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Le péril du couple

par 

Étudie à l’UQAM en travail social. Elle aspire à se démarquer dans son domaine en contribuant à la communauté, ainsi qu’à œuvrer dans le milieu artistique.

Aujourd’hui, avouer que l’on croit au couple semble ridicule. Et pourtant, en tant que jeune femme qui amorce son entrée dans la vie adulte et amoureuse, c’est ce que j’ose affirmer. Même si je me sens anachronique ou simplement naïve. Car autour de moi, l’image du couple qui m’est renvoyée est souvent déprimante, pessimiste. Bref, tout sauf prometteuse.

Les spécimens réels qui m’entourent constituent déjà un portrait très peu reluisant de la vie amoureuse. Voilà qu’en plus, je constate qu’au petit écran québécois, on enfonce le clou. Quel genre de message envoie-t-on au jeune public sur l’avenir relationnel qui l’attend?

Les exemples sont aussi nombreux qu’éloquents. Je n’ai qu’à mentionner l’insupportable Lyne-la-pas-fine de la télé-série Les Invincibles pour susciter des grincements de dents. Célèbre pour son comportement castrant, elle est devenue un symbole de l’oppression des hommes trentenaires insatisfaits en ménage. Le personnage de Sarah dans C. A. n’est guère mieux, cliché de la femme à la libido zéro, menant son couple et sa famille d’une main de fer, détruisant chez son conjoint toute trace de liberté ou d’individualité.

L’image de leurs pendants masculins n’est certainement pas plus flatteuse! Stéréotypant une génération d’hommes provenant tous du même moule d’immaturité, la télé les présente comme de grands enfants dépourvus d’autonomie.

Pourtant, tout cela n’est rien comparativement à une récente publicité de la Cage aux sports, dans laquelle un jeune couple mange en silence lors d’un tête-à- tête visiblement ennuyeux. Alors que sa compagne s’enquiert auprès de monsieur s’il apprécie son repas, l’homme voit son imagination débordante le porter sous de meilleurs cieux, vers une Cage aux sports bondée et bruyante, où il se retrouve tout gueulant devant une abondance de nourriture, d’alcool, d’écrans géants et de serveuses soumises qui lui offrent une vue plongeante de leur décolleté en même temps qu’un plat d’ailes de poulet épicées. « Plus l’fun », dit le slogan. Je dois avouer que cette vision m’a laissée bouche bée. Pire, je l’ai vécue comme un véritable affront.

C’est donc ça, la vie de couple. Ce dont il faut se satisfaire quand on s’y est bien enfoncé, et qu’on en est prisonnier. Des femmes assoiffées de pouvoir et des hommes qui fuient l’engagement comme la peste. Le couple, c’est l’ennui.

Malgré mon penchant prononcé pour la justice et l’équité, je n’avais jamais été interpellée par les luttes féministes avant cette prise de conscience. Je n’avais absolument rien contre leur existence mais, me considérant déjà très gâtée par les droits acquis par mes ancêtres, je n’avais pas en moi le feu sacré de la lutte pour la condition des femmes. Peut-être était-ce aussi dû au fait que je n’avais jamais été confrontée à une situation où je me serais sentie discriminée en raison de mon sexe, que ce soit au travail, à l’école ou à la maison. Mais le portrait du couple que brosse actuellement le paysage télévisuel québécois, plus particulièrement cette pub insolente, est venu toucher chez moi un point sensible. J’en ai eu assez de voir les femmes constamment présentées comme des mégères, comme des contraintes à l’épanouissement personnel de leur conjoint.

Personnellement, je ne dirais pas non à encore un peu de naïveté. J’aimerais ne pas être cynique et désabusée avant d’avoir pu vivre mes propres expériences. Voici ce que je revendique: croire au couple (et à son extension, la famille) quelques années encore, ou simplement lui laisser une chance, au lieu de voir tuées dans l’oeuf toutes ses promesses au nom du réalisme.

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