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Photographie de Jean Fortin

Qu’elle est belle, cette petite ville dont les vieilles demeures sourient au fleuve ! Normal, ses élus comme ses habitants la bichonnent amoureusement. Économie, environnement et qualité de vie : rien ne leur échappe. Même le développement durable y gagne du terrain, et dans son sillage, les femmes aussi !

Dans son récent plan d’action de développement durable (DD), la Ville de Baie-Saint-Paul a pris soin d’inclure la participation des femmes à la vie municipale. Le maire, Jean Fortin, estime que l’égalité des sexes s’arrime naturellement au développement durable qui, pour sa ville, se définit par une approche globale. La contribution des femmes doit ÊTRE une approche de société, et non se trouver en marge. « Les femmes ont tant gagné — et ont encore à gagner — sur les plans social, politique, communautaire et économique ! Leur influence est devenue si importante qu’elle doit faire partie de l’ensemble de nos visions », affirme-t-il, ajoutant qu’on ne peut passer outre l’importance de la présence des femmes dans les milieux décisionnels.

Le maire Fortin admet néanmoins que sa municipalité ne peut encore se prétendre un modèle en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, bien qu’elle se dote actuellement des outils nécessaires pour y arriver. Ces outils se trouvent dans l’Agenda 21 auquel elle adhérait en 2006. L’Agenda 21 est un programme international de mise en oeuvre du DD pour le 21e siècle, signé par 170 pays lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992. Adapté aux caractéristiques territoriales de chaque localité, ce plan d’action de DD favorise l’émergence de communautés viables. Baie-Saint- Paul est la première ville du Québec à l’avoir officiellement adopté.

Le plan d’action de Baie-Saint-Paul se décline en huit grands thèmes : la démographie, la cohabitation des usages du territoire, la gestion environnementale, la diversification économique, l’équité et la cohésion sociale, la qualité de vie, la culture et les loisirs et, enfin, la gouvernance. C’est sous ce thème que s’articule la participation des jeunes, des aînés et des femmes à la vie municipale.

Petit train va loin

Visiblement, la présence accrue des femmes dans la vie municipale et l’égalité des sexes ne figurent pas encore parmi les priorités de cet agenda. Toutefois, Jean Fortin souligne que sur 13 membres, l’administration de la municipalité compte deux femmes cadres, ajoutant qu’il rêve de siéger au sein d’un conseil municipal paritaire. « La présence de femmes au sein du conseil municipal nous manque beaucoup, déplore celui qui est également président et porte-parole de l’Agenda 21. Leur vision, par exemple pour la politique de développement durable, est plus humaine, plus environnementale. » Le maire estime aussi que l’intervention des femmes auprès des citoyens reflète une approche plus collée à certains enjeux, tels que la politique familiale, ce qui incite les élus à tenir compte davantage de ces réalités.

Même si les efforts de sa ville pour favoriser l’accès des femmes aux postes décisionnels en sont encore à l’étape embryonnaire, Baie-Saint-Paul a adopté des mesures pour améliorer la conciliation travail-famille, dans le but d’atteindre la parité au sein de ses comités. C’est le cas du comité consultatif sur l’urbanisme, qui compte autant de femmes que d’hommes. « Nous tenons désormais compte de ces objectifs lorsque nous négocions les conventions collectives. »

Le maire Fortin reconnaît qu’il faudra également convaincre entreprises et organismes de monter dans le train de l’égalité des sexes. « Nous n’avons pas encore établi toutes les bases pour y arriver, mais nous y travaillons avec le Centre des femmes de Charlevoix, qui nous sensibilise aux questions qui touchent les femmes, comme le logement social, la pauvreté, les postes électifs. La Ville participe aux campagnes du Centre et ses intervenantes font des recommandations au conseil municipal », indique le maire.

Ainsi, à la suggestion du Centre des femmes, la Ville a réduit les coûts d’inscription à certaines activités de loisirs afin d’encourager la participation des familles à faible revenu. Les élus travaillent également main dans la main avec l’organisme pour convaincre les femmes de s’impliquer en politique municipale, notamment en répétant ce message lors des séances télévisées du conseil municipal.

Rêver son village

Et qu’en est-il des grandes lignes du plan d’action de développement durable de Baie-Saint-Paul ? Après avoir invité ses citoyens, jeunes et vieux, à « rêver leur village » — en recueillant leurs doléances et recommandations –, la Ville planche sur des problèmes et des défis bien réels d’ordre démographique (le vieillissement de la population et l’exode des jeunes), environnemental (la gestion de l’eau potable) et économique (la création d’emplois viables). « Nous devons également nous préoccuper de la cohabitation des usages de notre territoire, enchaîne le maire Fortin. Nous avons une ville très touristique et, en même temps, notre agriculture est très dynamique. »

Des vœux pieux ? Il semble que non. La Ville affiche déjà le concept « d’écoexemplarité » en adoptant elle-même des pratiques pour protéger l’environnement (par exemple en modifiant ses pratiques d’achat). Elle a également amélioré son réseau de pistes cyclables dans le cadre de l’objectif d’un partage équitable de son territoire. « Nous avons un comité de suivi de l’Agenda 21 qui se réunit deux fois par année », signale le maire… en précisant que 6 de ses 16 membres sont des femmes. C’est un début !

À l’œuvre pour les femmes

Fondé en 1983, le Centre des femmes de Charlevoix travaille notamment à contrer la violence et la pauvreté chez les femmes en offrant de l’aide individuelle et des activités de groupe. Outre ces actions personnalisées, le Centre joue aussi un rôle de « gardien » de la place des femmes parmi les objectifs de développement durable. Ses armes : la sensibilisation et la mobilisation collective.

Le Centre a placé ses billes lors de l’élaboration du plan d’action de l’Agenda 21 de Baie-Saint-Paul en 2006, en établissant avec la Municipalité les objectifs qui devaient assurer une représentation équitable des sexes dans les instances. Il a d’ailleurs constitué un comité qui intervient au besoin auprès du comité de suivi de l’Agenda 21.

« Nous sentons qu’il y a une préoccupation réelle du côté de la Ville de Baie-Saint-Paul, mais les résultats concrets ne sont pas encore très visibles… Nous verrons peut-être une différence lors des prochaines élections municipales », soutient la directrice générale du Centre, Diane Mailloux.

Mais encore, plusieurs initiatives du Centre incitent les municipalités à intégrer plus de femmes dans leurs rangs : salon des postes électifs, prix hommage pour la reconnaissance des femmes aux postes de décision, rencontres avec des élus, Guide de la cravate rose… L’École des femmes, consacrée à l’initiation des femmes à l’abc de la politique municipale et mise sur pied en collaboration avec le Groupe Femmes, Politique et Démocratie, poussera peut-être quelques candidates vers le conseil municipal de Baie-Saint-Paul. Le maire en serait ravi !

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