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Jeune fille couchée dans le gazon, avec un livre ouvert.

Féministes à la page

par 

Entrée dans l’univers des communications et de l’édition par la porte de la révision linguistique, elle révise les articles de la Gazette des femmes depuis plus de 10 ans, en plus d'y écrire de temps à autre. On peut aussi la lire dans Elle Québec, quand elle n'est pas trop occupée à corriger des romans.

Entre un polar suédois et un roman québécois, pourquoi ne pas intégrer quelques essais ou biographies féministes à vos lectures estivales? Voici quatre suggestions pour vous inspirer.

Le principe du cumshot. Le désir des femmes sous l’emprise des clichés sexuels de Lili Boisvert

Page couverture du livre Le principe du cumshot.

La journaliste, chroniqueuse et animatrice pose un triste constat : le désir des femmes ne sert pas leur intérêt à elles, mais plutôt celui des hommes. C’est un peu ça, le principe du cumshot du titre. Cette image tirée de la porno vient illustrer que le désir sexuel est vu comme partant de l’homme (actif) pour aboutir sur la femme (passive). De la séduction à l’acte sexuel, celle-ci joue encore et toujours le rôle de celle qui attend, qui suscite le désir, puis qui reçoit, sans jamais devoir se montrer trop entreprenante. Car l’expression du désir féminin dérange, et sa satisfaction aussi.

En se basant sur de nombreuses études, Lili Boisvert fait le tour d’une pléthore de stéréotypes sexuels qui nous asservissent, nous et notre libido. Qui formatent notre désir. Mais son livre n’est pas aride pour deux sous, comme en témoigne le passage expliquant comment nous adoptons les fantasmes créés par les hommes pour les hommes, tel celui de la femme pure qui se transforme « comme par magie en salope au contact d’un pénis ». Des liens sont tissés entre la culture du viol et le rôle traditionnellement passif de la femme dans la séduction et la sexualité; le phénomène des couguars, les seules femmes chasseuses et non proies, est analysé; et plusieurs pages sont consacrées à la sacro-sainte pénétration, destinée à faire jouir les hommes, alors que les caresses ou le cunnilingus, plus orgasmiques pour la femme, sont relégués au rang de banals préliminaires. Bref, l’émancipation sexuelle des femmes dans les années 1960 ne s’est produite que de façon très embryonnaire, et Lili Boisvert tente ici de nous guider vers une véritable libération sexuelle, qui passe beaucoup par un chamboulement des rôles sociaux attribués à chaque sexe. 
Chez VLB Éditeur, 2017

Le bal des absentes de Julie Boulanger et Amélie Paquet

Page couverture du livre Le bal des absentes.

Les livres écrits par des femmes sont moins enseignés que ceux signés par des hommes, on le sait. Julie Boulanger et Amélie Paquet, profs au collégial, tentent de renverser cette tendance. Dans cet essai portant sur la littérature mais aussi sur l’expérience quotidienne de l’enseignement, dont les textes sont issus du blogue éponyme, elles nous font carrément entrer dans leur salle de classe, et le résultat est réjouissant. Si certains textes constituent des lectures critiques d’œuvres de femmes, ceux qui nous ont plu davantage mettent en scène les étudiants de ces deux acolytes et leurs réactions, par exemple devant le pessimisme de Nelly Arcan ou l’apathie du personnage de La cloche de détresse de Sylvia Plath. Les deux autrices y dévoilent leurs hésitations à inscrire une œuvre au programme (comme Une mort très douce de Simone de Beauvoir), ou leurs méthodes pédagogiques (faire écouter du Bérurier Noir avant d’aborder Bye bye Blondie de Virginie Despentes). Elles-mêmes d’anciennes élèves modèles, discrètes et tranquilles, elles expliquent en préambule ce qui les a motivées à mijoter ce projet : « la prise de parole des femmes est devenue pour nous une obsession, parce que nous savions qu’elles, en particulier, avaient été dressées à s’effacer ». On y parle des œuvres d’Emily Dickinson, de Marie-Claire Blais, de Pattie O’Green ou de Chimamanda Ngozi Adichie tout autant que du rôle crucial de la littérature (enrichir la vie!) et de celui du personnel enseignant. 
Chez La Mèche, 2017

Casser le moule. Pour repenser le sport sans préjugés de Séverine Tamborero

Page couverture du livre Casser le moule.

Dans le monde du sport, les hommes dominent haut la main. Et on ne parle pas ici de performances, mais bien de représentativité, de modèles, de reconnaissance et de commandites. Des exemples? « Les pages sportives des grands journaux canadiens réserveraient 92 % de leur espace aux athlètes masculins », mentionne-t-on dans ce livre. Et quand ces journaux traitent de sport féminin, c’est généralement de sports considérés comme socialement acceptables pour les femmes, comme le tennis ou la gymnastique, et non de boxe ou de football. Sans compter que les performances des athlètes féminines jugées « belles et attirantes » passent souvent derrière leur changement de look ou leur vie sentimentale. Parlez-en à Eugenie Bouchard ou Anna Kournikova. Faute de modèles, de valorisation et de débouchés intéressants, 51 % des jeunes filles abandonnent complètement le sport vers l’âge de 17 ans. Quant aux entraîneuses (l’autrice du livre en est une, notamment auprès des jeunes pour Tennis Canada), elles sont rares, et considérées d’emblée comme lesbiennes ou seulement bonnes avec les petits; les sportifs et sportives de haut niveau ont pratiquement tous un entraîneur masculin. Autre incarnation des inégalités qui persistent : les parents continuent d’inscrire massivement leurs fils au soccer ou au hockey et leurs filles au patinage artistique ou à la gymnastique. Cet ouvrage expose de nombreux problèmes qui gangrènent l’univers sportif en matière d’égalité femmes-hommes, et a le mérite de proposer des solutions en fin de parcours.
Chez Québec Amérique, 2017

La série Portrait de Zena Alkayat et Nina Cosford (ill.)

Page couverture du livre Coco Chanel.

Ces quatre petits bouquins joliment illustrés à l’aquarelle portent sur la vie et l’œuvre de grandes figures féminines qui se sont démarquées par leur avant-gardisme : la créatrice de haute couture Coco Chanel, la peintre Frida Kahlo ainsi que les écrivaines Virginia Woolf et Jane Austen. Maîtresses de leur destin, au mépris des conventions sociales de leur époque, elles ont toutes laissé un puissant héritage. La citation en exergue de l’album sur Coco Chanel résume bien l’esprit qui caractérise ces quatre fonceuses : « Je ne suis pas une héroïne. Mais j’ai choisi ce que je voulais être et je le suis. » Si ces courts livres peuvent facilement intéresser un lectorat pré-adolescent, les adultes y trouveront aussi matière à se mettre sous la dent. Le travail de synthèse biographique est livré de façon vivante, mêlant contexte social et vie personnelle et professionnelle, le tout émaillé de brèves citations soigneusement choisies. Inspirant!
Aux Éditions Cardinal, 2017

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