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Un monde de services de garde!

Promenade à la montagne en Allemagne, comptines en langue maorie en Nouvelle-Zélande, inscription universelle en Finlande… Les sociétés façonnent les services de garde à leur image. Voici un tour d’horizon des pratiques inspirantes des garderies à l’étranger.

Depuis leur création en 1997, les centres de la petite enfance (CPE) font parler d’eux dans d’autres pays. L’idée d’un tarif unique et d’un programme éducatif axé sur le développement de l’enfant fait figure d’exception en Amérique du Nord. « Je suis fière lorsque des Scandinaves m’abordent dans des conférences internationales pour vanter le modèle québécois, qui est très différent des modèles américains plus pragmatiques », affirme tout sourire Andréanne Gagné, professeure au Département de didactique des langues à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Celle qui a rédigé de nombreux rapports d’études et d’analyse sur les services de garde d’ici et d’ailleurs concède que notre système est perfectible. « Il n’y a pas de modèle idéal ou parfait, prévient-elle. Les services de garde sont un reflet de la société. On y forme les enfants pour qu’ils fonctionnent bien dans la collectivité. Ce qui marche pour un enfant en Nouvelle-Zélande ne fonctionnera pas forcément pour un enfant ici. »

© Émilie Tournevache

« Dans plusieurs pays d’Europe, les services de garde sont considérés comme un service universel, un droit de l’enfant à l’éducation dès l’âge zéro. Si, au Québec, chaque quartier avait un CPE où les enfants et les parents se retrouvent et échangent, ces centres deviendraient des vecteurs de cohésion sociale. »

− Andréanne Gagné, professeure au Département de didactique des langues à l’UQAM

N’empêche, si Andréanne Gagné avait une baguette magique pour accroître la qualité des services de garde du Québec, elle s’attaquerait d’abord au problème de la formation du personnel éducatif. Selon les résultats d’une des études qu’elle a codirigées, en 2016, 93 % des personnes travaillant en CPE étaient qualifiées. Ce taux diminuait à 53 % dans les garderies non subventionnées. « En Europe, je pense notamment aux pays scandinaves, à la France ou à l’Italie, il faut un diplôme postsecondaire pour travailler en service de garde. C’est obligatoire », soutient-elle en ajoutant que la formation est un gage important de qualité.

Son autre coup de baguette serait dirigé vers l’accessibilité universelle aux services de garde. « C’est difficile pour des parents moins instruits d’inscrire leur enfant dans le portail La Place 0-5, bien qu’il ait été amélioré avec le temps. Mais, en Finlande, par exemple, les enfants se font attribuer une place en garderie dès leur naissance. Les parents n’ont rien à faire », souligne-t-elle.

En effet, dans plusieurs pays d’Europe, notamment en Finlande, au Danemark, aux Pays-Bas et en Suède, les services de garde sont une compétence des municipalités et des communes locales. « Tout comme les bibliothèques, les services de garde sont considérés comme un service universel, un droit de l’enfant à l’éducation dès l’âge zéro. Si, au Québec, chaque quartier avait un CPE où, à l’image d’une école, les enfants et les parents se retrouvent et échangent, ces centres deviendraient des vecteurs de cohésion sociale », croit la professeure.

En Nouvelle-Zélande, le programme gouvernemental Te Whāriki intègre plusieurs éléments de la culture maorie. L’enfant est appelé à interagir avec les membres de sa communauté et son développement n’est pas vu comme une longue suite d’étapes à franchir. Le petit est maître de ses apprentissages et de son évolution, et tous les chemins qu’il emprunte le font grandir. « On encourage, par exemple, les enfants à parler plusieurs langues, dont la langue maorie, quand ils en ont envie. On reconnaît et on valorise l’identité de l’enfant. La garderie permet aussi aux parents d’obtenir des services et des conseils », précise Andréanne Gagné.

© UQTR

« Nous faisons partie de ces pays où les enfants ne savent plus comment interagir avec les éléments de la nature. Par exemple, nos modules de jeu ne sont pas adaptés pour l’hiver et, pour cette raison, certains intervenants vont éviter de jouer à l’extérieur avec les enfants. »

− Mathieu Point, professeur au Département des sciences de l’éducation de l’UQTR

Mathieu Point, professeur au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), souligne pour sa part que, bien souvent, les services de garde au Québec ne donnent pas l’occasion aux enfants de s’immerger dans un environnement naturel. « Nous faisons partie de ces pays où les enfants ne savent plus comment interagir avec les éléments de la nature. Par exemple, nos modules de jeu ne sont pas adaptés pour l’hiver et, pour cette raison, certains intervenants vont éviter de jouer à l’extérieur avec les enfants », déplore-t-il.

Dans les garderies en plein air, très répandues en Allemagne, en Scandinavie et au Japon, les enfants passent leur journée dehors, ce qui leur permet également de courir plus de risques calculés, notamment en grimpant aux arbres. « Les études montrent que pour bien se développer, l’enfant doit prendre des risques. Il éprouve ensuite un sentiment de réussite », explique Mathieu Point.

Quant aux pratiques moins heureuses à l’étranger, Andréanne Gagné cite en exemple l’expérience australienne de ABC Learning, une entreprise cotée en bourse qui gérait plus de 650 garderies privées avant de déclarer faillite en 2008. « Les parents se sont retrouvés du jour au lendemain sans garderie. C’est un problème pour eux, pour leur employeur et pour l’État. L’Australie a dû réévaluer son modèle », conclut-elle.

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