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Signe de vieillissement le plus perceptible, les rides sont devenues la cible numéro un de la bataille antiâge. L’énergique et prolifique auteure française Christiane Collange, 78 ans, nage à contre-courant en se portant à leur défense.

Gazette des femmes : Vous vouliez écrire un pamphlet contre les sociétés de visages figés, dénoncer le délire antirides. Cependant, vous avouez être un peu trop modérée dans vos propos…

Christiane Collange : C’est difficile d’être résolument contre les traitements esthétiques. Je comprends que les personnes soumises à la pression, comme les actrices, se laissent tenter. Ce qui me gêne, c’est le glissement général de la société vers le trucage de l’apparence.

Sauf que, l’espérance de vie s’allongeant, même monsieur et madame Tout-le-Monde subissent cette pression de continuer à paraître jeunes pour rester dans la course.

Oui, mais le problème, c’est qu’on n’a pas l’air jeune quand on est refait. On a juste l’air refait ! Et cette disparition des visages réels me paraît une pente vers laquelle il ne faut pas aller, d’autant que même si, durant un bref moment, une intervention donne un petit coup de « mieux repassé », les gens dont la structure de la peau a été modifiée vieillissent plus mal que les autres.

Mais comment résister à la pression, ne pas succomber à la tentation de se faire ravaler la façade ?

C’est sûr qu’il est plus simple d’être agréable à regarder qu’affreux : on obtient plus facilement un emploi, etc. Mais ce n’est pas prouvé que ça rend plus heureux, que ça suffit à donner de l’équilibre dans la vie. Ça la simplifie, ça ne la remplit pas. Il ne suffit pas d’être agréable à regarder pour se faire une vie valable et pour avoir des relations humaines de qualité. Et ce n’est pas parce que vous êtes refaite que vous empêcherez un homme qui veut de la chair réellement fraîche d’aller en chercher.

Selon vous, ces visages lisses, privés d’expression, de personnalité, laissent présager un monde sans âme. Comment inverser la tendance ?

En optant pour un look plus naturel, ce qui ne veut pas dire se laisser aller, au contraire. Il faut commencer à prendre soin de soi très tôt et continuer à le faire en vieillissant, plutôt que d’attendre d’être abîmé et recourir à des moyens draconiens. On demeure ainsi naturellement agréable à regarder, ce qui n’est pas le cas, je trouve, des gens qui se font retoucher et affichent ainsi de fausses valeurs dans leur visage. En plus, comme me l’a dit un médecin, quand on sourit, les autres ne voient pas nos rides…

Outre cette mode du jeunisme, ce qui vous dérange, c’est que le commun des mortels se sent forcément dévalorisé par rapport aux gens qui ont subi des chirurgies.

Exactement. La téléspectatrice moyenne, par exemple, se retrouve devant des présentatrices, des célébrités opérées ou piquées au Botox et à l’acide hyarulonique qui ne vieillissent pas, ou très peu. Cela crée d’horribles complexes, et je trouve terrible de donner cette mauvaise opinion d’elles-mêmes à tellement de femmes.

Vous-même avez de la difficulté à admettre, quand vous croisez votre reflet, que cette vieille femme, c’est vous. Comment trouver l’équilibre entre l’âge intérieur que l’on ressent et l’âge extérieur que l’on projette, alors que le premier est souvent inférieur au second?

D’abord, il faut se réjouir si on se sent plus jeune qu’on ne l’est. Mais le mot jeune m’horripile. On peut être vivant, joli, séduisant, dynamique, sexy, mais au-delà de 25 ans, on n’est plus jeune. Alors il faut juste être lucide, et moi, ce qui m’intéresse, ce n’est pas de quoi on a l’air, c’est ce qu’on ressent par rapport à la vie.

Christiane Collange, Pitié pour vos rides. Une enquête vérité sur le monde de l’esthétique, Éditions Robert Laffont, , 198 p.

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