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Photographie d'un couple polygame.

À contre-courant du mouvement anti-polygamie, des Québécoises ont accepté de partager leur homme avec des coépouses.

Après sept ans de fréquentation, Ève (nom fictif) attend avec impatience de devenir officiellement la quatrième épouse de Djibril, un musicien sénégalais de 35 ans. « Il s’agit de ma vie amoureuse, pas d’un choix que je fais pour changer le monde. Ce n’est pas la situation idéale, mais j’écoute mon cœur ! » lance la jeune femme de 30 ans.

Ève (qui requiert l’anonymat par peur d’être sollicitée par les médias) a choisi de « s’adapter à la réalité ». La réalité, ce sont les trois autres femmes de Djibril et leurs neuf enfants. Deux habitent dans des maisons séparées au Sénégal et dépendent financièrement de leur mari, la troisième vit et travaille en France. « Je ne vivrai pas avec ces femmes : dans les jeunes familles polygames, il est rare que les épouses cohabitent », précise-t-elle. Avant de se marier, elle a toutefois tenu à vérifier si cette grande famille l’accepterait. De retour d’un séjour de trois mois à Dakar, la cégépienne montréalaise, qui termine une technique en sciences sociales, se déclare satisfaite. « On peut vivre en polygamie et être épanouie. »

N’allez pas traiter cette jeune féministe — elle revendique le titre — de femme soumise. De quel droit les Occidentales décident-elles qui est opprimé ? « Je suis pour l’avancement des femmes, mais c’est aux femmes de chaque pays de faire des pas ! »

Dans notre Québec plutôt égalitaire, des femmes ont choisi de contracter un mariage multiple. Par amour, elles ont tout quitté pour aller vivre auprès de l’homme aimé… et de ses épouses. C’est cette expérience que relate la Montréalaise Louise Girardin dans Mon mari, ses femmes, leurs enfants et moi, paru en septembre 2005 chez Lanctôt.

Louise a 50 ans lorsqu’elle rencontre, dans un village de Gambie, un chauffeur de taxi illettré dont elle deviendra la troisième épouse. Divorcée et mère de trois enfants, elle tombe amoureuse de Maodo, 47 ans, et de sa famille, soit deux femmes et trois enfants. « À partir de la quarantaine, j’en étais revenue des amours de contes de fées, raconte-t-elle. Après avoir vécu avec un coureur de jupons, j’avais déjà envisagé la polygamie. »

Le contexte de la famille étendue la rassure. Tout comme le fait de savoir où son homme passe ses nuits. Chacune son tour : Maodo n’a pas de pièce à lui et passe deux jours avec chaque épouse. Là-bas, Louise coule des jours heureux. Ses initiatives plaisent à son amoureux, sur le plan sexuel entre autres. « Je n’étais pas excisée comme les autres. Et je n’étais pas intéressée financièrement : mon mari comprenait que j’étais avec lui par amour. » La jalousie ? Elle ne la connaît pas. Maodo ne démontre guère son affection en public. « Je n’ai jamais vu mon mari bécoter ses autres femmes. Je me souciais de leur bien-être et elles m’aimaient en retour. »

Trois ans après son mariage, devenue aphasique à la suite d’une grave malaria, la Québécoise est rapatriée d’urgence au Québec. Elle ne regrette rien, sauf de n’avoir pu terminer ses jours en Afrique. « Je vivrais même la polygamie ici », assure Louise, 65 ans, ajoutant qu’il est plus facile de vivre le mariage multiple avec l’acceptation de tous que de subir l’adultère.

Ève abonde dans le même sens. À ses yeux, une polygamie assumée vaut mieux que l’infidélité. « Ce que je fais avec mon mari est unique. Et j’ai l’avantage de savoir avec qui il couche ! C’est plus clair. » C’est sans peur et sans reproche qu’elle ira bientôt rejoindre Djibril.

Mais une Québécoise qui a le loisir de revenir dans son pays d’origine et qui a une certaine autonomie financière, n’a-t-elle pas, en fin de compte, plus de pouvoir que les épouses africaines ? Chose certaine, Louise Girardin jouissait d’un statut spécial au sein de sa famille. Les autres femmes n’avaient pas de revenu et le mari gagnait peu. « Le fait d’être une Occidentale d’un certain âge, éduquée et autonome grâce à un héritage me conférait un certain statut, admet-elle. Je prenais des décisions importantes comme l’envoi des enfants à l’école ou l’installation de l’électricité. J’étais presque le chef de famille. »

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