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Moi mes souliers…

par 

Journaliste indépendante et auteure, elle a collaboré à de nombreux médias (et souvent à la Gazette des femmes) et a contribué à une quinzaine de documentaires québécois. Elle a remporté plusieurs prix pour son travail en journalisme ou en cinéma. Elle a été cofondatrice du magazine féministe La Vie en rose (1980-1987). Elle anime, depuis 25 ans, de nombreux débats publics, colloques, congrès sur des enjeux de société (éducation, santé, immigration, disparités sociales…). Elle est membre du conseil d’administration des Amis de Kaléidoscope, une revue publiée en partenariat avec l’INSPQ. Elle a écrit quelques ouvrages dont le dernier, Les Auberges du cœur, L’art de raccrocher les jeunes (Bayard Canada, 2012) sur les jeunes sans abri ou en difficulté (12-30 ans) à qui les Auberges du cœur tendent la main chaque année au Québec.

Carina Di Menna

24 ans, journaliste indépendante, étudiante en communication et en études féministes à l’Université Concordia.

« Je hante les magasins de souliers! J’adore comparer les styles, les couleurs, les modes… même si j’achète toujours la même chose. J’en ai 20 paires, la moitié sont des bottes (d’armée et des Doc Martens), les autres, des souliers de sortie à semelles compensées. Toutes sont noires, sauf une très brillante.

J’ai une paire à talon aiguille achetée en solde et que je promène quelques minutes dans la maison de temps en temps. Comment les femmes faisaient pour porter tout le temps ces choses si inconfortables? Honnêtement, je n’ai pas la taille pour ça, mais si je l’avais, je me forcerais des fois. Quelle jambe ça fait!

Ce sont mes chaussures qui décident des vêtements que j’achète, toujours dans les friperies d’ailleurs. Les bottes d’armée et les Doc, c’est une manière d’assumer mon originalité, une certaine authenticité aussi. Et de saluer la culture punk. En un sens, nos chaussures parlent de nos valeurs. Je ne pense pas renier mes valeurs féministes parce que je porte de beaux souliers ou que je dépense une fortune en maquillage. On ne m’impose rien. En fait, c’est l’expression d’une liberté. Les féministes de la troisième vague, que les Américaines appellent Lipstick Feminists ont aussi les idées claires! »

Francine Ruel

51 ans, animatrice et comédienne.

Je chéris une photo de ma mère, à 18 ans, droite et fière sur ses talons hauts. Je dis parfois qu’elle m’a appris à me tenir debout, et en talons hauts!

C’est drôle pour l’ex-ballerine que je suis de dire que des chaussures féminines et confortables me connectent avec le sol. Mais c’est la stricte vérité. Je refuse les trucs pointus et très hauts. Je suis très années 30, bout rond, lanière, talon légèrement élevé mais stable.

Mon rapport avec mes souliers est un rapport de liberté. De bons souliers bien choisis, confortables t’aident à faire ton chemin dans la vie. À la maison, je marche toujours nu-pieds. J’aime dire que je suis claustrophobe des pieds »!

Chantal Maillé

44 ans, professeure en études féministes, Institut Simone de Beauvoir de Montréal.

J’en ai une trentaine de paires. De tous genres: des souliers de marche, des chaussures de ville élégantes et confortables qui me permettent de me rendre au travail à pied et, enfin, des escarpins assez hauts que je porte lorsque je sais que je passerai la soirée assise. C’est le plaisir qui me guide, et ce plaisir est fonction du confort de mes pieds dans un habitacle esthétique — les chaussures qui me font mal aux pieds me donnent la migraine! Ce qui m’exaspère ici (contrairement à l’Europe), c’est la difficulté d’acheter une jolie paire de souliers du-ra-bles, un critère de qualité lié aux chaussures pour hommes. Pourquoi est-ce différent pour nous? Pourquoi les cordonniers les trouvent-ils irréparables si rapidement »?

« Cela dit, je suis allergique à tout discours qui insinue qu’être féministe implique l’allégeance à un certain code vestimentaire. Horreur! Il y a 15 ans, je m’étais fait reprocher de trop porter de jupes et pas assez de pantalons! J’ai vertement riposté. Chaque personne a le droit de réinterpréter les codes à sa manière.

Françoise Stanton

87 ans, militante depuis toujours contre toutes les injustices.

Ah… je ne porte plus que d’affreuses chaussures faites sur mesure. Dur pour une coquette qui a toujours eu en sainte horreur les souliers lacés et plats! Trop ordinaires, sans panache. Une histoire de nerf sectionné à la suite d’un ongle incarné a stoppé ma passion pour les talons hauts, raisonnablement haut cela dit. Cette saloperie à mon pied a mis un terme à ce grand plaisir de me hisser sur de beaux souliers. On les assortissait à la couleur du sac à main, du chapeau, aux gants. Et même si j’étais une mère de famille à la maison, je les portais du matin au soir. Les escarpins perçaient les tuiles de linoléum. Mon mari se plaignait un peu. Avec nos cinq filles, ça faisait bien du talon pointu sur le carrelage!

Peut-être y a-t-il un lien entre les souliers pointus du temps et mon problème de pied, mais la question du confort ne se posait même pas. C’était pour moi une manière d’afficher ma féminité tout en poussant mes idées féministes. Je trouve ça très bien d’aviser les femmes que de mauvaises chaussures peuvent entraîner des problèmes de santé. C’est terrible à dire… j’avoue que ça n’aurait pas eu beaucoup d’effet sur moi! L’élégance et la liberté de choisir ont toujours primé. Je ne voulais rien sacrifier. Mais quand je vois les plus jeunes grimpées sur de vertigineuses semelles compensées, je me demande comment elles arrivent à tenir!

Sophie Bissonnette

45 ans, traductrice et réalisatrice.

j’ai un rapport très fonctionnel avec les godasses. Je m’arrange pour qu’elles me donnent des ailes. Littéralement. Qu’elles ne soient jamais des entraves. Confortables et tout terrain. Il y a assez de choses dans la vie qui nous limitent sans cela! Été comme hiver, je les choisis solides, durables, basses. Généralement, elles passent inaperçues. À l’intérieur, je porte même des pantoufles de type « gougoune » qui font la honte de mes enfants!

Je vais chercher à dire quelque chose avec mes chaussures au moment d’une entrevue importante, par exemple. Je les choisis en fonction du son, de l’effet qu’il fera sur l’auditoire. Un talon carré pour marteler le sol quand j’entrerai dans la pièce. Un truc pour marquer ma présence.

J’argumente beaucoup avec ma gamine de 9 ans qui rêve de souliers à plates-formes, évidemment. On magasine jusqu’à ce que les deux soient satisfaites. Je hais les magasins de souliers! Je tiens à ce que ses chaussures soient flexibles et pas très hautes; elle veut ce que ses copines portent et qui relève du danger public. Comme nous avons toutes deux la tête dure, on a acheté ses souliers d’été le 29 août l’an dernier!

Macha Limonchik

32 ans, comédienne (notamment dans le téléroman La vie, la vie).

J’en ai à peine cinq paires, mais je les ai dé-si-rées. Avant d’acheter, j’entreprends une vraie quête. J’aime les designs nouveaux, et j’exige la qualité et le confort total. J’ai des bottines adorables, pointues avec talons hauts, assez habillées. Pour mes sorties chic. Elles sont confortables comme des pantoufles… Je les ai cherchées très longtemps et trouvées en solde. Je refuse d’acheter pour acheter. Même si j’avais beaucoup d’argent, je n’en aurais pas plus. Je suis très peu coquette au fait.

La chaussure de mon cœur, celle qui me ressemble le plus: une paire de running shoes grises et rouges, à l’épreuve de l’eau, avec un garde-boue au talon! La féministe que je suis est toute là, dans ces deux paires de chaussures: l’une élégante et stylisée, l’autre superconfortable avec un look unique que je peux porter avec un smoking si je veux.

Bien sûr que les souliers de course ont à voir avec l’avancée des femmes: on est libre de nos mouvements, de nos enjambées. On peut marcher longtemps, courir, détaler. C’est associé à l’activité physique et au confort.

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