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Les situations d’inceste peuvent sembler sans issue. Il n’y a pas si longtemps d’ailleurs, ces dossiers étaient vus comme des « patates chaudes » dans les bureaux de services sociaux et la plupart des intervenants se disaient mal outillés pour aider les victimes et traiter les abuseurs.

Heureusement, à l’heure actuelle, de nouveaux programmes spéciaux sont mis en place un peu partout. Plusieurs centres de services sociaux expérimentent l’approche californienne mise de l’avant par le docteur Henry Giaretto. Cette approche repose sur l’action combinée de plusieurs types d’aide comme la thérapie individuelle, la thérapie de groupe et l’entraide par des pairs (Parents-Unis). Possible de réhabiliter les abuseurs? Oui et certains pères font preuve de beaucoup de sincérité dans leur prise de conscience, disent les thérapeutes. Toutefois, comme l’explique Roseline Pierret, on ne doit pas tomber dans la naïveté. « L’expérience montre que la plupart des abuseurs ne s’engagent dans un traitement que lorsqu’ils sentent une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. S’ils ne subissent aucune pression judiciaire, ils échappent à la thérapie et récidivent à la première occasion.» D’après une étude réalisée en 1988 par la Direction des Bureaux de services sociaux à Montréal auprès de 507 victimes d’abus sexuels, « ce sont surtout la victime (80%) et l’adulte non abusif (56 %) qui suivent une thérapie, beaucoup plus que l’abuseur (26%) ».

Le recours aux tribunaux apparaît donc aujourd’hui comme un tremplin nécessaire à l’intervention sociale. Mais cette volonté de faire appel à la justice se heurte à bien des difficultés. La Chambre de la jeunesse (autrefois appelée Tribunal de la jeunesse) a pour mandat de protéger l’enfant et a peu de pouvoir sur l’adulte. Elle ne peut que « recommander » une thérapie et limiter les contacts entre le père et sa fille. Les poursuites contre l’abuseur doivent donc être entreprises devant les tribunaux de juridiction criminelle. Si le père nie (et c’est souvent son avocat qui lui conseille de plaider non coupable et de refuser tout traitement), il y aura procès et la victime risque encore une fois de payer la note. « L’inceste est plus facile à nier qu’à prouver, constate Camille Messier. Et toute la preuve repose sur une enfant déjà traumatisée qui doit accuser son propre père et répéter sans cesse son histoire devant des adultes qui la terrifient. » « Certains pères arrivent même à faire croire que ce sont eux les victimes de leur fille », ajoute Delly Gagnon, évaluatrice à la Protection de la jeunesse, Centre de services sociaux du Bas-du-fleuve.

La démarche judiciaire constitue parfois un tel fardeau pour la victime qu’elle peut décider d’abandonner la dénonciation. Ou encore comme le souligne Gilles David, « bien des mères vont choisir de ne pas signaler l’agression et de mettre le conjoint à la porte sans même porter plainte. De cette façon, celui-ci va échapper à toute forme de punition et de traitement. »

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