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Photographie de Chantal Savoie.

Les stratèges de la plume

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Pratique le métier de rédactrice et de recherchiste depuis 2006. Elle a collaboré aux publications du Centre d’études et de coopération internationale (CECI), au cahier Air du temps du journal ICI. Diplômée en histoire de l’art, elle œuvre également à titre de rédactrice et éditrice de contenu Web pour le compte d’organismes voués à la diffusion de la culture et du patrimoine.

Si le roman et le recueil de poésie ne sont accessibles aux écrivaines que depuis quelques décennies, les femmes ont été nombreuses, dans les deux derniers siècles, à manier la plume dans les journaux, les magazines et pour le théâtre jeune public. Elles sont appelées à passer des oubliettes à la postérité dans Histoire littéraire des femmes. Cas et enjeux, qui réunit neuf études de cas sous la direction de Chantal Savoie, professeure agrégée au Département des littératures de l’Université Laval.

Gazette des femmes: Le collectif G fait la part belle aux marginales et aux oubliées de l’histoire de la littérature, celle des femmes en particulier. Qu’est-ce qui a motivé cette sélection?

Chantal Savoie : Une série de biais ont été introduits involontairement dans l’histoire de la littérature. Parmi eux, la consécration d’une auteure rendue possible uniquement par la publication d’un ouvrage de type grand genre. Au tournant du siècle dernier, seules quelques figures féminines, comme Laure Conan, satisfaisaient cette norme. Or, si on modifie les critères avec lesquels on mesure la légitimité des écrits des femmes et leur apport à la littérature, on s’aperçoit qu’elles ont énormément écrit. Le collectif est le résultat d’une impulsion,celle de remettre en question les critères d’analyse et de révéler des exemples de ce qui a été produit hors de ces standards.

Fait intéressant, le collectif expose plusieurs exemples de femmes qui ont fait des compromis pour survivre à long terme dans l’espace public d’une société plus traditionnelle.

En effet, les femmes ont dû doser leur degré de progressisme. Certaines adaptaient leur discours littéraire en fonction des périodiques dans lesquels elles écrivaient, selon qu’ils étaient conservateurs ou plus libéraux. Éva Circé Côté a utilisé plusieurs pseudonymes masculins pour élargir sa palette d’auteure et s’autoriser différents rôles. D’autres écrivaines moins connues, comme Delphine de Girardin,ont adopté la stratégie de l’ironie pour faire passer leurs messages. Cette pionnière, qui a introduit la chronique mondaine dans la grande presse en , se servait de ce genre littéraire pour critiquer le monde des hommes sous le couvert de l’humour.

Les auteures mentionnées dans votre ouvrage, qui se sont accommodées au contexte socioculturel de leur époque, peuvent-elles être considérées comme des figures féministes?

À peu près toutes les écrivaines sur lesquelles nous avons travaillé ont brisé des conventions. Beaucoup ont milité pour la cause des femmes, sans en parler dans leurs écrits. Elles n’ont cessé de justifier leur présence dans l’espace public en démontrant que même si l’on jugeait que la place de la femme était à la maison, celles qui possédaient un talent particulier se devaient d’en faire bénéficier la collectivité.

La critique a souvent dévalorisé le triangle littéraire auteurehéroïnelectrice, également peu considéré par les spécialistes de l’histoire de la littérature. Ces préjugés persistentils? Pensons notamment à l’appellation chick lit, ou « littérature de fille »…

Le jour où le prix Goncourt sera décerné à une oeuvre écrite par une femme, qui met en scène une femme et qui s’adresse à un lectorat majoritairement féminin, je commencerai à croire qu’il y a égalité. Que ce soit dans le créneau féministe ou populaire, il semble y avoir un plafond de verre lié à la perception de la littérature produite par la femme pour la femme.

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