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Sexisme en musique : des trucs pour s’assurer une programmation paritaire et inclusive – Partie 1

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Fondatrice du blogue Ma mère était hipster (2009-2015), Myriam Daguzan Bernier y a été critique culturelle aux côtés de ses 30 collaborateurs·trices, avant de se tourner vers la coordination de médias sociaux, entre autres à DHC/ART et au Centre Phi. Par la suite, elle a travaillé comme journaliste pour Nightlife et BazzoMAG, édimestre et gestionnaire de communauté pour Châtelaine, BazzoTV et pour l'émission Lire sur ICI ARTV. Jusqu'à tout récemment webmestre et gestionnaire de communauté à La fabrique culturelle, elle poursuit actuellement des études à temps plein en sexologie à l’UQAM et oeuvre à la pige en tant que journaliste, conférencière, spécialiste des médias sociaux ainsi que formatrice à L'inis, au RQD et à la formation continue de l'UQAM. Elle est également l'autrice du livre Tout nu! Le dictionnaire bienveillant de la sexualité aux Éditions Cardinal.

Chaque année, les festivals de musique pullulent. Qu’il soit à Montréal ou à Gaspé, à Trois-Rivières ou à Tadoussac, le public a l’embarras du choix pour voir les artistes qu’il préfère. Mais, alors que l’été amène son lot de têtes d’affiche, un redoutable ver d’oreille refait surface : où sont les femmes*? Solutions concrètes en deux temps pour améliorer leur présence dans les événements musicaux…

* Le terme femmes inclut aussi les femmes trans.

La (satanée) même rengaine

La parité en musique (comme dans bien des domaines) semble difficile à atteindre, et plusieurs raisons invoquées pour expliquer cette situation (indisponibilité, peur d’un débalancement dans la programmation, etc.) laissent de nombreuses artistes sur leur faim. Pas pour rien qu’en , Safia Nolin, Ariane Moffatt, Les sœurs Boulay et plusieurs autres dénonçaient, dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir, l’absence de femmes dans les rendez-vous musicaux.

À la suite de cette lettre, le mouvement F*EM (Femmes en musique) a été lancé, accompagné d’une page ainsi que d’un groupe privé de discussion sur Facebook pour les femmes et les personnes non binaires qui évoluent dans le milieu.

Depuis, plusieurs festivals ont fait leur mea culpa et ajusté leurs flûtes, mais il reste manifestement beaucoup de travail à accomplir. Surtout quand on entend le président-directeur général d’un gros événement dire : « On n’a pas porté d’attention particulière à ce volet-là. Désolé de voir qu’on n’a pas pu le constater par nous-mêmes avant. » Décevant. Pour contrer ce type de réponse trop facile, voici une petite liste d’idées constructives permettant de s’assurer – ou du moins de se rapprocher – d’une parité souhaitable et souhaitée.

1. Inclure des femmes et des personnes trans et non binaires dans les comités d’organisation et les postes de décision

Pour que ces personnes voient leurs réalités mieux comprises, il faut qu’elles soient bien représentées au sein même des organisations qui chapeautent les activités en musique (et, plus largement, en culture!). Un organisme composé de gens ayant des expériences et un vécu diversifiés pourra améliorer sa vision d’ensemble afin de s’assurer d’une sincère diversité. J’entends par « sincère » une réelle inclusion, celle qui se fait par souci d’équité et non pas juste pour « remplir des quotas ».

« Des artistes femmes, il y en a à la tonne. Évoquer la non-disponibilité, c’est un peu tasser le problème du revers de la main. »

Les postes de direction dans le domaine de la musique sont aussi majoritairement occupés par des hommes. Les femmes sont présentes, mais plus fréquemment aux communications et à la coordination. Si elles ont leur mot à dire, il n’en demeure pas moins qu’elles obtiennent des postes d’exécutantes plutôt que de décideuses et qu’elles ont souvent à convaincre une « vieille garde » (cela dit sans vouloir faire d’âgisme) qui les regarde aller, sceptique.

Dans une discussion à Médium large sur la parité en musique, Frannie Holder, de Random Recipe, démontre bien à quel point c’est vrai. Alors qu’elle assistait à un festival brésilien paritaire, elle s’est demandé : « Qui sont toutes ces femmes? D’habitude, les femmes, c’est soit la chanteuse ou la relationniste de presse. » Ça en dit long.

2. Des mesures d’aide appropriées et concrètes

Puisqu’on parle de compréhension de réalités diverses, impossible de passer à côté de celle des femmes qui doivent conjuguer travail et famille. Ce n’est pas évident de jongler avec un ou des enfants, une vie sur la route et des prestations dont les horaires sont fluctuants et atypiques sans affecter sa carrière. Un coup de pouce tant financier qu’organisationnel est nécessaire.

Il commence à y avoir une sensibilité à ce sujet puisque, pour l’année 2019-2020, Musicaction, un organisme à but non lucratif (OBNL) qui soutient les professionnel·le·s de la radio, de l’industrie du disque et du spectacle, propose une mesure d’aide exploratoire. Le projet pilote s’adresse aux mamans d’enfants âgés de 0 à 2 ans qui souhaitent développer leur carrière à l’international. On verra, dans les mois et les années à venir, si d’autres organismes emboîteront le pas et quels seront les effets réels de ce type de mesure.

3. Le manque de disponibilité n’est pas une excuse

Des artistes femmes, il y en a à la tonne. J’ai travaillé personnellement plus de 10 ans dans le milieu culturel, dont deux à La Fabrique culturelle, un organisme qui met en valeur les arts en région. J’ai aussi écumé les festivals de musique pendant des années en rédigeant mon défunt blogue sur la culture émergente Ma mère était hipster. Les têtes d’affiche intéressantes du côté féminin, ce n’est vraiment pas ce qui manque. Évoquer la non-disponibilité, c’est un peu tasser le problème du revers de la main.

D’ailleurs, comment se fait-il qu’on voie apparaître des programmations paritaires ou qui frôlent la parité APRÈS que les gens eurent pointé du doigt le nombre insuffisant de femmes? Les artistes féminines sont tout à coup toutes disponibles, comme par magie? Évidemment pas. Il semble que ce soit une question de volonté avant tout.

4. Un événement musical où il y a plus de femmes ne sera pas moins bon

Pour expliquer l’absence des femmes, on invoque très fréquemment un débalancement, un déséquilibre qui pourrait affecter la programmation.

Pourquoi donc? C’est comme si, d’emblée, on estimait que la qualité d’un spectacle serait diminuée par la présence des femmes. Le même raisonnement est également utilisé en politique.

Parmi les arguments contre la parité, on entend souvent que si l’on privilégiait une femme pour un poste, on ferait passer le sexe avant la compétence requise. Automatiquement, on présume que la femme sera moins compétente que l’homme. C’est absurde. Dit-on cela des hommes? Pourtant pas!

Rima Elkouri a réagi, en avril 2018, aux propos de la comédienne et réalisatrice Sophie Lorain sur la parité. Cette dernière disait être en désaccord avec le principe de la parité, car elle ne veut pas « de la pitié des gens », comme si la parité exigeait qu’on pourvoie des postes par pure miséricorde…

La journaliste écrivait ceci : « Il y a autant de femmes que d’hommes à l’Union des artistes (49 % contre 51 %). Comment expliquer alors que le revenu moyen des femmes représente 75 % de celui des hommes (selon un rapport de Réalisatrices équitables)? Pense-t-on vraiment que tout ça est jugé au mérite et que les femmes n’ont que 75 % du talent des hommes? » Des chiffres parlants qui nous font comprendre que débalancement il y a déjà. Et qu’il n’avantage pas les femmes, bien au contraire.

Et vous, quelles seraient vos solutions pour enrayer ce problème?

Pour lire la deuxième partie du texte

Un ÉNORME merci à Christelle Saint-Julien pour ses réflexions ainsi qu’aux diverses personnes du groupe de discussion F*EM pour leurs judicieux avis et conseils qui ont inspiré la rédaction de cet article.

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