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Image d'une jeune femme faisant du yoga.

Padma Nair : le yoga pour briser les traditions

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Gravite depuis près de 20 ans dans le monde des communications. En 2009, elle décroche le Prix Lizette-Gervais dans le cadre du certificat en journalisme de l’Université de Montréal. Elle passe alors de l’aide internationale aux médias, et ce, après avoir réalisé et coordonné des productions sur diverses plateformes en Afrique, en Asie, en Haïti et au Québec. De 2010 à 2013, elle anime l’émission de radio matinale de Radio-Canada en Colombie-Britannique. De retour à Montréal, elle collabore régulièrement à la radio de Radio-Canada et fait partie de l'équipe de l'émission 21 Jours diffusée à TV5. Elle est constamment à la recherche d’expériences pour faire son métier sur le terrain, mieux comprendre le monde et aller à la rencontre de gens inspirés et inspirants.

« Si on veut attraper un poisson, il faut se mouiller les mains », c’est le leitmotiv de Padma Nair, professeure de yoga dans le sud de l’Inde. Et elle ne prend même pas le temps de les sécher, ses mains. La quinquagénaire est convaincue qu’elle peut tout accomplir à force de détermination, et ce, même si la société dans laquelle elle vit inculque à la femme qu’elle doit s’effacer. Rencontre avec une rare entrepreneure, yogini et femme divorcée indienne.

L’Inde a été le second pays au monde à élire une femme au poste de première ministre (Indira Gandhi, 1966-1977, 1980-1984). Aujourd’hui, un viol y est signalé toutes les 20 minutes. Des faits percutants qui font oublier les millions de femmes ordinaires qui accomplissent de petites révolutions sociales à leur échelle. Padma Nair, elle, bouscule la planète yoga.

Photographie dde Padma Nair.

« Les hommes indiens sont modernes pour ce qui fait leur affaire, mais ne veulent pas vraiment changer pour laisser la place aux femmes. »

Padma Nair, professeure de yoga dans le sud de l’Inde

Son studio, joliment nommé Pink Flowers, est l’une des adresses prisées de Kovalam, une station balnéaire qui attire des hordes de touristes en misant sur le yoga et la médecine indienne traditionnelle. Faisant fi des traditions, Padma Nair est l’une des rares femmes à enseigner le yoga en Inde; comme pour bon nombre de pratiques religieuses et spirituelles, les yogis traditionnels — des hommes — reçoivent leur savoir d’une lignée de maîtres masculins. Pourtant, les écrits anciens relatent que des femmes étaient dévotes, guérisseuses et maîtres. Dans un pays où les déesses sont encore adorées, mais où la majeure partie des femmes est dénigrée et infériorisée, l’illumination est réservée non seulement à une élite, mais aussi au genre masculin.

Vivre sans mari : mission impossible?

Élevée dans une famille fortunée et de haute caste où les femmes étudient et travaillent, Mme Nair s’est toujours intéressée à la spiritualité et à la pratique du yoga. Son inspiration : sa grand-mère, une dame très pieuse qui connaissait sur le bout des doigts le pouvoir guérisseur des plantes. Aux côtés de son mari professeur de yoga, Padma Nair s’est d’abord occupée de leurs deux enfants tout en travaillant dans une banque. Quand l’histoire d’amour s’est terminée par sa demande de divorce (autre rareté en Inde), on lui a répété qu’une femme ne pouvait survivre sans homme à ses côtés. Seule, elle a dû se redéfinir. Pour sa propre survie. Identitaire. Croyant au karma et convaincue que ses vies antérieures l’avaient mise sur ce chemin, elle a relevé la tête et foncé.

Dans son épreuve, elle avait une certaine chance : celle d’être originaire du Kerala, un État communiste du sud de l’Inde à l’indice de développement humain plutôt élevé, reconnu pour être progressiste, éduqué et paritaire. Traditionnellement, les femmes y sont au cœur de la société et possèdent les terres.

Le yoga comme raison d’être

Une fois divorcée, elle quitte son emploi à la banque et part se spécialiser en yoga à Londres. Elle intègre par le fait même son droit à l’émancipation. À son retour en sol indien, elle met la clé dans la porte de sa grande maison confortable en ville pour déménager dans une modeste chambre au cœur du petit village de Kovalam. Depuis le début des années 2000, elle y enseigne le yoga à temps plein. Sa passion pratiquée en dilettante devient son gagne-pain, mais surtout sa nouvelle raison d’être.

La yogini (force féminine sacrée ou passionnée de yoga et de spiritualité) a dû jouer du coude, détourner le regard devant les préjugés et la jalousie de ses compétiteurs qui voyaient son entreprise fructifier. « Les hommes indiens sont modernes pour ce qui fait leur affaire; ils ne veulent pas vraiment changer pour laisser la place aux femmes, soupire-t-elle. Je me fous de ce que les autres pensent de moi, c’est ma règle numéro un. »

Sa douce vengeance, c’est sa spiritualité, qui la rend forte, ainsi que sa quête de réussite. Elle travaille de façon acharnée, ne s’arrête jamais, a une énergie intarissable. Dès 6 h, elle est déjà assise en position de méditation; autour d’elle, son chat, son chien et des effluves d’encens. Sans prétention, elle présente les postures yogiques et enseigne les fondements philosophiques à ses clientes occidentales vêtues de lycra coloré. Padma Nair a développé une approche maternelle, loin de celle de l’enseignant suprême. Traditionnellement, la dynamique entre professeur et élève est hiérarchique et révérencieuse. Les conventions, elle s’en fiche. Ce qu’elle souhaite, c’est voir les réelles valeurs du yoga s’étendre au-delà de la mode en Occident, mais aussi inspirer les femmes à prendre leur place dans leur société.

Avec toute l’humilité que sa culture lui a inculquée, elle prêche par l’exemple, une posture de yoga à la fois.

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