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Bras levés.

Les superbes : les deux tranchants du succès féminin

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Pratique le métier de rédactrice et de recherchiste depuis 2006. Elle a collaboré aux publications du Centre d’études et de coopération internationale (CECI), au cahier Air du temps du journal ICI. Diplômée en histoire de l’art, elle œuvre également à titre de rédactrice et éditrice de contenu Web pour le compte d’organismes voués à la diffusion de la culture et du patrimoine.

Dans le livre Les superbes. Enquête sur le succès et les femmes, les auteures Léa Clermont-Dion et Marie Hélène Poitras vont à la rencontre de Québécoises qui ont connu la réussite, sur des sentiers parfois jalonnés d’embûches.

L’origine de la quête : parler du malaise que suscite souvent le succès des femmes. Pour ce faire, les deux auteures ont rédigé en alternance 24 entrevues et portraits de Québécoises. Parmi elles, la « gameuse » Stéphanie Harvey, en mission dans le boys club des jeux vidéo; Cœur de pirate, aux prises avec les haters *; Pauline Marois, qui discute pouvoir et ambition; Me Sonia Lebel et son légendaire aplomb; Francine Pelletier, qui remet les pendules à l’heure en posant la question : « Le succès, quel succès? »

« On nous a vendu l’idée que l’égalité était acquise, à l’université, en politique, dans le milieu des affaires, souligne Léa Clermont-Dion. Mais non! Quand on obtient enfin la reconnaissance, souvent, on se fait dire de se la fermer et de ne pas trop prendre de place. Nos succès dérangent. »

Les auteures ne souhaitaient pas seulement proposer des modèles de réussite axés sur le capital financier, selon Marie Hélène Poitras, bougie d’allumage du projet. « Il y a Fabienne Larouche et Marie-Mai, mais je voulais également m’entretenir avec des femmes qui ont des parcours variés. » Par exemple, Marie-Christine Lemieux-Couture, militante, écrivaine et chef de famille monoparentale, l’une des signataires, tout comme Léa Clermont-Dion, du texte collectif Misogynie 2.0 : harcèlement et violence en ligne, paru dans Le Devoir et sur le site d’Urbania en mars 2015.

Fait intéressant : on apprend, dans une entrevue avec la cofondatrice de la division québécoise d’Idle No More, Widia Larivière, qu’en langue algonquine, le mot succès n’existe pas, la notion de réussite se traduisant plutôt par les gestes d’entraide et la transmission du savoir à travers les générations.

Entre force et fragilité

En plus des 24 rencontres, les deux auteures publient huit lettres qu’elles ont échangées sur une période de deux ans. Au fil du temps, leurs préoccupations évoluent. « Dans mes premières lettres, on sent ma peur et mon malaise, explique Léa Clermont-Dion, connue pour avoir fait adopter à l’Assemblée nationale la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée en 2009. L’éditrice, Geneviève Thibault, m’a convaincue de les garder telles quelles, car elles sont riches de mes questionnements de femme blanche privilégiée. Mais à la fin, je m’assume à 100 %, je n’ai plus envie de douter. »

Elle estime que depuis 2014, période où a débuté l’incubation du livre, le mouvement féministe a pris de l’ampleur. « Il y a eu notamment le mouvement #AgressionNonDénoncée, les débats sur la culture du viol », des enjeux présents dans les échanges entre les coauteures. À travers cette correspondance, Léa Clermont-Dion dit avoir vécu une expérience d’empowerment. « Ce livre m’habite. Il m’a permis de vivre pleinement mon émancipation dans un lieu sûr, un lieu où il est possible de se solidariser, dans lequel des voix unies de femmes s’affirment. »

Complémentaires, les deux auteures? « Marie Hélène faisait son baptême des questions féministes. Elle a une sensibilité littéraire, poétique », explique sa coauteure. « Léa a un background plus militant. Mais on se rejoignait sur les questions qu’on voulait poser », affirme la romancière qui a obtenu le prix France-Québec pour son livre Griffintown en 2013, un passage dans la lumière qui ne se fit pas sans heurts. Ses témoignages – sexisme ordinaire, envahissement de l’espace discursif, démolition en règle par un collègue auteur – résonnent avec ceux de Léa, qui a reçu son lot d’attaques personnelles sur les réseaux sociaux.

Si la mise à nu à laquelle se livrent Marie Hélène Poitras et Léa Clermont-Dion dans Les superbes leur a demandé une bonne dose de courage, la joie d’aller à la rencontre de femmes inspirantes leur a permis de retirer les flèches qui étaient fichées dans leurs flancs. « C’est si exaltant de savoir qu’on peut se reposer sur les épaules de nos sœurs! » confie Marie Hélène.

Une audace récompensée par les commentaires que les deux superbes ont déjà commencé à recevoir de la part de femmes galvanisées par leur lecture. L’ouvrage deviendra-t-il un livre de chevet à mettre entre toutes les mains? Une chose est sûre, les deux auteures voulaient offrir un bouquin très accessible aux lectrices comme aux lecteurs, et invitent les hommes à le lire, « s’ils veulent savoir dans quelle direction on s’en va », de conclure Marie Hélène Poitras.

Page couverture du livre Les Superbes.
Léa Clermont-Dion et Marie Hélène Poitras, Les superbes. Une enquête sur le succès et les femmes, VLB éditeur, 2016 256 p.

* Les haters sont des internautes qui dénigrent les célébrités sur les réseaux sociaux ou en commentant des articles en ligne.

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