Aller directement au contenu

Quelle perception les jeunes ont-ils de l’égalité entre les femmes et les hommes ? Le Groupe de travail sur les jeunes, mis sur pied par le Conseil du statut de la femme (CSF), a mené une consultation à ce sujet pendant deux ans. Réflexions de l’intérieur.

La consultation auprès des jeunes a donné lieu à une première dans l ’histoire du CSF : le Groupe de travail sur les jeunes, composé de Geneviève Baril, Julie Bourgon, David Chagnon, Léa Clermont-Dion et Sacha Genest-Dufault, était mixte. Julie Champagne l’a présidé durant la majeure partie de la consultation et Béatrice Farand a assuré la coordination des travaux. La Gazette des femmes a rencontré des membres du groupe pour connaître les résultats de l’entreprise et recueillir leurs impressions.

Comment la consultation a-t-elle été menée ?

JB : La consultation a été effectuée en trois phases. On a rencontré des élèves de 4e et de 5e secondaire, des jeunes du cégep et de l’université, puis des jeunes professionnels de 18 à 35 ans. On est allés à Montréal, à Québec et dans différentes régions pour interroger des jeunes. On a pris le pouls en direct. Les jeunes pouvaient aussi remplir un questionnaire en ligne. [Au total, 212 jeunes du secondaire, 1 054 jeunes du cégep ou de l’université et 236 jeunes travailleuses et travailleurs ont participé à la consultation.

LCD : La consultation sur Internet a donné la chance à des gens qu’on n’avait pas rencontrés sur le terrain d’exprimer leur opinion sur le sujet.

Quelles conclusions peuvent être tirées ?

GB : Il y a une statistique que je trouve très percutante : 90 % des jeunes femmes consultées considèrent que le féminisme a encore sa place. Cependant, 60 % des jeunes travailleuses [et 49 % des étudiantes au cégep ou à l’université] croient qu’il devrait être revu, parce qu’elles ne s’y identifient pas. Une majorité de jeunes, en particulier au cégep et à l’université, disent qu’il faudrait changer le terme féminisme pour égalité.

DC : Les jeunes consultés considèrent que l’égalité est atteinte dans deux domaines : le couple et les études. Mais ils affirment que ce n’est pas le cas en politique.

Avez-vous noté des différences entre les réponses des jeunes femmes et des jeunes hommes ?

BF : Si on regarde les résultats des trois phases, globalement, leurs réponses se rejoignent. Les pourcentages diffèrent un peu, mais leurs pensées vont dans la même direction.

DC : Généralement, les hommes considéraient qu’on était plus près de l’égalité que les femmes. Même si parfois, de part et d’autre, une majorité de gens croyaient que l’égalité était atteinte dans un domaine donné, il y avait souvent plus d’hommes qui étaient convaincus que c’était réglé.

GB : En matière de partage des responsabilités familiales, 47 % des jeunes hommes travailleurs consultés sont d’avis que l’égalité est atteinte et 45 % croient l’inverse, alors qu’une majorité significative de jeunes travailleuses jugent la situation inégalitaire pour elles. Même chose en ce qui concerne le marché du travail : 51 % des jeunes hommes fréquentant le cégep ou l’université considèrent que l’égalité est atteinte sur le marché du travail et 46 % pensent le contraire, alors qu’une proportion élevée des jeunes femmes au cégep ou à l’université (69 %) croient que l’égalité n’est pas encore atteinte dans ce domaine.

Avez-vous noté des différences entre les réponses des jeunes du secondaire, du cégep, de l’université et de ceux sur le marché du travail ?

BF : Les jeunes du 2e cycle du secondaire, du cégep et de l’université ont davantage l’impression que l’égalité est atteinte parce qu’ils sont à l’école, un milieu plus égalitaire selon leur perception. C’est en arrivant sur le marché du travail qu’ils se rendent compte des inégalités persistantes en termes de salaire, d’accès aux promotions et de congés parentaux, par exemple.

Qu’est-ce que les jeunes pensent de l’image des femmes et des hommes véhiculée dans les médias ?

GB : Les téléromans québécois remportent la palme en matière d’image correcte de femmes et d’hommes, tant chez les filles que chez les garçons.

LCD : Selon les jeunes, les pires véhicules sont les vidéoclips et la télé réalité. J’ai trouvé intéressant de constater que les jeunes dénonçaient les stéréotypes véhiculés.

Est-ce que les jeunes ont l’impression que l’égalité concerne à la fois les hommes et les femmes ?

GB : Oui, tout à fait.

JB : Même qu’à propos de la publicité sur les métiers non traditionnels pour les femmes, ils disent que ce serait intéressant d’inciter aussi les hommes à choisir des métiers non traditionnels pour eux, par exemple infirmier ou enseignant au primaire.

Qu’est-ce qui vous a frappés en menant cette consultation ?

JB : J’ai été impressionnée de voir que les jeunes se ralliaient à la lutte pour l’égalité entre les sexes et qu’ils étaient intéressés par cette question.

GB : La lucidité des jeunes par rapport aux enjeux liés à l’égalité, et le fait que cette valeur est solidement ancrée chez eux. Ça m’a beaucoup encouragée pour les autres luttes qu’il nous reste à mener.

LCD : Ce qui m’a le plus étonnée, je pense, c’est la phase sur les jeunes travailleurs. Ça m’a un peu surprise de voir qu’autant d’inégalités persistaient dans le domaine du travail. Je n’ai pas vraiment été étonnée de la lucidité des jeunes, parce que j’en suis une et je sais que ça existe.

DC : Moi, c’est la pertinence du débat. Même s’il y a eu d’énormes progrès dans l’égalité hommes-femmes et qu’on pourrait penser que, pour bien des gens, la question est réglée, les jeunes avaient beaucoup de choses à dire. Plus on engageait la discussion, plus ils réalisaient qu’il y avait eu de grands progrès, mais que dans certains domaines, il restait du travail à faire.

Qu'en pensez-vous?

Aucune réaction

Inscription à l'infolettre