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Photographie de Mire et Perle

Ils ont à peine 18 ans et mènent déjà leur propre entreprise. En plus, ils donnent tous leurs profits à des organismes, respectent l’environnement et font la promotion de la « vraie beauté » des femmes. Entretien avec une équipe audacieuse pour qui créer, c’est s’engager

À la tête de Mire EnScène, une petite entreprise de design de mode, trois fonceurs ultra créatifs. Lara conçoit des vêtements à partir de fringues récupérées. Perle développe la mise en scène et les chorégraphies de défilés nouveau genre. Simon s’occupe du site Internet et de tout le matériel promotionnel. Le cliché du jeune amorphe, cloué devant son écran d’ordinateur, ne pourrait être plus éloigné de leur réalité…

Quand avez-vous mis sur pied votre entreprise ?

Perle : C’est Lara qui a lancé le projet en 2003, alors qu’on était tous au secondaire. On avait 13 ans. Comme j’avais de l’expérience en danse, j’ai commencé à créer des chorégraphies pour notre premier spectacle de mode, Walk-in 2004.

Qu’est-ce qui a déclenché le projet ?

Lara : Ça remonte à l’année scolaire 2002-2003. J’avais été mannequin dans un défilé de mode traditionnel. Je me suis dit que ce serait vraiment intéressant d’amener l’expérience du défilé à un niveau supérieur, en ajoutant des mises en scène et des interactions avec les spectateurs. La meilleure façon d’y arriver, c’était de faire mes propres collections et de les présenter sur scène. Il faut dire que j’ai toujours été intéressée par les arts, la couture et la mode.

J’ai décidé de travailler avec des matériaux recyclés pour participer à la protection de l’environnement, mais aussi parce que c’est vraiment inspirant. Comme chaque matière est unique, chaque création l’est aussi.

Puis, j’ai parlé à plusieurs personnes surtout intéressées par la scène afin de préparer un défilé original.

Quelles sont les activités de Mire EnScène?

Lara : Nous avons trois collections principales. Mire Pit-pit, c’est la collection de vêtements de scène pour nos spectacles. Ce sont des costumes qui ne se portent pas tous les jours (rires). Mire Bonheur inclut les pièces de prêt-à-porter conçues à partir d’un thème, tout comme la collection Mire Pit-pit. Finalement, il y a les Paradis artificiels : des vêtements qu’on pourrait voir dans les boutiques, un peu extravagants, mais qui se portent quand même au quotidien. Les pièces de cette collection sont créées de façon spontanée, en dehors de la thématique du spectacle.

Perle : On fait surtout des collections pour les filles, mais on va s’aventurer du côté masculin sous peu. L’autre volet de nos activités, c’est la présentation de numéros chorégraphiques de mode dans différents spectacles et événements. On fait du stylisme aussi : on conseille les gens sur la manière d’agencer leurs vêtements.

Des exemples de vêtements recyclés ?

Perle : Le bikini fait avec des poches de jeans.

Lara : Des manches de chandail transformées en leg warmers.

On peut faire du prêt-à-porter en réutilisant des vêtements ?

Lara : Oui, mais en y allant avec des designs simples. Par exemple, un même patron va permettre de faire une ligne de jupes, mais chacune se distinguera par le tissu choisi. Certaines seront rouges, d’autres roses ou jaunes.

Qu’y a-t-il de particulier dans vos mises en scène ?

Perle : Elles sont beaucoup plus théâtrales que ce qu’on voit dans les défilés traditionnels. Je laisse le champ libre à l’imagination du spectateur en développant l’aspect scénique du spectacle. Les mannequins ne marchent pas en ligne droite. On crée des atmosphères, on ajoute des émotions, de la musique, beaucoup de gestuelle. On fait ressortir la personnalité des mannequins.

Lara : Dans le fond, c’est comme au théâtre. On écrit un scénario. Les vêtements, la mise en scène, le concept général du spectacle et la publicité se fondent en une seule expérience pour les spectateurs.

Avez-vous eu de l’aide pour monter ce projet-là ?

Perle : Oui, de nos amis et de notre entourage surtout. Comme on a commencé jeunes, on a eu du support de nos familles.

Lara : Pour Vinyle 2006, on était huit organisateurs et on a effectué toutes les démarches, de la location de la salle aux contacts avec les médias. Pas d’adultes pour nous superviser…

Combien de personnes travaillent avec vous pendant les défilés ?

Perle : Jusqu’à 100 personnes. Ça inclut les bénévoles, les mannequins, les animateurs, les coiffeurs, les maquilleurs. C’est toute une équipe !

Simon, qu’est-ce qui t’a tenté dans les activités de Mire EnScène ?

Simon : Je me suis associé à l’équipe pour Vinyle 2006. Je me suis proposé pour faire le site Internet de l’entreprise. Ça m’a amené à concevoir les affiches, les dépliants, tout ce qui est image imprimée, pour que la pub contribue au concept global.

Où avez-vous appris à faire tout ça ?

Lara : Le seul cours de couture que j’ai suivi, c’était en 6e année. En gros, j’y ai appris à faire un t-shirt avec un patron… (Rires) J’avais une machine à coudre dans le sous-sol. Je déconstruisais des vêtements, je les reconstruisais. Ça a été un processus autodidacte.

Perle : J’aime expérimenter. C’est ce qui m’amène à créer un tout nouvel art de scène. Je m’inspire de chaque show auquel j’assiste : danse, musique, théâtre, slam poésie et même cirque ! Simon : Dans le fond, j’ai toujours fait du graphisme. Je « taponne » dans Photoshop depuis que j’ai 10 ans. Au début, j’agrandissais des Pokémon. À force de travailler, on finit par comprendre comment ça marche.

As-tu fait du dessin traditionnel ?

Simon : Un peu, dans mes cours d’arts plastiques, mais c’est l’ordinateur qui m’intéresse. D’ailleurs, j’ai été refusé en graphisme au cégep à cause de ça. Je n’étais pas assez bon en dessin. Mais j’en fais quand même !

Quelles sont les valeurs de votre entreprise ?

Perle : L’engagement est une valeur de base. Tous nos profits sont remis à des organismes à but non lucratif. C’est notre manière de nous engager dans notre communauté. Notre premier défilénous a permis de remettre 600 $ — la totalité des profits de la soirée — à la Société canadienne du cancer du sein. Cette société travaille à la prévention du cancer, mais aide aussi les femmes à apprivoiser leur image après les traitements qui modifient leur apparence. On choisit des organismes qui touchent concrètement les personnes et qui, évidemment, partagent notre mission : protection de l’environ­nement et promotion de la vraie beauté. On a pu remettre un total de 8 000 $ à Opération Enfant Soleil avec nos éditions PréteXte 2005 et Vinyle 2006.

Comme notre conception du défilé et de la mode est complètement nouvelle, on a besoin de l’ouverture d’esprit des spectateurs, des mannequins, des médias et de tout le monde qui collabore avec nous. C’est super important. On pense que la diversité, c’est ce qui fait la beauté de ce monde. Alors on aime aussi que nos mannequins aient toutes sortes de silhouettes, toutes les couleurs de peau, différentes cultures…

L’autre valeur importante pour nous est le respect, celui de l’environnement et des femmes.

Perle : On fait la promotion de la vraie beauté en choisissant des mannequins qui sont bien dans leur peau, justement, et qui ont une silhouette qui ne correspond pas aux diktats de la mode.

Lara : Il y a moins de 5 % de la population qui a naturellement LA silhouette présentée par l’industrie de la mode. C’est complètement ridicule.

Perle : Les grandes maigres ! Les filles sont tellement bombardées de toutes ces images-là… Ça joue beaucoup sur l’imaginaire et sur le désir de correspondre à ces proportions insensées. On croit que chaque personne est belle à sa manière. C’est une des causes qui nous tiennent à cœur.

Lara : Les designers se servent des mannequins comme de supports. Moi je pars avec l’idée que l’être humain, le vrai, c’est le canevas avec lequel je dois dessiner et travailler.

Pensez-vous que l’égalité entre les femmes et les hommes est atteinte ?

Perle : Spontanément, je dirais oui, mais j’hésite. Je sais qu’il y a encore des changements à faire.

Lara : Moi, je dirais que théoriquement, au Québec, c’est atteint. En pratique, ça reste à vérifier. Personnellement, je trouve que la participation des personnes des deux sexes amène des visions différentes. Ça ne peut qu’être un avantage pour nous.

Simon : Il y a beaucoup de lois qui favorisent l’égalité. Mais beaucoup de mentalités ne sont vraiment pas égalitaires. Pensons simplement à la femme-objet qui est encore très populaire…

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