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Illustration de l'article sous la ceinture.

Des mots et des images contre la culture du viol

par 

Entrée dans l’univers des communications et de l’édition par la porte de la révision linguistique, elle révise les articles de la Gazette des femmes depuis plus de 10 ans, en plus d'y écrire de temps à autre. On peut aussi la lire dans Elle Québec, quand elle n'est pas trop occupée à corriger des romans.

Que voilà un chouette ouvrage collectif, sur un sujet qui ne l’est pas du tout : la culture du viol. Décidément un bouquin à offrir aux ados et jeunes adultes, Sous la ceinture concentre en quelque 180 pages textes de fiction, témoignages, chroniques, photos et illustrations, mais surtout, une riche matière à réflexion.

Culture du viol. Le terme aurait été employé pour la première fois dans un livre (Rape : The First Sourcebook for Women) en 1974, mais c’est depuis deux ans qu’il a pleinement intégré la culture populaire, avec la multiplication de scandales et d’événements mettant tristement à l’honneur ce qu’il désigne. Pensez à Ghomeshi, Cosby, Aubut. Songez aux récentes agressions dans une résidence de l’Université Laval, ou aux propos dégradants de Donald Trump envers les femmes.

En gros, on définit la culture du viol comme une tendance à minimiser le viol ou à vouloir l’expliquer (la fille était soûle/habillée sexy/dansait langoureusement), dédouanant ainsi l’agresseur. Mais pour illustrer le concept, rien de mieux que des textes bien tournés, de fiction ou non. C’est ce que propose, photos et illustrations en prime, Sous la ceinture. Unis pour vaincre la culture du viol, un ouvrage collectif paru le 19 octobre.

Regards mixtes

Les signataires des 15 textes ne sont pas des militants qui investissent les tribunes pour dénoncer la culture du viol. Mais ils et elles ont tous, assurément, quelque chose de constructif à dire sur le sujet, et offrent une belle variété de regards. L’auteur Simon Boulerice, rompu à la littérature jeunesse, raconte la visite d’un musée de cire qui tourne mal pour les jeunes filles cool d’une école secondaire; dans une chronique bien documentée, le rappeur Webster démontre que la culture hip-hop n’est pas toujours aussi misogyne qu’on le croit; Natasha Kanapé Fontaine signe un vibrant poème; la comédienne et auteure Florence Longpré (la fameuse Gaby Gravel de Like-moi!) livre un texte théâtral autour de la relation naissante entre une ado et un « vieux » du cégep qui sombre vite dans la violence sexuelle; l’auteur et journaliste Samuel Larochelle surprend avec une histoire d’initiation sportive bourrée de testostérone (et de sperme), braquant le projecteur sur un aspect escamoté de la culture du viol.

On a particulièrement aimé le mea culpa de l’écrivaine Sophie Bienvenu, qui liste dans un texte percutant les fois où elle a inconsciemment participé à la culture du viol. Et où elle a minimisé l’agression qu’elle a elle-même subie. « “À quoi tu t’attendais, en te retrouvant chez lui le soir? Dans le fond, t’avais peut-être envie…” Ça, je l’ai pas juste dit, je l’ai répété, comme un mantra. […] J’aurais jamais dit ça à une amie, ni même à une femme que j’aurais croisée par hasard et qui m’aurait raconté sa vie. Je l’aurais probablement dit à une fille que j’haïs, par contre. Et après avoir subi un viol, c’était ça que j’étais devenue, une fille que j’haïs. »

Texte très touchant aussi de la directrice du collectif, l’enseignante et auteure Nancy B.-Pilon, qui s’adresse à sa fille pendant qu’elle l’observe se baigner dans la mer avec son père, imaginant son avenir et les dilemmes éducatifs qui se pointeront forcément. « Un soir, je vais peut-être te demander de changer de jupe parce que je vais avoir peur que tes longues jambes soient perçues comme une invitation. Tu ne voudras pas et tu auras raison », lui écrit-elle.

La force du recueil réside dans sa capacité à laisser parler les situations, les exemples, la vie et les mauvaises tournures qu’elle prend parfois, sans prêchi-prêcha. On le referme avec l’impression d’avoir saisi, concrètement, ce qu’est la culture du viol, et vu ses différents visages. Le panorama n’a rien de sombre, pourtant; il ouvre au partage, au dialogue. Et provoque l’envie de sensibiliser, de dire que ça suffit.

Illustration de la page couverture du livre Sous la ceinture.

Sous la ceinture. Unis pour vaincre la culture du viol (sous la dir. de Nancy B.-Pilon), Québec Amérique, 2016, 184 p.

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Monique Yelle

    Réflexions concernant la culture du viol.

    Les femmes ont tout tenté pour changer la culture du viol, que ce soit les groupes de femmes aussi bien que les victimes qui , en dénonçant,s’exposent à toutes sortes de conséquences.
    Les hommes qui respectent les femmes ne se sont jamais prononcés en bloc pour dénoncer cette culture et confronter les violeurs.
    Le respect des femmes et des filles devrait être enseigné aux garçons dès leur jeune âge.
    La culture du viol n’est pas un problème de femmes; c’est un problème d’hommes.
    Le système judiciaire n’encourage pas les femmes à dénoncer l’agression sexuelle.

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