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30 ans d’action, ça porte fruit

Coup d’œil rétrospectif en 30 points pour mesurer la diversité et la portée des actions du Conseil du statut de la femme en 30 ans d’existence.

Décennie 1973-1983

1974 : Création d’Action-Femmes, un service-conseil téléphonique qui, jusqu’en 1992, orientera vers les bonnes ressources des milliers de femmes qui s’interrogent principalement sur les droits de la famille et du travail.

1975 : « Papa va travailler pendant que maman fait le ménage ». Pour enrayer les stéréotypes que véhiculent les manuels scolaires, le Conseil lance une importante étude qui servira de référence aux actions du ministère de l’Éducation dans sa lutte au sexisme. « La réforme des manuels scolaires a permis d’intéresser davantage de filles aux métiers non traditionnels », affirme Lorraine Pagé, directrice des communications à la CSQ.

1975 : Année internationale de la femme, décrétée par l’Organisation des Nations unies. Le Conseil coordonne les principales activités, dont un événement d’envergure, un forum national qui réunit 500 personnes, après une série de rencontres régionales regroupant pas moins de 2000 femmes. Les Québécoises sont prêtes à unir leurs voix pour s’affirmer comme agent de changement. À l’ordre du jour des revendications: un réseau universel de garderies et la reconnaissance officielle de l’apport économique des femmes à la maison.

1976 : Création du service Consult-Action, qui devient la Direction des bureaux régionaux. « À l’époque, ce service-conseil auprès des groupes de femmes a permis la consolidation du mouvement féministe sur tout le territoire », souligne Hélène Harvey, directrice de la Direction. « Aujourd’hui, les 12 bureaux régionaux — auxquels deux autres s’ajouteront bientôt —, jouent un rôle crucial auprès des instances régionales afin qu’elles puissent intégrer la dimension de la condition féminine dans leur plan d’action ».

1978 : Importante étude en vue d’une politique d’ensemble de la condition féminine. Ce document fondateur brosse, pour la première fois, le portrait des Québécoises. Tous les aspects y sont abordés: maternité, santé mentale, violence, famille, marché du travail, création artistique, pouvoir, socialisation. Il deviendra la pierre d’assise de l’action du gouvernement, qui en fera sa politique officielle. Dans la foulée des recommandations adoptées: un réseau de cliniques de planification des naissances et une campagne télévisée remarquée de contre-publicité attaquant le sexisme.

1979 : Publication du premier numéro de la Gazette des femmes, témoin privilégié de l’évolution de la condition féminine. « Elle fait preuve d’audace en abordant des dossiers chauds qui prennent en compte le point de vue des femmes. De par leur crédibilité, ces dossiers sont souvent repris par d’autres médias », dit Nicole Beaulieu, professeure en journalisme à l’Université Laval. Sa rigueur a d’ailleurs valu au magazine une vingtaine de distinctions journalistiques.

1980 : Tenue d’une série de colloques régionaux sur la violence faite aux femmes. « Pour la première fois étaient réunis des intervenants du milieu de la justice et des services sociaux ainsi que les groupes de femmes », indique Louise Riendeau, présidente du Regroupement provincial des maisons d’hébergement. Une étape importante qui a contribué à sortir la violence du domaine privé pour en faire une question sociale. « Il fallait d’abord nommer la violence car, à l’époque, on parlait plutôt de chicanes de couple ou de scènes de ménage ».

1981 : Lancement du premier recueil de statistiques sur les femmes, Chiffres en main. Statistiques sur les Québécoises, qui deviendra un succès de librairie chez l’Éditeur officiel. Il répond à une foule de questions, notamment sur la scolarité, l’emploi, les revenus, la situation familiale, la fécondité et l’espérance de vie des femmes. Plusieurs fois ré-édité, cet ouvrage comblait un manque d’information sur les données sexuées des statistiques officielles.

1981 : Publication de l’Essai sur la santé des femmes, qui relève pour la première fois la difficulté de concilier travail et famille. « Les militantes féministes se le sont vite approprié et il a été cité en exemple ailleurs dans le monde », se souvient une des auteures, Maria De Koninck, professeure au Département de médecine sociale et préventive à l’Université Laval.

1982 : Pour pousser la réflexion et marquer la Journée internationale des femmes du 8 mars, le Conseil conçoit, à partir de cette année-là, une thématique et des outils d’animation. Sont notamment mis à l’honneur la santé, la complicité entre les générations, et l’histoire des marches et grandes manifestations relatives aux luttes des femmes.

Le vent tourne

L’effervescence des années 1970 donne lieu à une vigoureuse presse féministe, qui rue dans les brancards. Qu’on se souvienne de titres tels que Québécoises deboutte! ou Têtes de pioches ou encore La vie en rose. Lorsque les premiers Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) voient le jour, les victimes sont encore perçues comme des aguicheuses qui sont responsables de ce qui leur arrive. Mais la vitalité du mouvement des femmes réussit peu à peu à faire reconnaître la question de la violence comme un enjeu social. Et en 1977 seront accordées les premières subventions aux maisons d’hébergement pour femmes violentées.

Signe des temps, le marché du travail s’adapte à la maternité. Depuis 1979, la Loi sur les normes du travail interdit qu’une femme soit congédiée parce qu’elle porte un enfant. En 1981, des modifications législatives instituent le retrait préventif de la travailleuse enceinte ou qui allaite. Le Québec devient un des premiers États à adopter de telles mesures préventives, qui n’ont toujours pas d’équivalent en Amérique du Nord.

Pour la première fois dans l’histoire du Québec, toute discrimination fondée sur le sexe est officiellement interdite, avec l’adoption de la Charte des droits et libertés de la personne. Suivront des amendements en 1982, qui ajouteront la grossesse comme motif de discrimination et interdiront le harcèlement sexuel.

Décennie 1983-1993

1983 : Quand plus de 1 000 femmes se réunissent pour discuter de leur avenir économique, les choses ne peuvent que bouger. C’est ce qu’a permis de constater le forum Les femmes: une force économique insoupçonnée, qui « a mené à une prise de conscience sans précédent de leur valeur économique comme travailleuses, syndicalistes et consommatrices », rappelle Francine Harel-Giasson, professeure de management aux HEC, qui a prononcé la conférence d’ouverture. « À l’époque, les épouses collaboratrices, c’est-à-dire qui travaillent dans l’entreprise familiale, venaient à peine d’être reconnues comme salariées ».

1984 : Présentation à la commission Beaudry d’un mémoire dans lequel le Conseil propose la révision des lois du travail pour améliorer les conditions des travailleuses. Des recommandations actualisées dans un récent mémoire et qui connaîtront leur aboutissement avec l’actuelle réforme Rochon. Parmi les moyens proposés pour favoriser la conciliation travail-famille, la possibilité de s’absenter 10 jours par année, sans salaire, pour remplir des obligations familiales. Une étude sur le travail atypique (2002), phénomène en hausse qui touche davantage les femmes et les jeunes, auquel les lois doivent s’adapter, marquera également un grand coup.

1987 : Vaste programme de recherche sur la procréation assistée médicalement, qui aboutit à un colloque international réunissant une quarantaine de spécialistes et plus de 500 participants, sous le thème « La maternité au laboratoire ». Le Conseil, qui fait figure de leader dans ce débat, s’inquiète notamment des risques de grossesses multiples et du recours à des mères porteuses sous contrat. « Visionnaire, ce forum a été l’un des premiers à énoncer les effets pervers des technologies comme l’eugénisme et le sexage et à traiter de ces importantes questions éthiques », affirme le philosophe Jacques Dufresne.

1987 : Intervention du CSF sur l’Accord du Lac Meech. Le Conseil a alors « réclamé le rapatriement de la loi sur le divorce et le régime d’assurance parentale, qui figurent encore parmi ses revendications », indique Chantal Maillé, de l’Université Concordia. L’organisme défendra également les intérêts des femmes devant la commission Bélanger-Campeau (1990) et la Commission nationale sur l’avenir du Québec (1995).

1988 : Le pouvoir, connais pas, affirmait Lise Payette dans son livre écrit en 1981. Pour analyser le difficile arrimage entre les femmes et la politique, le Conseil lance une série d’études, d’avis et de mémoires. « Depuis le tout début, le CSF est un allié important pour nous aider à susciter la participation des femmes à la vie démocratique », affirme Élaine Hémond, présidente du groupe Femmes, Politique et Démocratie.

1989 : Entrée en vigueur de la loi instituant le patrimoine familial, qui prévoit le partage égal des biens entre les conjoints. Compte tenu du court délai entre son adoption et sa mise en vigueur, le Conseil organise à pied levé une vaste campagne de sensibilisation pour contrer la désinformation susceptible de mener certaines femmes à renoncer aux avantages de cette loi sans bien la connaître ou la comprendre.

1989 : Dernière remise des prix Déméritas, dénonçant la publicité la plus sexiste, et Éméritas, récompensant le message qui contribue le mieux à briser les stéréotypes sexistes. « Les gars qui concevaient les pubs ne se rendaient pas compte de l’image qu’ils donnaient de la femme », reconnaît l’ex-publicitaire Claude Cossette, professeur en communication à l’Université Laval. « Même si leur première réaction a été plutôt négative, ils ont été sensibilisés par ces prix [créés au début des années 1980], ce qui fait que la publicité québécoise est aujourd’hui plus égalitaire que celle qu’on trouve en France ou aux États-Unis ».

1989 : 6 décembre: les meurtres de 14 étudiantes en génie à l’École polytechnique de Montréal ébranlent le Québec. Le geste du tueur est ouvertement dirigé contre les femmes et la tragédie avive le débat sur la violence. Le Conseil entreprend un programme de recherche sur la violence faite aux femmes, qui aboutira, en 1993, à l’avis Pour que cesse l’inacceptable. On y déplore que les actions gouvernementales ne tiennent pas suffisamment compte du fait que la violence résulte de l’inégalité entre les hommes et les femmes.

1990 : Vaste consultation auprès des groupes de femmes, des syndicats et du milieu patronal, qui recueille un large consensus pavant la voie à celui d’aujourd’hui sur la nécessité de se doter d’un régime d’assurance parentale.

1991 : Le Conseil s’engage dans le débat sur la démographie et alerte le gouvernement quant à la nécessité de se préparer au vieillissement de la population. Entre autres mises en garde visionnaires: un examen critique du système de santé pour éviter que soient transférés sur les seules épaules des femmes, de plus en plus présentes sur le marché du travail, les soins à domicile des proches âgés.

Les grandes victoires

Les années 1980 sont marquées par de nombreuses avancées juridiques en matière de droit familial. Désormais, la femme devient l’égale de l’homme dans la famille, le nom de la mère peut être transmis aux enfants et, en 1989, le patrimoine familial fait du mariage un véritable partenariat économique. La réforme de la Loi sur le divorce (1986) élimine la notion de faute: l’échec du mariage est la seule cause de divorce.

En 1983, le gouvernement fédéral adopte un projet de loi qui redéfinit la notion restrictive du viol en insistant sur le caractère violent de l’agression. Concrètement, cela signifie qu’un conjoint pourra désormais être inculpé. « Non, c’est non »! En 1992, le Code criminel définit la notion de consentement afin d’assurer un traitement plus équitable aux victimes.

Aboutissement d’une longue bataille féministe: en 1988, la Cour suprême du Canada déclare inconstitutionnel l’article du Code criminel qui rend l’avortement illégal. L’année suivante, l’affaire Daigle tient la presse en haleine. La plus haute instance juridique du pays tranche à nouveau en faveur du droit des femmes à choisir de mener ou non leur grossesse à terme en déboutant la demande de Jean-Guy Tremblay, qui tentait d’empêcher légalement son ex-conjointe, Chantal Daigle, de se faire avorter.

Décennie 1993-2003

1993 : Le Conseil fête ses 20 ans en organisant trois colloques sous le thème « Femmes et développement régional ». Plus de 600 personnes se réunissent à Trois-Rivières, Longueuil et Chicoutimi.

1995 : Alors que la crise des finances publiques remet en question le rôle de l’État dans les programmes sociaux, quelque 300 personnes répondent à l’invitation du Conseil et participent au colloque « Femmes en marche vers l’an 2000: faire des politiques sociales un tremplin ».

1997 : Lancement d’un avis sur la diversité culturelle et religieuse. « Un précieux outil pour faciliter les rapports entre les Québécois d’origine et les nouveaux arrivants », souligne la militante Françoise David.

1998 : Pour son 25e anniversaire, le Conseil organise un colloque de la maturité au titre évocateur: « Marcher sur des œufs ». Au menu, de grandes questions pièges, telle la dévalorisation du rôle maternel: est-ce la faute des féministes? « Un colloque qui a permis de débattre de questions épineuses et a donné lieu à des échanges assez animés entre les militantes », affirme la journaliste et conférencière Pascale Navarro.

1999 : Lancement de la collection « Des nouvelles d’elles ». Après les études statistiques sur les femmes âgées et sur les jeunes femmes suivront bientôt deux autres publications sur les Amérindiennes et sur les femmes des communautés culturelles.

2000 : Publication de l’avis Pour un virage ambulatoire qui respecte les femmes. Le Conseil lance un cri d’alarme: ce sont les femmes qui paient le prix des transformations du système de santé. Et il suggère pas moins de 34 recommandations pour que la situation change.

2001 : Craignant que la mondialisation ne menace les avancées des femmes, le Conseil émet un avis sur les effets de la Zone de libre-échange des Amériques. On y dénonce notamment le fait que les femmes font les frais des impératifs de rentabilité financière qu’impose la mondialisation aux entreprises. Attention aux reculs des lois sociales qui protègent les femmes d’ici, met en garde l’organisme.

2001 : Création des prix d’excellence ISO familles, qui récompensent les mesures de conciliation travail-famille des entreprises. Une idée originale et positive, qui « fait progresser la cause de la conciliation travail-famille autant chez les employeurs que chez les syndicats », reconnaît Henri Massé, président de la FTQ.

2002 : La prostitution: profession ou exploitation? Le Conseil produit une importante recherche sur l’épineuse question qui divise les féministes. C’est la première recherche à mettre en lumière tant le profil des clients que celui des proxénètes et des personnes prostituées. « Elle a le mérite de faire le tour de la question en analysant certains phénomènes internationaux, comme le tourisme et le trafic sexuels. Elle a aussi démontré le rôle du crime organisé, impliqué de façon importante dans la prostitution des mineures », souligne la chercheuse Yolande Geadah, qui vient de publier un livre sur le sujet.

2003 : Les conditions de vie des Québécoises sont partout les mêmes, peu importe les régions. Faux, révèlent une série d’avis sur les conditions de vie des femmes et le développement dans 14 régions du Québec, publiés au cours des trois dernières années. « Jamais un organisme n’a scruté de façon aussi fine la condition des femmes sur une base territoriale », mentionne Claire Minguy, coordonnatrice du projet. « Il s’agit de précieux guides pour les décideurs régionaux soucieux d’adapter leurs structures à la réalité des femmes ».

Des gains et des marches

Pendant que la Loi facilitant le paiement des pensions alimentaires entre en vigueur au Québec (1995), une mère de famille, Susan Thibodeau, conteste devant la Cour suprême du Canada le fait que le gouvernement fédéral retienne de l’impôt sur sa pension alimentaire. Elle perd sa cause. Toutefois, elle ne s’est pas battue pour rien, car le gouvernement reconnaît que le système de pension alimentaire est inéquitable et, en 1997, les pensions alimentaires cessent d’être imposées. La même année, la politique familiale du gouvernement québécois créera les services de garde à 5 $ par jour.

Les Québécoises remportent une victoire importante lorsque l’Assemblée nationale adopte, en 1996, la Loi sur l’équité salariale, après plusieurs années de discussion et de tension entre les milieux féministe, gouvernemental, syndical et patronal.

Un grand pas pour l’humanisation des naissances: la profession de sage-femme est enfin reconnue (1998). La solidarité féminine a le vent dans les voiles… et se mondialise. À l’invitation de la Fédération des femmes du Québec, des centaines de femmes et d’hommes se joignent à la marche « Du pain et des roses » (1995) et convergent vers l’Assemblée nationale du Québec pour déposer neuf revendications afin d’améliorer la condition économique des femmes. Événement historique: la Marche mondiale des femmes, en 2000, qui mobilise plus de 30 000 manifestantes et 5 500 groupes, provenant de plus de 163 pays et territoires. Point culminant: les militantes remettent une pétition de plusieurs millions de signatures à l’ONU, à New York, dénonçant la violence et la pauvreté. Une solidarité qui dépasse largement les frontières québécoises.

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