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Photographie de Mme Jeannette Corbière

Dix millions contre l’injustice

par 

Arrivée de France en 1999. Titulaire d’un doctorat en études littéraires de l’UQAM, Helen a toujours été passionnée par le cinéma. Ancienne rédactrice en chef de la section cinéma de l'hebdomadaire ICI et présidente de l'Association québécoise des critiques de cinéma, elle est rédactrice en chef de 24 Images, le webzine hebdomadaire de la revue 24 Images en plus de collaborer à différents médias.

Depuis cinq ans au Canada, les disparitions et les assassinats présumés de femmes autochtones relèvent pratiquement du fléau. Bonne nouvelle : le gouvernement fédéral a récemment annoncé un coup de main de 10 millions de dollars pour lutter contre cette violence. Une aide concrète qui contribuera à dénouer ce drame enfin reconnu.

Extrêmement médiatisée, l’affaire Pickton aura au moins eu le mérite d’attirer brièvement l’attention publique sur un drame méconnu : les disparitions et les assassinats de femmes autochtones au Canada. En 2007, au terme d’un procès très suivi, Robert Pickton, agriculteur de la Colombie-Britannique, a été condamné à la prison à vie pour l’assassinat de six femmes blanches du quartier Downtown Eastside de Vancouver. Pour l’instant, il n’a toujours pas été reconnu coupable des 20 autres chefs d’accusation qui pèsent contre lui et qui concernent principalement des meurtres de femmes autochtones. Une histoire sordide qui symbolise tristement l’état des choses.

Selon les chiffres recueillis par l’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), plus de 520 femmes autochtones sont portées disparues ou auraient été victimes d’assassinat depuis 2005 au pays. Et 43%de ces disparitions n’ont toujours pas été éclaircies. Des chiffres scandaleux, entre indifférence et négligence, qui donnent froid dans le dos.

Heureusement, le 4 mars dernier, une lueur d’espoir s’est allumée lors du dévoilement du budget fédéral. Le gouvernement a annoncé l’investissement de 10millions de dollars sur deux ans pour lutter contre la violence faite aux femmes autochtones et les aider à avoir accès au système de justice, faisant presque de cette situation dramatique une priorité nationale. Jeannette Corbière, présidente de l’AFAC, fait le point.

Gazette des femmes :Quelles mesures sont déjà en place pour lutter contre les disparitions et les assassinats de femmes autochtones?

Jeannette Corbière : Depuis 2005, notre association reçoit une aide financière de l’organisme fédéral Condition féminine Canada pour assurer le fonctionnement d’une campagne de lutte unique et originale : Soeurs d’esprit. C’est grâce à cette campagne que nous avons mis au jour ce grave problème en récoltant des preuves de disparitions et d’assassinats. Elle nous permet également d’aider les familles et les communautés victimes par l’intermédiaire de partenariats avec les différents fournisseurs de services, la police et le système judiciaire. Nous travaillons aussi avec les organisations autochtones, les organisations de défense des droits humains et le gouvernement fédéral pour sensibiliser l’opinion publique à ces violences.

Quelles sont les principales causes de ce drame?

Les chiffrent le prouvent : le risque pour les femmes autochtones de subir ce type de violences est plus élevé que pour les non-autochtones. Cela s’explique par leurs faibles revenus et le contexte socioéconomique stressant dans lequel elles évoluent. Ce stress, souvent aggravé par une combinaison de facteurs complexes, parmi lesquels figurent le traumatisme historique de la colonisation et les mauvais traitements que subissent les autochtones de façon générale, place les femmes dans une situation particulièrement vulnérable. Il ne fait aucun doute qu’améliorer les conditions sociales et économiques des femmes et des filles accroîtra leur sécurité. Par exemple, par l’instauration de programmes d’aide sociale, comme des bourses d’études, à condition que le montant soit conforme aux coûts réels de l’habitation et des autres besoins.

Concrètement, comment les 10 millions de dollars d’aide fédérale contribueront-ils à renforcer la lutte contre ces violences?

Jusqu’à ce jour, les activités de Soeurs d’esprit se sont principalement concentrées sur la recherche, l’éducation, l’amélioration de l’accès au système judiciaire, la lutte contre la pauvreté et l’affirmation de l’importance d’une habitation sécuritaire et abordable pour les femmes autochtones et leur famille. Cet engagement gouvernemental nous permettra de continuer à jouer un rôle fondamental dans cette lutte, notamment en poursuivant notre travail de récolte de données en collaboration avec le ministère de la Justice et les autres intervenants. Il nous aidera également à renforcer la solidité et le sens des responsabilités des communautés et à mieux comprendre les besoins des familles autochtones victimes pour leur assurer un accès aux services adéquat. Cette annonce nous ravit : elle représente une véritable avancée dans la lutte contre la violence!

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