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Photographie d'une personne au téléphone

La virginité a encore la cote en Turquie. Incontournable dans les milieux traditionnels, elle reste aussi prisée chez de nombreuses familles de l’élite urbaine. La virginité d’une femme est partie intégrante du code d’honneur de la famille. De plus, l’islam, comme toutes les religions monothéistes, interdit les relations sexuelles hors du mariage.

« Dans une culture où la famille élargie domine l’individu, la pureté d’une femme avant le mariage n’est pas seulement un choix individuel. En restant vierge, celle-ci démontre sa loyauté à sa famille », affirme Dilek Cindoglu, professeure à l’Université de Bilkent, à Ankara.

Pour s’assurer de la chasteté de la promise, des familles turques ont encore recours à la coutume ancestrale du test de virginité, effectué par un médecin. Les médias ont fait grand cas de jeunes femmes qui se sont suicidées plutôt que de subir cet examen prémarital. Pour beaucoup, la seule menace de ce test humiliant est source de stress et d’angoisse. Si la future épouse refuse de s’y soumettre, cela peut être perçu comme l’aveu d’un honneur souillé. Quant à celles qui « coulent » le test, elles risquent d’être battues, ostracisées ou, dans les cas extrêmes, assassinées.

Comme il n’existe aucune statistique sur les tests de virginité, impossible de savoir à quel point la pratique est répandue. « Les médias ont beaucoup parlé du sujet. Le public commence à comprendre que ces tests ne sont pas une bonne chose. À moins de vouloir vraiment punir leurs filles, les familles n’auront pas recours à cette pratique », affirme Dilek Cindoglu.

Ironie terrible, ces tests n’établissent pas de façon incontestable la virginité. En effet, l’hymen, cette petite membrane qui couvre l’ouverture du vagin, peut avoir été déchiré lors de la pratique d’un sport ou par l’utilisation de tampons. « Des études ont démontré que dans 40 % des cas, il n’y a pas de saignement lors de la rupture de l’hymen. Alors comment savoir si la femme est vierge ou pas ? » fait valoir la sociologue.

Selon le Code pénal turc, récemment révisé, quiconque effectue un examen génital sans l’autorisation d’un juge ou d’un procureur est désormais passible d’une sentence de trois mois à un an de prison. Pour les groupes de défense des droits des femmes, cet article ne va pas assez loin. « Le Code utilise le terme examen génital plutôt que test de virginité. Ensuite, l’article n’interdit pas cette pratique et ne spécifie même pas qu’il faut obtenir le consentement de la femme. Ça laisse donc place à des examens forcés », affirme Liz Erçevik Amado.

« Pour les Turques de ma génération, qui habitent dans de grandes villes, qui ont un diplôme universitaire et une certaine liberté économique, la virginité n’est plus très importante. Par contre, 99 % des parents turcs (même les plus éduqués) continuent à croire ou à faire semblant de croire que leurs filles resteront vierges jusqu’au mariage ou que leurs fils épouseront des filles vierges. »

Ece Tepedelenli, diplômée en traduction-interprétation, vient de quitter son poste aux Nations Unies pour immigrer au Québec. À ses yeux, la société turque est bourrée de contradictions en matière de sexualité. « Dans l’est du pays, une femme risque de perdre la vie en allant simplement dans un café avec un homme. Mais je vois aussi des jeunes filles qui vivent librement leur sexualité, des femmes qui attendent toujours l’homme idéal à 45 ans, et d’autres qui courent chez le gynécologue avant leur nuit de noces pour se refaire une virginité », raconte la jeune interprète de 24 ans.

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