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Photographie de Mme Élaine Hémond

À la tête des villes et des villages québécois, les femmes brillent souvent par leur absence. Peu intéressées, trop effrayées, mal informées ? Pour renverser la vapeur, des outils et des formations sont mis de l’avant afin de leur prouver qu’elles ont l’étoffe nécessaire pour gouverner.

Les femmes constituent à peine le quart des acteurs de la politique municipale au Québec : elles n’occupent que 13,1 % des fauteuils de mairie et 26,6 % des sièges de conseillers municipaux. En comparaison, le pourcentage de députées à l’Assemblée nationale après les dernières élections était de 29,6 %. « Ce qui est quand même peu élevé », signale Geneviève Hamelin, adjointe au Centre de développement femmes et gouvernance (CDFG), un réseau composé d’experts de l’École nationale d’administration publique (ENAP) ainsi que du Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD). « Cette faible proportion peut s’expliquer par un manque de confiance. Plusieurs femmes disent qu’elles n’ont pas l’expérience et les connaissances nécessaires pour se lancer en politique. »

Si elles se bousculent encore moins au portillon du pouvoir municipal, c’est principalement parce qu’« il y a méconnaissance de la démocratie municipale, révèle Élaine Hémond, directrice déléguée du GFPD au Centre de développement femmes et gouvernance. On croit souvent à tort que ça n’implique que des tâches liées à la voirie, aux égouts et à l’urbanisme. De plus, on fait pratiquement du bénévolat dans certaines petites municipalités ».

Sans compter qu’au Québec, plus de la moitié des maires et des conseillers sont élus sans opposition (par acclamation). Pis encore, la perspective d’affronter un élu établi, qui cumule quelques mandats d’affilée, peut réfréner l’ambition d’une nouvelle venue en politique… En outre, souligne Mme Hémond, comme la majorité des municipalités du Québec sont de petite ou de moyenne taille, elles n’ont pas de représentation partisane. Les aspirants au conseil sont ainsi privés de l’appui d’un parti, contrairement aux élus provinciaux et fédéraux.

Pourtant, la démocratie se porterait probablement mieux si la population des municipalités du Québec était représentée selon sa composition, estime-t-elle. « Il faut que la proportion d’hommes et de femmes soit un peu comme un portrait en microcosme de la population… »

La politique fut constituée par et pour les hommes, signale pour sa part Mme Hamelin. Les femmes en intègrent peu à peu les rouages pour la façonner également à leur image. Car elles jaugent les enjeux et les actions d’une lorgnette différente, ce qui confère à leur leadership et à leurs décisions une teinte distincte. « Les femmes disposent aussi d’un bagage lié à leurs traditions. Plusieurs d’entre nous sont mères et, traditionnellement, nous sommes associées au milieu communautaire, ajoute Mme Hémond. Les femmes n’ont pas l’approche du “champ de bataille”, mais ont plutôt tendance à composer avec les intérêts divergents. » Une caractéristique susceptible d’influencer la manière dont elles s’impliquent en politique.

Des bancs d’école aux sièges des conseils municipaux

Il y a un déficit et on doit le combler, soit. Mais comment recruter plus de femmes pour diriger les municipalités du Québec ? D’abord en levant le voile sur la nature du mandat qui leur incombera. Puis, en leur proposant des outils « d’aide à l’emploi ».

L’important, c’est d’encourager et de convaincre celles qui hésitent à se lancer dans l’arène. Pour ce faire, plusieurs regroupements et associations offrent des séances d’information et des formations à travers le Québec. Quant au programme d’aide financière À égalité pour décider du Secrétariat à la condition féminine, il vise à accroître le nombre de femmes dans les postes de décision des instances locales et régionales.

Le Centre de développement femmes et gouvernance met également divers outils à la disposition des femmes que la politique intéresse. Parmi eux, l’École Femmes et Démocratie, qui fait partie de son volet Vie politique et démocratie. « Les formations offertes à l’École permettent notamment d’acquérir des connaissances de base sur le fonctionnement des municipalités, indique Élaine Hémond. Les participantes peuvent aussi développer leurs habiletés en communication grâce à des exercices filmés. Nous avons également un volet réseautage par lequel nous leur présentons l’univers municipal et ses diverses instances. »

Les relations de la mairesse avec l’administration municipale, la préparation d’un budget municipal et la planification stratégique d’une campagne électorale constituent des aspects du pouvoir municipal qui se retrouvent au cœur des formations.

La codirectrice du CDFG tient à souligner qu’à l’École Femmes et Démocratie, la transmission des connaissances et l’acquisition des compétences se fondent sur l’approche andragogique, un type d’enseignement qui vise le développement de l’adulte en tenant compte de ses acquis professionnels. Chacune des participantes est donc maître d’œuvre de sa formation. « Notre équipe de formateurs et de professeurs sont des accompagnateurs », précise-t-elle.

D’abord tenues uniquement à l’ENAP, à Québec, ces sessions de formation sont désormais offertes en région. Leur contenu varie au gré des besoins auxquels le CDFG veut répondre. Par exemple, celle qui avait lieu en Estrie en novembre dernier était destinée Geneviève Hamelin en compagnie de Ronald Poupart, expert politique et formateur aux sessions de l’École Femmes et Démocratie. aux futures élues des petites municipalités (moins de 10 000 habitants). Au Québec, 11 % de celles-ci ne comptent aucune élue à l’hôtel de ville.

Depuis 2000, les huit sessions de l’École ont accueilli 175 femmes. Plus du quart de ces participantes occupent aujourd’hui — pour la première fois — un siège de conseillère ou de députée fédérale ou provinciale, voire un fauteuil de mairesse. « Neuf ont été candidates aux élections fédérales en octobre 2008 et six étaient candidates aux élections provinciales le 8 décembre dernier », note Élaine Hémond.

Sa collègue Geneviève Hamelin souligne que le CDFG ne cherche pas à gonfler à tout prix le ratio de femmes en politique puisque la majorité des participantes nourrissent déjà le désir d’entrer dans cet univers. Elles ont simplement besoin d’outils pour faire le grand saut. Et le Centre se fait un honneur de les aider à prendre l’élan qu’il leur faut.

Susciter le goût du pouvoir

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) est également préoccupée par le déficit féminin en politique municipale, d’autant plus que les prochaines élections auront lieu en novembre. Elle multiplie donc les actions pour corriger ce déséquilibre. Elle s’est notamment associée à l’École Femmes et Démocratie pour offrir la formation « Mairesse, ça m’intéresse » en février, destinée aux aspirantes mairesses ou conseillères des grandes villes.

Le comité Femmes et gouvernance locale (qui compte neuf mairesses et conseillères) de l’UMQ a également organisé, en octobre et novembre derniers, une tournée de conférences (Femmes et politique municipale : un couple peu banal) dans plusieurs régions du Québec afin d’attirer plus de femmes à ce palier du pouvoir politique. « Nous avons fait appel aux associations régionales telles que les groupes de femmes d’affaires, indique Me Diane Simard, conseillère juridique municipale à l’UMQ et secrétaire du comité. Nous leur demandions d’inviter une élue conférencière à l’un de leurs événements. »

Réalisée en collaboration avec le Secrétariat à la condition féminine, la tournée a notamment permis de démythifier le rôle des élus municipaux, selon Me Simard. Car certains mythes persistent : on croit encore, par exemple, qu’il faut détenir un diplôme universitaire en science politique pour se lancer en politique. « Certaines sont surprises de constater que les élues proviennent de professions ou de métiers très diversifiés. Nous avons reçu, par exemple, une mairesse biologiste ! » ajoute Me Simard.

La tournée a connu un succès appréciable : plusieurs femmes provenant d’autres régions se sont enquises de la possibilité d’un arrêt près de chez elles. La tournée se poursuit jusqu’en mai.

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