un peu de la drague des Français, quand elle est subtile, et un peu du, comment dire… du calme des Québécois. Au Québec, les filles sont quand même tannées de toujours faire les premiers pas! »

« Quand j’entends des femmes mûres dire que les jeunes ne sont plus féministes et tiennent tout pour acquis, je proteste. Je leur suis reconnaissante de nous avoir ouvert la voie. Mais le féminisme a changé; il est devenu plus individualiste, comme le reste de la société. Moi, je me sens bien armée, et mieux que les Françaises de mon âge, pour m’accomplir. Je me sens moins soumise qu’elles aux diktats de la féminité. S’il faut se battre, j’ai tous les moyens à ma disposition. Au Québec, j’ai grandi dans cette ambiance. »

La publicité en France? « Alors là, je suis abasourdie, outrée. Un ami québécois m’a dit récemment: « Je suis écœuré de voir des seins partout ». À la télé, on entend encore des publicités destinées à la bonne « ménagère »… un mot depuis longtemps biffé du vocabulaire québécois »!

Emmanuelle Latour, étudiante française

Emmanuelle Latour, doctorante en sociologie et chercheuse au laboratoire féministe de l’Université de Toulouse-Le Mirail, rentre d’un stage d’un an en études féministes à l’Université Laval. « En arrivant au Québec, j’ai eu une sorte de choc culturel. C’est tout un apprentissage! Les Québécoises sont plus libres dans l’espace public. C’est plus simple de se balader seule dans les rues, où règne moins d’agressivité. J’ai été frappée par la visibilité des femmes dans les bars, le soir, et des femmes de plus de 40 ans! Impossible en France. Le Québec est une société qui permet de se positionner en dehors de son sexe ».

« Les premiers mois, j’étais fascinée. J’avais l’impression de rapports plus égalitaires entre les hommes et les femmes. Après, j’ai non pas déchanté, mais relativisé: les conflits ne sont pas les mêmes, mais il en existe. J’ai eu l’impression d’une société très attachée aux modèles de réussite économique. »

Emmanuelle a signé la pétition du groupe CLASHES, qui dénonce le harcèlement sexuel dans les universités françaises. « Je l’ai fait pour rendre visibles les rapports d’exploitation à l’université et pour protester contre le manque de recours légaux pour les victimes. »

Comment perçoit-elle le féminisme québécois? « Incisif, mordant, capable de mobiliser. Je pense qu’en France, les féministes sont entrées dans le système pour le changer de l’intérieur. Au Québec, les féministes ont plutôt agi à la manière d’un grand lobby »

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