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Photographie de Mme Mathalie Simard

Mai 2005. Séisme au Québec. L’ex-enfant chérie du showbiz révèle que son imprésario l’a agressée sexuellement pendant des années. A-t-elle incité d’autres victimes à briser le silence ?

En 2005, le ministère de la Sécurité publique a enregistré 5 144 infractions sexuelles sur le territoire québécois. Une hausse de 14,4 % du nombre de dénonciations, après trois ans de stabilité. Cette augmentation serait-elle liée à la forte médiatisation de l’affaire Nathalie Simard ? Le Ministère confirme que oui. Les organismes d’aide aux femmes aussi.

« La hausse des infractions sexuelles dans les statistiques de 2005 ne signifie pas que plus de crimes sexuels ont été réellement commis au cours de l’année. Elle semble plutôt découler d’une plus forte déclaration de ces crimes », précise le Ministère dans son rapport Les agressions sexuelles au Québec — Statistiques 2005, rendu public en janvier dernier. Il y souligne que le nombre de dénonciations « a augmenté substantiellement au cours des mois qui ont suivi le dévoilement d’une victime connue du grand public ».

« En mai 2005, lorsque Nathalie Simard a permis aux médias de révéler qu’elle était l’une des deux victimes de Guy Cloutier, les lignes ne dérougissaient plus. Des femmes qui avaient vécu des expériences semblables dans le passé ont décidé de parler », indique Sophie Bellefeuille, intervenante au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de l’ouest de l’Île, à Montréal.

« La sortie publique de Nathalie Simard a porté fruit », affirme Sandra Vachon, intervenante au CALACS de Trois-Rivières. En 2004-2005, son équipe a traité 275 demandes d’aide; l’année suivante, plus de 450 ! Les demandes ne finissent pas nécessairement par une mise en accusation de l’agresseur. « Bien que de plus en plus de femmes décident d’aller devant les tribunaux, certaines veulent uniquement parler de ce qu’elles ont vécu. »

Par ailleurs, Pilar Barbal i Rodoreda, agente de promotion et de liaison du Regroupement québécois des CALACS, déplore le fait que, encore trop souvent, l’entourage des victimes ne les prend pas au sérieux. « Lorsqu’un accident d’auto survient, on soigne les blessures des passagers et on cherche à identifier le responsable. Dans le cas d’une agression sexuelle, on se demande tout de suite si la victime n’a pas fait quelque chose pour provoquer le drame. »

La dénonciation publique d’un agresseur encourage certes à parler, mais c’est sa condamnation qui a le plus d’impact. « Il existe beaucoup de préjugés à l’endroit de la justice, selon Gabriel Larivière, directeur du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) de la Montérégie. Quand une personne importante est reconnue coupable, les gens ont la preuve que le système fonctionne. Certains se décident alors à aller plus loin dans leurs démarches. »

Si l’effet a été immédiat après chaque sortie publique de Nathalie Simard, la situation semble revenue à la normale depuis. « C’était tellement intense dans les semaines qui suivaient. Je crois qu’il aurait été impossible de maintenir le même rythme », fait remarquer Sophie Bellefeuille. N’empêche, ce boom de dénonciations a allongé les listes d’attente des centres d’aide.

Le Regroupement québécois des CALACS, qui représente la majorité des centres d’aide, demande un soutien financier du gouvernement afin d’ajouter des ressources. Certaines régions du Québec ne sont toujours pas desservies par un CALACS, comme le Nord-du-Québec, où le taux d’infractions sexuelles atteignait 142 par 100 000 habitants en 2005, alors que la moyenne québécoise était de 77 par 100 000 habitants.

Le Comité interministériel de coordination en matière de violence conjugale, familiale et sexuelle, qui réunit neuf ministères québécois, prépare actuellement un plan d’action pour contrer les agressions sexuelles. « Il y aura des consultations au cours des prochains mois. Le plan devrait être publié à la fin de 2007 et jumelé à une enveloppe d’argent », avance Hélène Cadrin, coprésidente du Comité.

Reste à voir si les sommes versées parviendront à combler les besoins des CALACS. Dans certaines régions, les femmes doivent maintenant patienter jusqu’à sept mois avant de recevoir de l’aide individuelle.

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