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Photographie de Widia Larivière.

D’origine algonquine, Widia Larivière œuvre comme coordonnatrice jeunesse chez Femmes autochtones du Québec. Elle est également cofondatrice de la section québécoise du mouvement Idle No More, qui a contribué à sensibiliser l’opinion publique aux conditions de vie des personnes autochtones. Devenue une référence, cette militante engagée nous parle de vision colonialiste et de la double discrimination vécue par les femmes autochtones, salue celles qui ont ouvert le chemin et se réjouit de l’essor d’une relève jeune, dynamique et investie.


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Un geste égalitaire que vous avez posé ou une parole antisexiste que vous avez dite et dont vous êtes fière?


Photographie de Widia Larivière.

Je suis fière d’être impliquée dans le mouvement social autochtone Idle No More, au sein duquel il y a une forte participation de femmes. Dans une société où les femmes autochtones vivent actuellement des défis et des obstacles reliés au patriarcat qui s’est inséré dans les sociétés autochtones avec la colonisation, leurs opinions et leurs préoccupations sont souvent insuffisamment prises en considération, en particulier au sein des différentes structures politiques coloniales. Idle No More a redonné un nouveau souffle et valorisé les voix des femmes autochtones. Aujourd’hui, je suis aussi fière de prendre la parole publiquement aux côtés d’une relève remplie de jeunes femmes autochtones dynamiques qui ont à cœur l’avenir des peuples autochtones. On n’a qu’à penser à Melissa Mollen Dupuis, Natasha Kanapé Fontaine, Jennifer O’Bomsawin, Mélanie Lumsden, Maïtée Labrecque-Saganash, André-Yanne Parent, etc.


Quand j’entends [insérez ici un préjugé sur les femmes], les veines me sortent du cou!

Quand j’entends que peu de femmes s’impliquent en politique probablement parce que ça ne les intéresse pas, les veines me sortent du cou! Au lieu de nous arrêter à cette conclusion hyper-simpliste, nous devrions plutôt nous attaquer aux causes systémiques et sociales de cette sous-représentation. Par exemple, comment pourrions-nous « dépatriarcaliser » et décoloniser les différentes structures politiques actuelles afin d’y favoriser la participation et la représentation des femmes?


S’il y avait un prix de la publicité la plus sexiste à attribuer, à qui ou à quoi le décerneriez-vous?

En fait, je dénoncerais plutôt l’image en général des femmes autochtones, qui a trop souvent et longtemps été sabotée par des clichés et des stéréotypes, au cinéma et dans les médias de masse. De la perspective des allochtones [NDLR : personnes non autochtones], on dirait qu’on trouve peu de nuances entre l’image romantisée/sexualisée et l’image misérabiliste. Mais on ne veut pas être réduites à ces images. On veut se réapproprier notre image afin qu’elle rende compte de notre humanité, de notre diversité et de notre complexité.


Un moment-clé dans votre vie personnelle, dans votre carrière, où vous avez pris conscience que l’égalité n’était pas réellement atteinte?

Lorsque j’ai commencé à travailler chez Femmes autochtones du Québec, j’ai particulièrement réalisé non seulement que l’égalité femmes-hommes n’était pas encore atteinte, mais aussi que les inégalités dans d’autres domaines accentuent l’inégalité des genres. Plusieurs femmes vivent un cumul de discriminations reliées à d’autres facteurs en plus de celui du genre. C’est le cas notamment des femmes autochtones, qui sont (au moins) doublement discriminées par le fait d’être femmes et autochtones à la fois, et qui vivent des inégalités issues d’une longue histoire d’oppression et de colonisation. J’ai donc aussi pris conscience que l’on ne peut pas aborder le féminisme et l’égalité des genres sans aborder, entre autres, le racisme et le colonialisme.


La personne qui, dans votre vie, a le plus influencé votre vision de l’égalité femmes-hommes?

Je me rappelle toujours celles qui ont milité avant moi, par exemple les femmes autochtones qui se sont mobilisées dans les années 1970 et qui se sont rendues jusqu’en cour, jusqu’à l’ONU, pour dénoncer les discriminations sexistes de la Loi sur les Indiens et fonder leurs propres associations, dont Femmes autochtones du Québec. J’éprouve aussi une grande admiration envers les femmes autochtones militantes, intellectuelles, cinéastes, etc., et je pense ici notamment à Ellen Gabriel, Alanis Obomsawin, Audra Simpson et Cindy Blackstock, pour n’en nommer que quelques-unes. Par exemple, c’est toujours inspirant d’entendre Ellen Gabriel nous rappeler le rôle important qu’avaient les femmes autochtones à l’époque précoloniale dans les prises de décisions politiques, sociales et économiques. Nous luttons pour reprendre ce pouvoir que nous avons perdu avec la colonisation afin d’atteindre l’égalité.


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