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Longtemps, j’aurai retenu les clichés. Les brassières qui brûlent, les poils qui frisent, la colère.

Longtemps, j’aurai roulé des yeux, soupiré « Encore ça! » à l’écoute des histoires de ma mère sur la gang de filles avec qui elle a lutté pour le droit à l’avortement libre et gratuit, l’égalité entre les sexes. Pas qu’elles revenaient souvent, ces histoires. Pas qu’elles imposaient leur morale non plus. Simplement, il y avait un malaise. Comme beaucoup de femmes nées au Québec dans les années 1980, j’avais envie de dire à ma mère : « C’est vraiment bien tout ça, bravo et merci, mais aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire… Alors si on parlait d’autre chose, maintenant? »

Puis, un soir, j’ai vu les choses différemment.

C’était le 9 mars 2010.

J’étais au Lion d’or pour photographier l’événement Amours et autres soulèvements, un hommage à l’écrivaine et militante féministe Hélène Pedneault, décédée en 2008.Une dizaine d’artistes lisaient des extraits de ses textes, drôles, touchants, engagés, c’était selon, mais souvent tout à la fois.

Devant la scène, j’essayais de me faire toute petite, de ne pas déranger ces gens dans la foule qui riaient, qui lâchaient des soupirs l’air de dire « Sacrée Hélène! »; ces gens qui l’avaient lue, côtoyée, aimée. Ces gens comme cette femme qu’on m’a présentée à la fin du spectacle, qui s’est excusée de ses yeux bouffis, et qui m’a dit : « C’était mon amie, j’ai pleuré tout le long. »

J’essayais comme je pouvais, mais ma caméra faisait clic, clic, clic, clic aussi fort que d’habitude, comme s’il n’était pas en train de se passer quelque chose de spécial et de collectif, de cérémoniel, on aurait dit. Il n’y avait peut-être que moi pour m’en faire avec cette agression sonore. Il n’y avait peut-être aussi que moi qui, trop occupée à regarder le spectacle, manquais une phrase sur deux, en me répétant : « Luce, faut que tu lises Pedneault! »

Mais j’ai distinctement entendu celle-ci : « Être féministe,c’est croire que les femme sont le choix de faire ce qu’elles veulent de leur vie. Si c’est de rester à la maison avec leurs cinq enfants, eh bien…» Eh bien… je ne me souviens pas des mots exacts, mais vous comprenez l’idée.

Le 9 mars dernier, j’ai découvert que j’étais féministe.

J’en ai par la suite parlé à mon copain,qui m’a rétorqué : « Ben, tant qu’à ça, moi aussi je suis féministe. »

« Ex-ac-te-ment », que je lui ai répondu.

Il ne s’attendait pas à ça.On n’a rien dit pendant quelques secondes.Un étrange terrain d’entente entre les deux sexes, quand on y pense. Un féminisme tout en douceur.Du genre à pouvoir se faire commanditer par une marque de savon.

Bon, Hélène Pedneault, elle était bien des choses. Puis, la douceur, à ce que j’ai compris, n’était pas sa principale qualité. Et parce que parfois je m’écoute quand je me donne des ordres, j’ai commencé à lire ses Chroniques délinquantes, parues dans feu le magazine La vie en rose. Jusqu’à maintenant, je la trouve encore drôle, touchante et engagée. Ça doit être parce qu’on s’entend bien, entre féministes…

Pour plus d’information visité Le site web personnel de Luce Tremblay-Gaudette

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