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À nos corps défendant

par 

Marie Lachance a été journaliste indépendante et rédactrice à la pige pendant plus de 20 ans. Historienne de l’art de formation et petite-fille d’une féministe de la première heure, c’est en 1998 qu’elle rédige un premier article pour la Gazette des femmes. En être aujourd’hui la rédactrice en chef lui fournit l’occasion de braquer les projecteurs sur les inégalités de sexes qui persistent toujours ; et d’apporter une modeste pierre à l’édifice du féminisme.

Ça y est, l’été bat son plein. Il fait chaud. Il fait beau. Après des mois de froid à s’emmitoufler, n’exhibant que notre visage — et encore, à -40 °C, on a pu se laisser tenter par la cagoule —, on dénude avec bonheur jambes, bras, épaules, alouette. Beau temps pour s’étendre sur le sujet du corps, donc.

Si, toute l’année durant, la pression est forte pour qu’on soit « belles », pendant la saison chaude, on atteint le climax. « Relevez le défi ventre plat pour porter fièrement le maillot », « Exercices faciles pour de belles cuisses au bord de la piscine », « Ayez une silhouette parfaite pour l’été » Oui, encore et toujours ce corps. On n’en sort pas. S’aimer comme on est, dire oui à la diversité corporelle et être bien dans sa tête et dans sa peau ne paraissent toujours pas faire le poids face à la surenchère d’images médiatiques célébrant les standards de beauté. Une tyrannie de la jeunesse éternelle et de la désirabilité qui fait des dégâts dans l’estime de soi d’un nombre incalculable de femmes et de filles. Comme le résume judicieusement le sociologue David Le Breton dans l’entrevue qu’il a accordée à Gwenaëlle Reyt pour l’article Le corps du débat, aux yeux de nos sociétés, « l’homme a un corps, alors que la femme est un corps ». Un texte éclairant où trois sociologues expliquent en quoi le corps demeure un enjeu féministe en 2014, et pourquoi on n’en a pas encore fini avec la tyrannie de l’enveloppe corporelle. À lire!

Quand Hollywood devient la norme

Les révélations de l’acteur états-unien Dustin Hoffman, qui ont ému la webosphère l’an dernier, montrent à quel point notre société a un grave problème. Celui qui a incarné Tootsie au grand écran constate avec consternation qu’il a été « endoctriné » à propos de la beauté féminine, affirmant être passé à côté de femmes intéressantes pour la seule raison qu’elles n’étaient pas conformes aux critères de beauté. Pourquoi mêler ici Hollywood au débat? Parce que la machine à vedettes à la plastique parfaite compte pour beaucoup dans cet « endoctrinement », ce lavage de cerveaux. La photographe Jade Beall — qui a réalisé une magnifique série de portraits de femmes montrant sans pudeur leur corps post-accouchement — s’inquiète, dans une très belle entrevue avec notre collaboratrice Mélina Schoenborn, de l’étalage de stars redevenues sveltes sitôt après avoir mis au monde. Pour elle, le message qu’elles envoient est clair : « Regardez-moi, je suis fantastique, pourquoi pas vous? »

Un puits sans fond

Vous serez d’accord avec moi : la dictature de la minceur n’est que la petite pointe d’un très gros iceberg. Le problème est vaste. Et multifacette. En préparant ce dossier sur le corps, nous nous sommes retrouvées devant une multitude d’avenues à emprunter. Nous aurions pu publier 10, 20, 30 articles sans épuiser le sujet. Nous vous en offrons cinq, comme cinq aspects d’une question aussi riche qu’inquiétante. Voici les trois autres :

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