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photographie de Chloé Robichaud

L’amour avec un grand F

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Pratique le métier de rédactrice et de recherchiste depuis 2006. Elle a collaboré aux publications du Centre d’études et de coopération internationale (CECI), au cahier Air du temps du journal ICI. Diplômée en histoire de l’art, elle œuvre également à titre de rédactrice et éditrice de contenu Web pour le compte d’organismes voués à la diffusion de la culture et du patrimoine.

Forte du succès du pilote de la websérie FÉMININ/FÉMININ, la réalisatrice Chloé Robichaud raconte comment est né ce projet qui, avec humour et originalité, donne une voix à la communauté lesbienne.

Sur le plateau de tournage de la série Web FÉMININ/FÉMININ, entre deux directives lancées à l’équipe de production, Chloé Robichaud pose calmement ses yeux verts sur moi. Malgré ses vingt-six ans, elle semble sûre d’elle, investie d’une force tranquille. « FÉMININ/FÉMININ, ça parle de filles lesbiennes qui sont bien dans leur peau ou qui cherchent à s’émanciper, affirme-t-elle tout de go. En huit épisodes, je m’attarde sur la complicité, l’amitié et l’amour qui unissent une dizaine de personnages. Toutes ont des personnalités différentes, et chaque épisode met l’accent sur l’une d’elles… »

Comédiennes et costumière bourdonnent autour de nous. Un petit chien ronfle sous la table à nos pieds. Il est chez lui, après tout, dans cet appartement du Plateau-Mont-Royal qui sert de lieu de tournage pour la journée, offert gracieusement par un membre de la production. Budget limité oblige, les argentiers de FÉMININ/FÉMININ doivent compter sur la générosité de leur entourage et des fournisseurs d’équipement pour rentrer dans leurs frais.

« Je vais être franche, si nous sommes capables de tourner en ce moment, c’est parce que nous avons des commanditaires, et parce que l’équipe est très généreuse de son temps! » Le concept de websérie est encore nouveau, et les moyens de financer ce type de production indépendante aussi. L’argent arrive donc au compte-gouttes. Plutôt que de proposer la série à un télédiffuseur populaire, la réalisatrice tenait à diffuser FÉMININ/FÉMININ sur la plateforme Web Lez Spread the Word (LSTW), dont elle est la cofondatrice.

Mission : rassembler

Chloé Robichaud 2013 Photographe Justine Latour
La réalisatrice du long métrage Sarah préfère la course et du court métrage Chef de meute confie qu’elle n’a jamais eu autant de rétroaction du public que dans les jours suivant la diffusion du pilote de FÉMININ/FÉMININ en janvier dernier.

Fondé il y a trois ans par Florence Gagnon, membre du conseil d’administration de la Chambre de commerce gaie du Québec et de celui de Fierté Montréal, le site LSTW est bien connu de ceux et celles qui souhaitent avoir accès à une « pop culture » lesbienne diversifiée. Potins, réseautage, événements, actualités : LSTW veut renseigner, rassembler et faire rayonner la communauté lesbienne à l’échelle du Québec. C’est dans cette optique qu’est née FÉMININ/FÉMININ. « Florence m’a approchée, raconte Chloé Robichaud, car elle rêvait pour LSTW d’une websérie qui porterait un regard positif sur la communauté lesbienne. J’ai tout de suite pensé que c’était une bonne idée, car c’est vrai qu’on a plus vu à la télé des histoires sur le thème de la difficulté du coming out – histoires qui se terminent parfois en suicide. »

La réalisatrice croit que, s’il est nécessaire d’aborder ces thèmes dans un contexte de sensibilisation, il y a aussi de la place au petit écran et sur le Web pour une proposition plus légère et humoristique, comme c’est le cas dans les téléséries qui mettent en scène des relations hétérosexuelles. « Je crois que le public québécois est prêt à voir l’autre côté de la médaille. À plonger dans le quotidien des lesbiennes… et à se rendre compte que leur vie amoureuse n’est pas tellement différente de celle d’une fille ou d’un gars hétéro. »

La réalisatrice du long métrage Sarah préfère la course et du court métrage Chef de meute confie qu’elle n’a jamais eu autant de rétroaction du public que dans les jours suivant la diffusion du pilote de FÉMININ/FÉMININ, en janvier dernier. Elle a même reçu des courriels d’hommes qui lui disaient se reconnaître dans certaines situations. « J’en suis heureuse, cela veut dire qu’il y a quelque chose d’universel dans ce que j’ai fait. L’amour, c’est de l’amour. »

Photographie d'une scène du film.
Crédit photo : FÉMININ/FÉMININ
« Je crois que le public québécois est prêt à voir l’autre côté de la médaille. À plonger dans le quotidien des lesbiennes… et à se rendre compte que leur vie amoureuse n’est pas tellement différente de celle d’une fille ou d’un gars hétéro. »  — Chloé Robichaud, réalisatrice de la websérie FÉMININ/FÉMININ

En parallèle, la scénariste et réalisatrice a reçu de nombreux témoignages de jeunes filles qui lui ont dit se sentir plus à l’aise de faire leur coming out après avoir vu le premier épisode. « Tant mieux si je peux faire du bien, intervenir positivement dans la vie des gens. » Elle recommande FÉMININ/FÉMININ aux jeunes ados qui se questionnent sur leur identité sexuelle. « Si j’avais eu accès à cela à 14 ans, je me serais dit : “Wow, ce sera peut-être plus facile à vivre que je le pense! Oui, il y aura des moments rough, mais au bout du compte, j’arriverai à être heureuse et bien entourée, et je ne serai pas seule dans mon homosexualité.” Bref, de l’espoir, c’est ce que je voulais proposer. »

Le Québec avance

Dans la série Web, y a-t-il des clichés et stéréotypes sur l’homosexualité qu’elle voulait revisiter? « Je fais attention avec cette question-là, car ce qui est cliché pour moi ne l’est pas nécessairement pour quelqu’un d’autre. On a chacun notre vécu en tant que lesbienne. » Cela dit, la réalisatrice en profite pour souligner la tendance qu’ont certains – hommes ou femmes – à vouloir catégoriser le féminin/masculin. Dans le pilote, d’entrée de jeu, elle met en scène deux jeunes hommes qui, en abordant un groupe de filles, essaient de déterminer lesquelles sont lesbiennes ou hétéros. Bien sûr, ils se trompent… « Une lesbienne n’a pas nécessairement l’air masculine », affirme Chloé Robichaud, qui dit détester ce genre de pensée réductrice, et pense que le Québec est rendu ailleurs.

Les statistiques lui donnent raison : plus de 100 000 auditeurs ont vu le pilote, au Québec et à l’étranger. Les émissions de FÉMININ/FÉMININ sont d’ailleurs sous-titrées en anglais pour permettre une large diffusion. « Je sais que la série est très attendue », dit simplement la réalisatrice.

En cours de route, les comédiennes Macha Limonchik, Sarah-Jeanne Labrosse, Marie-Évelyne Lessard et Émilie Leclerc-Côté s’ajouteront à la distribution, en plus des Noémie Yelle, Ève Duranceau et autres actrices déjà présentes dans le pilote.

FÉMININ/FÉMININ s’adresse à tous, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes. Si les personnages sont pour la plupart dans la vingtaine, celui de Macha Limonchik rejoindra un autre public. « Macha aura un rôle assez important, qui représentera les lesbiennes dans la quarantaine. En gros, la série s’adresse à quiconque se juge assez mature et curieux pour la regarder. »

Chloé Robichaud et son équipe de production sont toujours à la recherche de partenaires financiers pour boucler le tournage des derniers épisodes de la série. Avis aux intéressés : ils auraient ainsi la chance de participer à la naissance d’une proposition novatrice, inspirante et rafraîchissante. Diffusion prévue : dès le 18 juin.

Qu'en pensez-vous?

3 Réactions

  1. Dominique

    Chouette série, mais s’il pouvait y avoir une représentation de lesbiennes d’autres horizons, cultures, couleurs, ça le serait encore plus ;)

  2. catherine vautier-péanne

    Moi qui suis Française avec un grand F j’aplaudis des deux mains car ici nous sommes loin, mais alors très loin, de cette ouverture, de ce bol d’air frais pour un air plus sain autour de l’homosexualité, « ce douloureux problème » ! je ne dis qu’un mot : BRAVO !

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