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Image d'une tire-lire en forme de cochon.

Défier l’adversité

par  et

Journaliste à la radio de Radio-Canada et collabore au magazine Urbania. Détentrice d’une maîtrise en gestion du développement international de l’Université de Lund, en Suède, elle s’intéresse de près à l’actualité scandinave et aux enjeux de la coopération internationale. Au fil de ses périples, elle a collaboré avec le journal La Presse, le magazine Clin d’œil et les émissions Macadam tribus et C’est bien meilleur le matin à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Manque de financement, crainte de représailles : poursuivre ses activités dans ces conditions s’avère risqué. La solution qu’ont choisie plusieurs groupes de femmes? Rester bien en selle et continuer d’agir, quitte à emprunter de nouvelles voies.

Relais-femmes fait partie des organismes qui se retroussent R les manches en ajustant leurs actions. Cette association qui regroupe plus de 120 membres individuels et collectifs n’a pas été directement touchée dans son financement. Ce sont ses projets de recherche qui ont dû être revus. « Avant, on se demandait: “Qu’est-ce qu’on veut faire?” Maintenant, on regarde ce qui peut être fait », concède Lise Gervais, coordonnatrice générale. Le rôle de relais entre les universités et le milieu communautaire doit se faire « à bout de bras », car il n’est plus financé. « Il y a pourtant plus d’argent qu’avant. Mais les critères d’admissibilité ont changé en faveur de projets centrés sur l’individu. Les programmes subventionnés concernent la santé et les services sociaux. C’est aussi important, mais cette centralisation empêche un travail plus global. » Et,manifestement, contribue à déstructurer le mouvement. Relais-femmes a donc décidé d’aller chercher des fonds ailleurs, dans le privé et auprès d’autres institutions, comme les universités, afin de mener les projets de recherche qui seraient certainement refusés par le fédéral (sur la relève dans les groupes de femmes, par exemple).

Hausser le ton

Au Québec, certaines organisations ont choisi de tenir tête au gouvernement.Lors de la dernière Marche mondiale des femmes (MMF),un groupe de militantes, choqué que le ministère de la Culture,des Communications et de la Condition féminine n’ait pas donné suite aux revendications de la MMF envoyées depuis plusieurs mois, a occupé les bureaux montréalais de la ministre Christine St-Pierre dans l’espoir de la rencontrer. Un mois plus tard,c’est le bureau du ministre de la Santé, Yves Bolduc, qui a été investi par des membres de l’R des femmes. Et pour demander l’abolition de la contribution santé, ces dernières ont même eu recours à une « action tannante » en monopolisant les lignes de téléphone et de télécopieur du ministre des Finances, Raymond Bachand.

En 2007, l’R des femmes, qui regroupe 102 centres de femmes et qui a aidé près de 300 000 femmes au Québec, s’est vu refuser une subvention fédérale pour un projet sur les comportements violents. « On s’est dit qu’on ne demanderait plus rien à Condition féminine Canada. Monter un dossier prend beaucoup de temps. On peut mettre cette énergie ailleurs », reconnaît Odile Boisclair de l’R des femmes, qui bénéficie tout de même d’une subvention du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

Pour ne pas se laisser scléroser par la morosité ambiante, l’organisme a donc décidé d’agir autrement. « En 2011 et 2012, les libéraux seront en mode séduction en vue des prochaines élections. On s’attend à devoir lutter et à sortir dans les rues, prévient Odile Boisclair. On va évaluer les retombées des actions tannantes qu’on a menées pour adapter notre intervention. Une chose est certaine, nous sommes très créatives. »

Axée sur la lutte contre la pauvreté, l’association veut contester des mesures telles que la contribution santé et analysera le budget 2011 du ministre Raymond Bachand et ses répercussions sur les femmes, dont les revenus sont toujours moins élevés que ceux des hommes.

Si l’année 2011 s’annonce difficile pour plusieurs associations et groupes de femmes, nombreux sont ceux qui se préoccupent de l’avenir de la Fédération des femmes du Québec 1 (FFQ). Son financement provenant du gouvernement fédéral, par l’entremise de Condition féminine Canada, se termine le 31 mars 2011, et son renouvellement est loin d’être sûr. Pour elle, l’occupation du bureau de la ministre St-Pierre en octobre 2010 montre cette évolution. « Lors de la MMF, il y a eu de la désobéissance civile pacifique. C’est notre manière de hausser le ton. » La MMF s’est révélée un moment fort qui prouve que la mobilisation est toujours bien présente, croit-elle. « Plus de 300 activités ont eu lieu, et le rassemblement de Rimouski est le plus important de l’histoire de la province en dehors de Montréal et de Québec. Si beaucoup affirment qu’on ne sent pas la mobilisation, cela ne signifie pas qu’il n’y en a pas. »

Le féminisme d’État

Pour la Coalition nationale des Conseils consultatifs provinciaux et territoriaux sur la condition de la femme (CCCF), qui a tenu sa rencontre annuelle en septembre 2010 à Québec — sans la présence de la ministre fédérale de la Condition féminine, Rona Ambrose, qui a décliné l’invitation –, l’une des priorités est de rétablir le recensement obligatoire. Selon la Coalition, cet outil est essentiel pour colliger les données qui permettent de déterminer les problèmes d’égalité des sexes et de développer des programmes pour les contrer.

Comptant parmi ses membres le Conseil du statut de la femme du Québec, la Coalition offre l’occasion aux représentantes des conseils consultatifs des provinces et des territoires de partager des idées et des façons de faire afin de développer un point de vue national sur les questions d’égalité. Le champ d’action des membres de la Coalition: analyser les intentions des gouvernements et prendre position pour l’avancement de l’égalité. « C’est l’expression des féministes d’État, précise Béatrice Farand, attachée de presse du Conseil du statut de la femme du Québec (CSF). En participant aux commissions parlementaires, en émettant des opinions et en publiant des avis, nous nous assurons du respect des droits des femmes dans l’élaboration des projets de loi et des politiques gouvernementales. En 2010, le CSF a notamment signifié son désaccord au gouvernement québécois concernant l’implantation d’un ticket modérateur pour financer les soins de santé, une taxe que l’organisme juge discriminatoire envers les femmes. Le ministre des Finances a par la suite annoncé qu’il abandonnait cette mesure. »

Au Nouveau-Brunswick, comme dans les autres provinces de l’Atlantique, au Manitoba, au Yukon, au Nunavut et dans les Territoires du Nord-Ouest, un CCCF veille au respect des droits des femmes. Sa directrice générale, Rosella Melanson, précise que le CCCF a un double mandat:porter à l’attention des citoyennes et des citoyens les questions d’intérêt liées aux femmes et conseiller la ministre responsable de la Condition de la femme, la conservatrice Margaret-Ann Blaney.

Employée du CCCF depuis près de 30 ans,Mme Melanson a été une témoin et une actrice privilégiée des transformations du mouvement des femmes néo-brunswickois. « Dans les dernières années, les groupes de femmes de la province qui ne reçoivent plus le même financement d’Ottawa ont dû délaisser leurs activités de sensibilisation et de revendication politique — leur véritable raison d’être — au profit d’activités communautaires, qui font moins de vagues. Chancelants, ils survivent pour le moment grâce à des initiatives originales. » Par exemple, l’automne dernier, la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick a fait appel à la générosité du public en tenant une collecte de fonds afin de pallier les coupes de subventions de Reste qu’à l’extérieur du Québec, le féminisme semble battre de l’aile. Andrée Côté, de l’Alliance de la Fonction publique du Canada, constate un réel effritement de la mobilisation pan-canadienne. « En dehors du Québec, il n’y a plus de voix pour porter les causes des femmes. L’information est contrôlée et il est difficile de toucher la population. » Rosella Melanson n’irait pas jusqu’à dire que le Québec à lui seul porte la voix du mouvement au pays. Le Nouveau-Brunswick est très dynamique. Je pense entre autres à la Fédération des femmes acadiennes et francophones du Nouveau-Brunswick, un réseau important qui cherche sa place dans cette joute Condition féminine Canada. Une somme de 71 000 $ a été amassée, « ce qui permettra à la Coalition de survivre une année ou deux », estime Gunther Gamper, Rosella Melanson, qui applaudit de telles façons de faire face à la crise actuelle, ajoutant qu’il est primordial que les féministes d’État continuent de prendre la parole sur la place publique.

Mouvement toujours vivant

Heureusement, malgré le climat morose, des initiatives continuent de voir le jour, comme le groupe pancanadien RebELLEs. Né en 2008, il est composé exclusivement de femmes âgées entre 14 et 35 ans. Reconnaissant qu’il existe plusieurs interprétations du féminisme, il en propose une vision globale pour toucher le plus grand nombre de femmes, quelles que soient leurs origines culturelles, leur langue, leurs opinions politiques ou la façon dont elles se définissent. Ne bénéficiant d’aucune subvention, le groupe fonctionne sur une base d’autogestion. Près de 300 jeunes féministes sont attendues à son deuxième rassemblement, qui se déroulera en mai à Winnipeg (Site web portant sur le mouvement Rebelle).

La présence des RebELLEs prouve que le féminisme a toujours sa raison d’être et que de nouvelles voies sont possibles, selon Alexa Conradi. « Du côté de la FFQ, notre défi est de prendre en compte la diversité des femmes », convient-elle avant de préciser que la Fédération n’a jamais été représentative de toutes les femmes et ne pourra jamais l’être. « Nous allons lancer un processus de réflexion sur les 20 dernières années de lutte. Cela aboutira à des états généraux du féminisme qui se tiendront en 2013. Ce sera l’occasion de parler des enjeux du féminisme pour toutes celles qui ont des choses à dire. » dont les règles ont changé. Si nous ignorons parfois ce qui se fait ailleurs, ça ne veut pas dire qu’il ne s’y passe rien. Il est vrai également que la communication est beaucoup plus facile à l’intérieur d’une même région; « je suis plus au fait de ce qui se passe dans l’Atlantique que dans les Prairies. » Concertation, prise de parole et ralliement, voilà les atouts essentiels à la pérennité, voire peut-être à la relance du mouvement des femmes au Canada. « Donnez-moi un mandat national et je serai la première à mener une campagne d’action pour la question des congés parentaux, par exemple, mais compte tenu du mandat de notre organisation, il me faut concentrer mes efforts sur les dossiers provinciaux, ajoute Rosella Melanson. Et bien sûr, si le premier ministre n’était pas M. Harper, je serais davantage encouragée à m’engager dans des dossiers pancanadiens. Mais actuellement, on est condamnées à se buter à un mur. » Quant à Andrée Côté, elle croit fermement que la population est démocrate et se préoccupe du bienêtre social. « Elle ne peut pas être en accord avec la politique actuelle, alors il faut confronter le gouvernement conservateur », lance-t-elle. David contre Goliath? Peut-être,mais ça vaut le coup d’essayer.

Informez-vous sur Monde des Femmes (2011)

Fédération des femme du Québec

Fondée en 1966, la FFQ est un organisme non partisan qui exerce un rôle de concertation et de mobilisation au sein du mouvement des femmes. Au 31 mars 2010, elle regroupait 598 membres individuelles et 178 membres associatives.

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